Santé

La doctrine sociale protectrice : Pilier stratégique de résilience d’un système de santé sous tension ?


Jacqueline Sala
Vendredi 2 Janvier 2026


Héritée des principes de solidarité de l’après-guerre, la doctrine sociale protectrice consacre l’accès aux soins comme un droit universel et inconditionnel, financé collectivement.
Dans un contexte de saturation persistante des urgences hospitalières et de crises récurrentes, elle constitue un atout stratégique majeur pour préserver la cohésion sociale et le capital humain national.
Cet article explore ses fondements historiques, ses impacts opérationnels et économiques, illustrés par des données et des exemples récents. Il démontre sa complémentarité essentielle avec une logique libérale pour une intelligence économique hybride et résiliente.



La doctrine sociale protectrice : Pilier stratégique de résilience d’un système de santé sous tension ?

Origines historiques et principes stratégiques

La doctrine sociale protectrice s’ancre dans les ordonnances de 1945 instituant la Sécurité sociale, posant la santé comme un bien public essentiel à la reconstruction nationale et à la protection contre les aléas.

Elle priorise l’équité d’accès sur la rentabilité, avec un accueil inconditionnel aux urgences comme filet de sécurité ultime.

Cette approche stratégique protège le capital humain contre les chocs externes : pandémies, crises socio-économiques ou vieillissement démographique.

Lors de la crise Covid-19, elle a permis une mobilisation massive des ressources, évitant un effondrement du système malgré des surcharges extrêmes.

Plus récemment, face à la triple épidémie de 2022-2023, elle a maintenu l’accès pour les plus vulnérables, même au prix d’engorgements temporaires.
 

Impacts opérationnels sur les structures d’urgences

Opérationnellement, cette doctrine absorbe les flux non seulement vitaux mais aussi de proximité, compensant les déficits en médecine de ville.

Selon la DREES, les passages aux urgences ont atteint environ 21,3 millions en 2024, avec une hausse de 2,5 % après un recul en 2023, reflétant une sollicitation excessive pour des soins non programmés.

En zones rurales, où les déserts médicaux touchent 87 % du territoire en 2025, les urgences pallient l’absence d’alternatives, protégeant les populations âgées (hausse de 5 % des passages chez les seniors en 2024).

Cependant, cela allonge les durées : médiane supérieure à 3 heures en 2023, soit 45 minutes de plus qu’en 2013.

Stratégiquement, cela impose une veille démographique renforcée pour anticiper les pics, comme chez les plus de 75 ans où seulement 42 % repartent à domicile après un passage aux urgences.
 

Conséquences économiques et risques géostratégiques

Économiquement, la dépense courante de santé représente 11,4 % du PIB en 2024 selon la DREES et l’OCDE, avec les urgences contribuant à des coûts élevés via l’accueil libre.

Le rapport de la Cour des comptes de novembre 2024 souligne une sollicitation excessive des services d’urgences hospitaliers, avec un coût total de la médecine d’urgence estimé à près de 5,6 milliards d’euros en 2023.

Les déficits chroniques persistent, amplifiés par les fermetures temporaires (près de 2 000 lits en 2024) pourtant, les bénéfices en équité sont déterminants : réduction des inégalités régionales et rurales.

En intelligence stratégique, les risques d’une surconsommation non maîtrisée érodent la compétitivité, comme lors des tensions estivales 2025 où des heures heures supplémentaires massives (plus de 10 000 en certains sites) révèlent des vulnérabilités internes.

Exemples concrets et résilience face aux crises récentes

La pandémie a validé la doctrine : mobilisation sans sélection, malgré des réanimations saturées.

En 2024-2025, les grèves locales (comme à Villeneuve-Saint-Georges ou Agen) et les appels à limiter le temps additionnel illustrent les tensions, mais aussi la résilience : les urgences restent ouvertes, absorbant les débordements des déserts médicaux.

Le rapport Cour des comptes note que 70 % des passages aux urgences pourraient être gérés en ville si l’effectif de médecins couvrait réellement les besoins de la population mais, malgré cette carence, la garantie inconditionnelle protège les précaires.

Des initiatives comme les drones médicaux en Normandie (2025) compensent partiellement l’éloignement des patients aux infrastructures médicales mais soulignent la dépendance à ce filet social face à l’aggravation des inégalités territoriales.
 

Complémentarité avec la logique libérale : le besoin d’un modèle hybride

La doctrine sociale gagne en durabilité via une hybridation avec la logique libérale.

Les Services d’Accès aux Soins (SAS), généralisés en 2024-2025, orientent 30-40 % des appels vers la ville, réduisant les passages inutiles tout en préservant l’accueil inconditionnel pour les vulnérables.

Des pilotes territoriaux combinant triage optimisé et marge sociale ont diminué les engorgements de 15-20 %.

Cette complémentarité favorise une gouvernance adaptative : dotations populationnelles majoritaires (réforme 2022-2025) sécurisent l’équité, tandis que forfaits activité accroissent l’efficacité.

Le Pacte contre les déserts médicaux (2025) renforce cette articulation en priorisant les zones rouges.

Conclusion

La doctrine sociale protectrice demeure un pilier stratégique indispensable pour la résilience du système de santé français, comme en témoignent les données DREES 2024-2025 et le rapport Cour des comptes.

Face aux défis démographiques et territoriaux, elle préserve l’équité mais expose à des risques économiques qu’une intelligence stratégique vigilante doit anticiper.

Articulée à une logique libérale via des outils comme le Service d’Accès aux Soins et les réformes de financement, elle ouvre la voie à un modèle hybride dynamique, où protection collective et optimisation se renforcent mutuellement.

Pour les experts en intelligence économique, une veille prospective sur ces arbitrages doctrinaux transforme les tensions actuelles en leviers de souveraineté sanitaire durable.
 

A propos de...

Né en 1958 à Rabat (Maroc), le Professeur Jean-Marie CARRARA a effectué toutes ses études à Lille (France). D’abord attiré par la santé de l’Homme, il devient Docteur en Pharmacie et diplômé de Biologie Humaine.
Comme la santé des entreprises et des organisations sont essentielles pour l’Homme, il compléta sa formation par un DESS d’Administration des Entreprises et un DESS de Finance et de Fiscalité Internationales.
Il est auditeur en Intelligence Economique et Stratégique à l'Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN). Gardez le lien. 

En collaboration avec...

Dr Jan-Cédric Hansen
Praticien hospitalier, expert en pilotage stratégique de crise, vice-président de GloHSA et de WADEM Europe, Administrateur de StratAdviser Ltd - http://www.stratadviser.com
Lien : https://www.linkedin.com/in/jancedrichansen/?originalSubdomain=fr