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IRIS. INGÉRENCES NUMÉRIQUES ÉTRANGÈRES :
UNE MENACE SURESTIMÉE LORS DES MUNICIPALES 2026 ?
Un scrutin local devenu révélateur de tensions globales
Le scrutin municipal de mars 2026, habituellement centré sur des enjeux de proximité, s’est révélé un véritable laboratoire des menaces hybrides. Dans un contexte international marqué par les conflits en Ukraine et au Proche-Orient, les élections ont absorbé des dynamiques géopolitiques qui dépassent largement leur périmètre.
Lors de la présentation du bilan de Viginum, Sébastien Lecornu a insisté sur la diversification des acteurs impliqués dans les ingérences, signe d’une recomposition profonde du paysage informationnel. Les opérations ne relèvent plus uniquement de stratégies étatiques : elles s’appuient désormais sur des structures privées capables d’agir avec une agilité et une opacité inédites.
Lors de la présentation du bilan de Viginum, Sébastien Lecornu a insisté sur la diversification des acteurs impliqués dans les ingérences, signe d’une recomposition profonde du paysage informationnel. Les opérations ne relèvent plus uniquement de stratégies étatiques : elles s’appuient désormais sur des structures privées capables d’agir avec une agilité et une opacité inédites.
La rupture Rokh Solis : l’ingérence comme prestation
L’analyse de la campagne Rokh Solis (*) illustre cette mutation.
Les investigations ont mis en évidence des traces techniques renvoyant à Israël, notamment des métadonnées en hébreu et des comptes inauthentiques localisés sur le territoire. Viginum a relevé des similitudes avec les activités de la société Blackcore, spécialisée dans l’influence en ligne, suggérant l’existence d’un modèle où la déstabilisation devient un service. La campagne a ciblé La France Insoumise en combinant dénigrement systématique et instrumentalisation de la communauté musulmane, dans une logique de polarisation fine. Ce mode opératoire, déjà observé en Angola, au Togo, à New York ou en Écosse, témoigne d’une ingérence transnationale standardisée, relayée par des réseaux d’amplification liés notamment à l’organisation ELNET. En externalisant leurs opérations, les commanditaires brouillent les pistes et rendent les réponses diplomatiques traditionnelles largement inopérantes.
Les investigations ont mis en évidence des traces techniques renvoyant à Israël, notamment des métadonnées en hébreu et des comptes inauthentiques localisés sur le territoire. Viginum a relevé des similitudes avec les activités de la société Blackcore, spécialisée dans l’influence en ligne, suggérant l’existence d’un modèle où la déstabilisation devient un service. La campagne a ciblé La France Insoumise en combinant dénigrement systématique et instrumentalisation de la communauté musulmane, dans une logique de polarisation fine. Ce mode opératoire, déjà observé en Angola, au Togo, à New York ou en Écosse, témoigne d’une ingérence transnationale standardisée, relayée par des réseaux d’amplification liés notamment à l’organisation ELNET. En externalisant leurs opérations, les commanditaires brouillent les pistes et rendent les réponses diplomatiques traditionnelles largement inopérantes.
(*) Rokh Solis : Analyse d’un mode opératoire informationnel ayant ciblé les élections municipales de mars 2026 Rapport technique 11 juin 2026. En mars 2026, VIGINUM a détecté l’existence d’un nouveau mode opératoire informationnel (MOI), baptisé Rokh Solis. Les investigations menées par VIGINUM démontrent que la campagne conduite au moyen de ce MOI réunit les critères d’une ingérence numérique étrangère.
La désinformation comme modèle économique
Au-delà de la dimension stratégique, l’ingérence numérique s’inscrit désormais dans une logique de rentabilité. Les sites de désinformation exploitent le trafic artificiel pour générer des revenus publicitaires automatisés. Les plateformes, en récompensant l’engagement, encouragent la production de contenus sensationnalistes qui alimentent les dynamiques de viralité.
Parallèlement, la création et la revente de réseaux de comptes inauthentiques constituent un marché noir structuré, fondé sur une fraude technique assumée. Ce système repose sur un constat simple : les algorithmes valorisent l’intensité des interactions plutôt que la qualité de l’information, subventionnant de fait les infrastructures de manipulation.
