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La Responsabilité Territoriale des Entreprises, l’idée qui s’impose dans le débat intellectuel de 2026. Anicet Delporte


Jacqueline Sala
Mercredi 11 Février 2026


En publiant une sélection des études les plus marquantes produites par les think tanks français en 2025, deux figures de l’influence et de l’enseignement supérieur dessinent les tendances qui structureront l’année 2026. Parmi elles, un concept encore émergent prend de l’ampleur : la Responsabilité Territoriale des Entreprises. Forgée par une constellation de laboratoires d’idées, cette notion entend dépasser les limites de la RSE pour replacer l’ancrage local au cœur de la stratégie économique.



La Responsabilité Territoriale des Entreprises, l’idée qui s’impose dans le débat intellectuel de 2026. Anicet Delporte
Le président d’une des agences d’affaires publiques les plus connues de Paris et le directeur général de la deuxième école de commerce française ont publié il y a deux semaines “Après le chaos, l'avenir Les idées des meilleurs think tanks pour 2026 ”, une sélection de onze études réalisées par des think-tanks français en 2025, à avoir lues pour bien démarrer 2026.
À travers ce choix, quel message ont-ils voulu faire passer ? Concrètement, quelles idées renferme ce recueil ?

Pour cet article j’en relèverai une : la Responsabilité Territoriale des Entreprises.

UN CONCEPT SÉRIEUX

Aussi appelée Rayonnement, ou Ancrage Territorial des Entreprises, plusieurs laboratoires d’idées français sont en train de forger cette notion.
Depuis octobre 2025, au Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, un groupe de travail y est dédié ; France Urbaine et l’Institut Choiseul y ont chacun récemment consacré un événement ; Sciences Po Bordeaux a lancé une série de travaux pour mieux la comprendre ; elle est au coeur d’un rapport d’IMPACT TANK de 250 pages ; Impact France, avec la participation d'Intercommunalités de France, en a fait le sujet de ses dernières universités d'été ; et l’Institut Terram ( créé en avril 2024 ) lui a donné encore davantage de corps

La Responsabilité Territoriale des Entreprises, un concept structurant depuis 2018

Selon l’Institut Terram, la RTE a d’abord été évoquée en 2018 dans un rapport d’information de l’Assemblée nationale, où elle est présentée comme « un nouveau concept qui viserait à encourager la dynamisation économique de ces territoires pour réduire les fractures territoriales qui fragilisent la cohésion nationale ».

Les auteurs (LR et LREM) y proposent d’organiser la RTE autour de grands thèmes, en commençant par une cartographie de l’implantation géographique, incluant le nombre d’emplois directs en CDI et en CDD, les emplois indirects liés aux services, les sous‑traitants ou encore les achats réalisés dans le territoire concerné.

Ils insistent également sur l’implication dans le tissu économique et éducatif local, qu’il s’agisse d’investissements dans des formations diplômantes dans les territoires intermédiaires, d’un engagement dans la formation professionnelle, du nombre d’alternants issus d’établissements du même territoire ou encore du volume de mécénats de compétence.

UNE IDÉE NÉE EN RÉACTION À LA RSE

Suivant la norme ISO 26000, le respect des droits de l’Homme (inclusion, emploi des personnes en situation de handicap, égalité homme-femme, respect de la diversité) fait partie des grands piliers de la RSE. On peut donc considérer, souligne l'Institut Terram,
qu’une entreprise avec une politique interne d’inclusion ou mettant en œuvre des séminaires de formation sur les violences sexistes est responsable, indépendamment de ce qu’elle apporte sur son territoire.

L’exemple du secteur textile se révèle à cet égard pertinent.
Après avoir délocalisé une grande partie de sa production en dehors de France, à cause d’un manque de compétitivité, les centres de conception et de décision sont aujourd’hui tenus d’appliquer des normes environnementales exigeantes, avec un risque non
négligeable pour leur compétitivité future. Une industrie produisant sur le territoire national ne serait-elle pas plus responsable ?

