À l’ère de l’IA générative, la veille informationnelle se transforme. Véronique Mesguich analyse l’évolution des pratiques, les risques et les nouveaux enjeux stratégiques.
J.S. La veille informationnelle semble entrer dans une nouvelle ère, marquée par l’IA générative et l’automatisation. Quels changements majeurs observez-vous aujourd’hui dans les pratiques des organisations, et en quoi ces évolutions confirment-elles les analyses que vous développez dans votre dernier ouvrage ?
V.M. : L’essor fulgurant de l’IA générative bouleverse de nombreux métiers de médiation, et notamment les professionnels de l’information et de la veille. Pour autant, cette nouvelle vague ne remplace pas ce qui existait avant !
La plupart des plateformes de veille ont intégré des fonctionnalités d’IA générative, généralement sous forme de connecteurs vers des modèles de langage, ou de modèles auto-hébergés. Ces fonctionnalités permettent de générer des résumés et synthèses, de traduire des contenus en toutes langues, d’automatiser la production de livrables, etc.
Parallèlement, une nouvelle génération d’outils de veille « IA natifs » comme NewsCore s’architecture autour d’agents spécialisés. Ces plateformes mettent en œuvre le pilotage conversationnel en langage naturel, la génération de synthèses dynamiques ou encore la recherche vectorielle. Citons également des outils d’automatisation no-code prometteurs comme Make ou N8N.
Les professionnels de la veille évoluent ainsi dans un monde en transition, où le rôle de l’IA reste encore flou et très évolutif. Pour de nombreux professionnels, l’IA est perçue comme un copilote, agissant en tant qu’assistant dans les processus de configuration, collecte et analyse. Et même si l’IA évolue vers des fonctions agentiques offrant une autonomie accrue, l’adoption n’est pas encore au rendez vous dans les pratiques quotidiennes en entreprise. Pour reprendre les termes du Gartner Group, on est encore dans un phénomène de « hype », et pas encore dans une phase de maturité.
La plupart des plateformes de veille ont intégré des fonctionnalités d’IA générative, généralement sous forme de connecteurs vers des modèles de langage, ou de modèles auto-hébergés. Ces fonctionnalités permettent de générer des résumés et synthèses, de traduire des contenus en toutes langues, d’automatiser la production de livrables, etc.
Parallèlement, une nouvelle génération d’outils de veille « IA natifs » comme NewsCore s’architecture autour d’agents spécialisés. Ces plateformes mettent en œuvre le pilotage conversationnel en langage naturel, la génération de synthèses dynamiques ou encore la recherche vectorielle. Citons également des outils d’automatisation no-code prometteurs comme Make ou N8N.
Les professionnels de la veille évoluent ainsi dans un monde en transition, où le rôle de l’IA reste encore flou et très évolutif. Pour de nombreux professionnels, l’IA est perçue comme un copilote, agissant en tant qu’assistant dans les processus de configuration, collecte et analyse. Et même si l’IA évolue vers des fonctions agentiques offrant une autonomie accrue, l’adoption n’est pas encore au rendez vous dans les pratiques quotidiennes en entreprise. Pour reprendre les termes du Gartner Group, on est encore dans un phénomène de « hype », et pas encore dans une phase de maturité.
J.S. La question de la fiabilité des sources et de la maîtrise des biais algorithmiques devient centrale. Comment les veilleurs peuvent-ils, selon vous, concilier l’usage d’outils de plus en plus puissants avec l’exigence de rigueur méthodologique que vous défendez depuis longtemps ?
V.M. : La fiabilité des sources a toujours été une question centrale ! Mais la question se pose avec d’autant plus d’acuité que le paysage informationnel s’est transformé. Chaque décennie a apporté une nouvelle vague de contenus pour la veille : les sites web, les réseaux sociaux, les données ouvertes…On peut craindre actuellement le caractère invasif de contenus produits en masse par l’IA, sans réelle valeur ajoutée, et qui viendraient polluer les résultats de la veille.
La rigueur méthodologique des veilleurs passe depuis toujours par l’expertise de la qualité des sources et de leur adéquation aux besoins informationnels ; à ces compétences viennent s’ajouter la compréhension du fonctionnement des IA génératives, la maitrise de l’art du prompt (car c’est un art et non une science exacte). Les biais algorithmiques, qui existent déjà dans les résultats des moteurs classiques et les flux des réseaux sociaux, peuvent être accentués par l’IA .