Parallèlement, la création et la revente de réseaux de comptes inauthentiques constituent un marché noir structuré, fondé sur une fraude technique assumée. Ce système repose sur un constat simple : les algorithmes valorisent l’intensité des interactions plutôt que la qualité de l’information, subventionnant de fait les infrastructures de manipulation.
Une pression cumulative : acteurs historiques et nouveaux prestataires
Les opérations émergentes ne remplacent pas les menaces traditionnelles ; elles s’y superposent. Les campagnes pro-russes continuent de viser l’espace public français, comme l’illustre Storm‑1516 avec l’usurpation du site de campagne de Pierre‑Yves Bournazel, ou Matriochka avec la diffusion de faux reportages attribués à des médias reconnus.
À côté de ces opérations identifiées, des réseaux comme Hydras Danbau, composés de dizaines de pages Facebook et de sites anonymes, opèrent sans affiliation étatique claire. Cette absence de source n’est pas un angle mort : elle constitue une caractéristique intrinsèque du marché de l’ingérence privatisée. Là où les acteurs étatiques cherchent à instaurer un chaos cognitif global, les prestataires privés privilégient des objectifs ciblés, politiques ou financiers, créant une saturation informationnelle permanente.
À côté de ces opérations identifiées, des réseaux comme Hydras Danbau, composés de dizaines de pages Facebook et de sites anonymes, opèrent sans affiliation étatique claire. Cette absence de source n’est pas un angle mort : elle constitue une caractéristique intrinsèque du marché de l’ingérence privatisée. Là où les acteurs étatiques cherchent à instaurer un chaos cognitif global, les prestataires privés privilégient des objectifs ciblés, politiques ou financiers, créant une saturation informationnelle permanente.
Vers 2027 : une menace devenue systémique
À l’approche de la présidentielle, les défis se multiplient. L’écosystème d’influence lié à Donald Trump, bien qu’ouvert et non dissimulé, dispose d’une puissance de frappe considérable, comme l’ont montré des opérations documentées sur la pandémie ou les vaccins.
Le dispositif RCPE, qui réunit Arcom, CNCCFP, ministère de l’Intérieur et Viginum, constitue le principal rempart institutionnel, misant sur la dénonciation publique pour neutraliser les effets de surprise. Par ailleurs, la visibilité algorithmique demeure un enjeu central : l’exemple de Sarah Knafo sur X a montré la capacité des plateformes à amplifier artificiellement certains profils, soulignant l’importance d’un dialogue technique permettant la suspension rapide des comptes frauduleux.
Le dispositif RCPE, qui réunit Arcom, CNCCFP, ministère de l’Intérieur et Viginum, constitue le principal rempart institutionnel, misant sur la dénonciation publique pour neutraliser les effets de surprise. Par ailleurs, la visibilité algorithmique demeure un enjeu central : l’exemple de Sarah Knafo sur X a montré la capacité des plateformes à amplifier artificiellement certains profils, soulignant l’importance d’un dialogue technique permettant la suspension rapide des comptes frauduleux.
La transparence comme ultime ligne de défense
Les municipales de 2026 ont démontré que l’impact des ingérences peut être contenu, mais la mutation vers une ingérence privatisée et lucrative est désormais irréversible. La défense informationnelle doit évoluer pour répondre à une menace qui n’est plus seulement technique, mais systémique. La transparence des autorités et l’éducation aux médias deviennent les piliers de la résilience démocratique.
En 2027, la capacité des citoyens à reconnaître les mécanismes de manipulation sera déterminante pour préserver l’intégrité du débat public.
En 2027, la capacité des citoyens à reconnaître les mécanismes de manipulation sera déterminante pour préserver l’intégrité du débat public.
Pour aller plus loin...
Entretien réalisé par Hélène Pédech, membre cofondateur de l’Observatoire de l’information et des stratégies d’influence de l’IRIS, avec Anne-Sophie Dhiver / Cheffe de service adjointe de Viginum.
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