On peut y voir la grande contradiction de la RSE : la responsabilité sociale et environnementale prime sur d’autres objectifs liés à l’ancrage, l’emploi de prestataires situés en France, les retombées locales ou encore l’intégration aux écosystèmes territoriaux.

PARMI LES RECOMMANDATIONS DE L'INSTITUT TERRAM

Au niveau européen : Assumer une préférence locale dans la passation des marchés publics pour permettre à un acheteur (État ou collectivité) de préférer un fournisseur local.

Au niveau national : Adapter le droit de la commande publique pour permettre les achats locaux. Et soutenir les indications géographiques des produits industriels et artisanaux pour valoriser les savoir-faire locaux.

Au niveau des collectivités locales : Valoriser les acteurs économiques engagés au sein de leur territoire. Et développer des labels fiables et harmonisés.

Au sein des entreprises : Partager les pratiques vertueuses à l’échelle de réseaux locaux en développant des outils de mesure communs. Et s’appuyer sur les clubs d’entreprises et chambres de commerce et de métiers à l’échelle départementale pour décrypter les évolutions normatives.

Du côté des consommateurs : Faire le choix de soutenir les produits réalisés localement ou par une entreprise engagée dans des pratiques vertueuses pour son territoire d’implantation.

A propos de

Anicet Delporte est le fondateur de Think-Tanks'Guide ( https://www.think-tanks.guide/fr/country/france-fr/ ) un annuaire comprenant plus de 3000 grands think-tanks, classés par langue et par pays.
Il a récemment publié un "mini-annuaire des think-tanks français" ( https://think-tanks.university/mini-french-think-tank-directory-august-2025-edition/ )
Il a également créé Think-Tanks'Work ( https://think-tanks.work/ ), un moteur de recherche dédié aux publications des think-tanks.

Note de la Rédaction. Après le chaos, l’avenir : un panorama des idées qui façonneront 2026

Dans "Après le chaos, l’avenir ", les auteurs rassemblent les analyses les plus marquantes produites par les think tanks français au cours de l’année 2025. Leur ambition est claire : offrir une lecture structurée des grands enjeux intellectuels qui devraient orienter l’action publique et privée en 2026. L’ouvrage met en lumière un paysage d’idées en pleine effervescence, où se croisent réflexions économiques, propositions institutionnelles et nouvelles approches de la cohésion sociale et territoriale.

Ce recueil se distingue par sa capacité à faire émerger des tendances de fond plutôt qu’à juxtaposer des études. Il révèle une France des idées en mouvement, préoccupée par la souveraineté économique, la transition industrielle, la recomposition des territoires et la transformation des modèles d’entreprise. Les auteurs montrent comment les laboratoires d’idées, souvent en avance sur le débat public, contribuent à renouveler les cadres d’analyse et à proposer des solutions concrètes face aux fractures économiques, sociales et géopolitiques.

L’un des fils rouges de l’ouvrage est la recherche d’un nouveau contrat entre l’État, les entreprises et les territoires. Plusieurs contributions insistent sur la nécessité de repenser les politiques industrielles, de mieux orienter l’épargne vers l’investissement productif ou encore de renforcer la capacité d’innovation du pays. D’autres explorent les enjeux de cohésion nationale, de transition écologique ou de gouvernance européenne, dessinant un paysage intellectuel où les défis se répondent et s’entrecroisent.

En rassemblant ces travaux, Après le chaos, l’avenir propose une cartographie des idées qui comptent et des pistes d’action susceptibles d’influencer les décideurs dans les années à venir. C’est un ouvrage qui ne se contente pas de diagnostiquer : il cherche à éclairer, à structurer et à préparer l’avenir dans un moment où les repères politiques et économiques sont en pleine recomposition.

Date de parution 22/01/2026
Editeur Debats Publics Editions