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Intelligence des risques

La centrale nucléaire biélorusse d’Astraviets : menace aux portes de l’Union européenne (2 parties)


Julie Monfort et Viviane du Castel , Paris, décembre 2020


Auteurs : Julie Montfort (1) et Viviane du Castel (2)
La centrale nucléaire biélorusse d’Astraviets : menace aux portes de l’Union européenne (3) (partie 1/2)



Astraviets ne répond ni à un besoin de consommation interne, ni à un besoin externe. La Biélorussie met en œuvre ce projet de centrale nucléaire en violation des règles et exigences internationales en matière de sûreté nucléaire et environnementale et ce, sans respecter les principes d'ouverture, de transparence et de bon voisinage, préalables indispensables pour la viabilité et l’acceptation (notamment des populations) d’un tel projet.

La centrale nucléaire biélorusse d’Astraviets : menace aux portes de l’Union européenne (2 parties)
En effet, les besoins énergétiques en électricité biélorusses ne justifient en rien la création d’une telle centrale nucléaire, d’autant que les projets de transition énergétique ancrés sur les énergies renouvelables ont tous été soit reportés, soit annulés purement et simplement.
De plus, il n’y a pas de possibilités réelles d’exporter un surplus d’électricité à un prix de revient raisonnable du kwh, en raison des politiques de boycott et de sanctions soit mises en œuvre, soit envisagées par les pays baltes et pour l’Union Européenne. (4)
 
Le choix de construire cette centrale nucléaire est donc politique et non économique.
 
La dépendance de la Biélorussie envers la Russie en sera encore accrue. En effet, actuellement, la Russie est l’unique fournisseur de la Biélorussie, tant pour le gaz et le pétrole que pour le combustible nucléaire. La Biélorussie accroit donc encore sa dépendance par rapport à la Russie, pays qui finance et conduit le projet via l’agence Rosatom. (5)

Géopolitique contre Sécurité : une implantation inadaptée et dangereuse

La Biélorussie met en œuvre ce projet de centrale nucléaire en violation des règles et exigences internationales en matière de sûreté nucléaire et environnementale et ce, sans respecter les principes d'ouverture, de transparence et de bon voisinage, préalables indispensables pour la viabilité et l’acceptation (notamment des populations) d’un tel projet.   Bien que la Biélorussie soit officiellement en charge de la sûreté nucléaire, la responsabilité de la Russie est centrale car elle fournit la technologie, le financement et les experts.   Une centrale biélorusse sous l’entier contrôle de la Russie…[6]  
 

Ainsi, le non-respect des règles et exigences internationales en matière de sûreté nucléaire et environnementale, en particulier la non mise en œuvre des tests de résistance de l'UE et des recommandations des missions de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA)

Ainsi, le non-respect des règles et exigences internationales en matière de sûreté nucléaire et environnementale, en particulier la non  mise en œuvre des tests de résistance de l'UE  et des recommandations des missions de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), est lourd de conséquences à court, moyen et long termes. 

L'exercice de tests de résistance de l'UE, effectués en 2018, a révélé de nombreuses lacunes, y compris celles liées à la perte des fonctions de sécurité et à la gestion des accidents graves. Seules 4 des 29 recommandations d'examen par les pairs de l'UE ont été mises en œuvre jusqu'à présent.  À ce jour, la Biélorussie n’a pas procédé à tous les essais nécessaires à la sûreté nucléaire des systèmes de gestion de la centrale nucléaire.

A titre illustratif, voici quelques exemples caractéristiques dont les répercussions seraient dommageables à l’ensemble de l’écosystème européen : -
-    un accident grave à la centrale nucléaire pourrait affecter 1/3 de la population lituanienne (à moins de 100 km de distance) et contaminer jusqu'à 90% de l'eau potable en Lituanie ;
-    la centrale nucléaire ne peut pas supporter un grave accident d'avion ; 
-    Les plans de la Biélorussie pour la gestion du combustible nucléaire usé et des déchets nucléaires ne sont toujours pas préparés, en dépit des injonctions de l’AIEA.

Fin de la première partie


Lire la seconde partie

[1] Julie MONFORT, Spécialiste des questions géo-énergétiques
[2] Viviane du CASTEL, docteur en sciences politiques. Analyste géopolitique. Spécialiste des problématiques énergétiques et européennes. Directeur des relations extérieures, ISG, Paris. Doctorant en sciences de gestion LIPHA - Laboratoire Interdisciplinaire d’étude du Politique- Hannah Arendt- Univ Paris Est Créteil, LIPHA, F-94010 Créteil, France.
[3]Elle est située à 40 km de Vilnius (Lituanie), 140 de Minsk (Biélorussie), 300 de Riga (Lettonie), 430 de Varsovie (Pologne), 550 de Tallinn (Estonie), 560 de Kiev (Ukraine), 710 de Stockholm (Suède), 860 de Copenhague (Danemark) et de Berlin (Allemagne).
[4 https://www.lrp.lt/fr/le-president-appelle-ne-pas-permettre-au-sein-de-lue-la-vente-de-lelectricite-produite-la-centrale-dastraviets/34959
[5] http://www.nuclear-heritage.net/index.php/Rosatom
[6] En février 2019, la Réunion des Parties (MOP) à la Convention d'Espoo a adopté la dernière décision concluant que la Biélorussie ne s'était pas conformée à ladite Convention  en ne justifiant pas la sélection du site d’Astraviets parmi les emplacements alternatifs.Biélorussie ne s'était pas conformée à ladite Convention  en ne justifiant pas la sélection du site d’Astraviets parmi les emplacements alternatifs. La Biélorusse n'a pas respecté trois articles de la Convention concernant la préparation de la documentation, l'évaluation des alternatives de localisation, la consultation de la Lituanie et la prise de décision finale.  Le rapport d'examen par les pairs de l'UE sur les «tests de résistance» de la Biélorussie (juillet 2018) a révélé qu'une évaluation sismique complète du site n'avait pas été réalisée avant la préparation de la conception de la centrale nucléaire d’Astraviets ; or l'évaluation sismique est cruciale.  La Biélorussie ne respecte pas la Convention CEE-ONU sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement (Convention d'Aarhus) depuis 2011. La décision la plus récente (2017) des Parties à la Convention d'Aarhus a également noté que la Biélorussie ne respectait pas la Convention concernant la persécution et le harcèlement des militants écologistes.  Enfin, la Biélorussie a délibérément restreint la portée de la mission SEED (Site and External Events Design) de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) (janvier 2017), en excluant les modules de mission liés aux critères de sélection du site et à l'adéquation pour la construction d'une centrale nucléaire.
astraviets_vol_2_1.pdf Astraviets-Vol-2.pdf  (106.5 Ko)