Source : "Réindustrialiser : l’obstacle est d’abord institutionnel"
INSTITUT POUR LA REFONDATION PUBLIQUE
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Et si la désindustrialisation n’était pas un accident, mais le résultat de décisions
Ce qui étonne en lisant ce rapport c’est de découvrir que la désindustrialisation française n’a rien d’un glissement involontaire. Elle fut un acte assumé, presque contractualisé, entre les grandes entreprises mondialisées et un État convaincu que l’ouverture totale des marchés serait synonyme de prospérité.
L’entrée de la Chine dans l’OMC, l’ALENA, les délocalisations en cascade : tout cela n’a pas été subi, mais validé. Et on le doit en partie à la sociologie du capital français : un pays dominé par des géants dont les actionnaires sont ailleurs. Quand les centres de décision se détachent des territoires, les usines suivent. Là où l’Allemagne a protégé son Mittelstand, la France a laissé filer ses chaînes de valeur. Et l’État, lui, s’est réfugié dans l’expertise. À force de multiplier les sigles, les agences, les AMI, il a remplacé la stratégie par la procédure, le projet par le dossier.
L’entrée de la Chine dans l’OMC, l’ALENA, les délocalisations en cascade : tout cela n’a pas été subi, mais validé. Et on le doit en partie à la sociologie du capital français : un pays dominé par des géants dont les actionnaires sont ailleurs. Quand les centres de décision se détachent des territoires, les usines suivent. Là où l’Allemagne a protégé son Mittelstand, la France a laissé filer ses chaînes de valeur. Et l’État, lui, s’est réfugié dans l’expertise. À force de multiplier les sigles, les agences, les AMI, il a remplacé la stratégie par la procédure, le projet par le dossier.
Un État fragmenté, incapable de produire une réponse cohérente
Le paysage institutionnel ressemble à une carte routière où chaque route mène à une impasse.
DGE, DGEC, SGPI, ADEME, BPI, ANCT, DREAL… La liste est interminable et dit tout de l’émiettement de l’action publique. Dans les Zones Industrialo‑Portuaires, ce désordre devient presque caricatural : les directions se neutralisent, les responsabilités se diluent, et la planification industrielle disparaît dans un brouillard administratif. Cette fragmentation empêche l’État de répondre à la compétition mondiale. Elle explique pourquoi seuls quatre secteurs — luxe, agroalimentaire, aéronautique, pétrochimie — ont résisté.
Là où l’État a décidé de protéger, l’industrie est restée. Preuve que la désindustrialisation n’était pas une fatalité, mais un choix.
DGE, DGEC, SGPI, ADEME, BPI, ANCT, DREAL… La liste est interminable et dit tout de l’émiettement de l’action publique. Dans les Zones Industrialo‑Portuaires, ce désordre devient presque caricatural : les directions se neutralisent, les responsabilités se diluent, et la planification industrielle disparaît dans un brouillard administratif. Cette fragmentation empêche l’État de répondre à la compétition mondiale. Elle explique pourquoi seuls quatre secteurs — luxe, agroalimentaire, aéronautique, pétrochimie — ont résisté.
Là où l’État a décidé de protéger, l’industrie est restée. Preuve que la désindustrialisation n’était pas une fatalité, mais un choix.
Quand le langage révèle la bataille à mener
Les mots comptent. Ceux de Régis Passerieux, figure de l’administration de mission, sonnent comme une mise en garde. Dire que « la désindustrialisation n’a pas été une négligence : un choix » revient à réintroduire la responsabilité politique dans un système qui s’était habitué à l’anonymat. Dire que « l’expertise l’emporte sur la décision stratégique » pointe la dérive d’un État qui a transformé le technicien en censeur. Et affirmer qu’« une guerre économique de mouvement s’ouvre » oblige à changer de logiciel : passer d’une administration lente, horizontale, procédurale, à une administration de projet, verticale, rapide, capable de trancher.
Inventer une nouvelle architecture industrielle
La prospective esquisse plusieurs chemins. D'abord, celui de la planification circulaire, imagine des territoires où les flux industriels s’imbriquent, où le déchet devient ressource, où l’usine cesse d’être solitaire. Le second, celui des rustines réglementaires, décrit un État qui tente de compenser ses propres blocages par des dérogations en série : une fuite en avant vouée à l’échec. Enfin, le projet le plus ambitieux, propose une subsidiarité de mission : l’État fixe les grands verrous, les territoires pilotent l’action. C’est peut‑être la seule manière de sortir du cycle de la délocalisation, dont l’analyse fixe symboliquement la clôture au 9 août 2026, date‑pivot d’un changement institutionnel attendu depuis trop longtemps.
Ce qui se joue désormais n’est plus une levée de freins, mais une refondation. Une manière de repenser l’État pour qu’il redevienne capable de produire une industrie nouvelle : intégrée, territoriale, agile, et surtout, décidée.
Ce qui se joue désormais n’est plus une levée de freins, mais une refondation. Une manière de repenser l’État pour qu’il redevienne capable de produire une industrie nouvelle : intégrée, territoriale, agile, et surtout, décidée.
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