Intelligence des Risques

La guerre cognitive : 4 leçons surprenantes tirées d'un rapport de l'OTAN


David Commarmond
Vendredi 2 Janvier 2026


Dans un environnement informationnel saturé, le sentiment de confusion et de polarisation est devenu une expérience partagée. Mais au-delà des débats sur la "désinformation", une forme de conflit plus profonde et plus insidieuse est en cours. Un rapport de l'Organisation pour la science et la technologie (STO) de l'OTAN la nomme "guerre cognitive", révélant comment nos esprits sont devenus le nouveau champ de bataille stratégique.



Un principe ancien, une menace nouvelle

Le concept de manipulation de l'ennemi pour obtenir un avantage stratégique est aussi ancien que la guerre elle-même. Le général et stratège chinois Sun Tzu l'a résumé il y a des siècles :

"The whole secret lies in confusing the enemy, so that he cannot fathom our real intent."

Cependant, le rapport de l'OTAN souligne que si le principe est ancien, la guerre cognitive moderne est une menace radicalement différente. La nouveauté vient de la convergence technologique. Des outils comme l'intelligence artificielle, les réseaux sociaux et la biotechnologie permettent aux adversaires de ne plus se contenter de cibler les forces armées.

Comme le note le rapport, les avancées en neurobiologie et en intégration homme-machine augmentent le potentiel des attaques cognitives, permettant une influence plus profonde, quasi physiologique. Ce changement d'échelle transforme une tactique militaire en un défi sociétal permanent. 

Le champ de bataille, c'est votre esprit

La guerre cognitive déplace le conflit du terrain physique vers la cognition humaine. Le rapport la décrit sans ambiguïté comme la "manipulation de la cognition de l'ennemi" ou, plus directement, une "bataille pour le cerveau".

Le point le plus surprenant est que cette bataille ne concerne pas uniquement les militaires. Elle vise explicitement les civils et la société dans son ensemble. L'objectif est d'exploiter les vulnérabilités de notre processus de prise de décision — que les militaires appellent la boucle OODA (Observer, Orienter, Décider, Agir) — pour semer le doute et la méfiance.

Cibler la boucle OODA de toute une population est une tactique révolutionnaire ; elle transforme un modèle de décision militaire en un outil pour paralyser la capacité d'une nation à réagir aux crises. En utilisant la propagande et la désinformation, les adversaires peuvent influencer l'opinion publique et éroder la confiance envers nos propres institutions.

Bien plus que de la désinformation

Bien qu'elle utilise des outils comme la désinformation, la guerre cognitive est un concept beaucoup plus large que les opérations d'information (InfoOps) ou les opérations psychologiques (PsyOps).

Son but ultime n'est pas seulement de diffuser de fausses informations. Selon le rapport de l'OTAN, l'objectif est de créer "le chaos et la complexité", souvent "en dessous du seuil du conflit armé". Elle se distingue car son but est d'altérer le comportement humain sans nécessairement connaître l'issue de ce changement, en créant un champ de bataille cognitif par de multiples actions pour manipuler les adversaires.

C'est une convergence entre les PsyOps, les InfoOps et les cyberopérations, amplifiée par l'IA, pour façonner la manière dont les populations comprennent les événements et, en fin de compte, altérer leur comportement.

La science comme bouclier cognitif

La guerre cognitive : 4 leçons surprenantes tirées d'un rapport de l'OTAN
Face à une menace qui semble relever de la psychologie et de la propagande, la réponse de l'OTAN n'est pas idéologique, mais profondément scientifique et structurée. Loin de se limiter à une approche purement militaire, l'alliance investit massivement dans la compréhension de l'esprit humain pour mieux s'en défendre. L'Organisation pour la science et la technologie (STO) de l'OTAN a lancé 20 activités de recherche dédiées (chiffres d'avril 2025), mobilisant plus de 200 experts de 26 pays alliés et partenaires.

L'approche défensive de l'OTAN se concentre sur trois fonctions principales : 1) Dégrader les capacités des adversaires à mener des attaques cognitives. 2) Améliorer la cognition humaine et technologique des alliés pour la rendre plus performante. 3) Renforcer la résilience pour résister aux menaces cognitives et s'en remettre.

Pour organiser cette recherche, les experts ont développé le "House Model", un cadre conceptuel qui structure l'effort scientifique de l'OTAN. Ce modèle illustre la nature multidisciplinaire de la menace en identifiant sept domaines de connaissance essentiels, dont les "neurosciences cognitives", les "sciences sociales et culturelles" et les "facilitateurs technologiques", démontrant une approche méthodique et rigoureuse pour contrer cette nouvelle forme de conflit.

Conclusion

Ce que le rapport de l'OTAN met en lumière, c'est une transformation fondamentale de la sécurité : la protection de nos démocraties passe désormais par la défense de notre propre processus de pensée. L'investissement massif de l'OTAN dans les sciences cognitives est donc moins une surprise qu'un impératif stratégique face à un défi permanent qui concerne l'ensemble de la société.

Alors que nos esprits deviennent le principal champ de bataille du 21e siècle, comment pouvons-nous, individuellement et collectivement, renforcer notre propre résilience cognitive ?