On constate une tendance à enfermer l’utilisateur dans des « bulles de filtres » dues à une qualité variable des données d’entrainement ou une personnalisation mal ajustée. Une vérification systématique des réponses peut contribuer à réduire ce risque, ainsi que l’usage de plusieurs modèles sur un même sujet critique pour mettre en lumière les angles morts spécifiques à chaque éditeur de modèles.
La rigueur méthodologique des veilleurs passe depuis toujours par l’expertise de la qualité des sources et de leur adéquation aux besoins informationnels ; à ces compétences viennent s’ajouter la compréhension du fonctionnement des IA génératives, la maitrise de l’art du prompt (car c’est un art et non une science exacte). Les biais algorithmiques, qui existent déjà dans les résultats des moteurs classiques et les flux des réseaux sociaux, peuvent être accentués par l’IA .
On constate une tendance à enfermer l’utilisateur dans des « bulles de filtres » dues à une qualité variable des données d’entrainement ou une personnalisation mal ajustée. Une vérification systématique des réponses peut contribuer à réduire ce risque, ainsi que l’usage de plusieurs modèles sur un même sujet critique pour mettre en lumière les angles morts spécifiques à chaque éditeur de modèles.
J.S Vous insistez souvent sur la dimension stratégique de la veille, au-delà de la simple collecte d’informations. À l’heure où les entreprises doivent anticiper des ruptures rapides, comment voyez-vous évoluer le rôle du veilleur dans les organisations, notamment en matière d’aide à la décision ?
V.M. : La valeur ajoutée du veilleur ne réside pas seulement dans sa capacité à trouver l'information, mais dans celle de la configurer et de la contextualiser.
Le veilleur, en amont, doit être capable de paramétrer les agents IA afin d’orienter la machine vers la pertinence, et d’élaborer des prompts adaptés et évolutifs. En aval, il vérifie la fiabilité et l’adéquation des réponses aux besoins, sans oublier le respect de la propriété intellectuelle ! Son rôle consiste de plus à produire pour les destinataires des narrations exploitables pour la prise de décision, en identifiant les causalités, les risques et les opportunités.
L’IA, de par sa multimodalité, offre des potentialités séduisantes de création de livrables attractifs, sous forme de synthèses audio et vidéo, d’infographies ou de datavisualisation, comme ce que propose un Google Notebook LM. Mais là encore, ce n’est pas suffisant, et l'efficacité de l'aide à la décision dépend moins de la puissance de l'outil que de la compétence analytique du veilleur.
Le veilleur, en amont, doit être capable de paramétrer les agents IA afin d’orienter la machine vers la pertinence, et d’élaborer des prompts adaptés et évolutifs. En aval, il vérifie la fiabilité et l’adéquation des réponses aux besoins, sans oublier le respect de la propriété intellectuelle ! Son rôle consiste de plus à produire pour les destinataires des narrations exploitables pour la prise de décision, en identifiant les causalités, les risques et les opportunités.
L’IA, de par sa multimodalité, offre des potentialités séduisantes de création de livrables attractifs, sous forme de synthèses audio et vidéo, d’infographies ou de datavisualisation, comme ce que propose un Google Notebook LM. Mais là encore, ce n’est pas suffisant, et l'efficacité de l'aide à la décision dépend moins de la puissance de l'outil que de la compétence analytique du veilleur.
J.S. Dans votre ouvrage, vous évoquez l’importance de développer une “culture de la vigilance” au sein des équipes. Quels conseils donneriez-vous aux organisations qui souhaitent structurer ou renforcer leur dispositif de veille en 2026, alors que les outils, les compétences et les risques évoluent si vite ?
V.M. : La culture de la vigilance est plus que jamais nécessaire face au chaos mondial…Le conseil que je donnerais aux organisations est d’adapter l’IA à leurs besoins, et pas l’inverse.
Il est difficile d’effectuer des choix face à une multiplication d’outils de différentes générations, parfois redondants entre eux. Mais quels que soient les besoins des organisations, l’IA ne doit pas être une boite noire, ni un bouton magique : le secret de la réussite ne repose pas une automatisation totale (qui ne serait ni souhaitable, ni possible), mais sur une gouvernance claire et une interaction stratégique entre l'humain et la machine.
Il est difficile d’effectuer des choix face à une multiplication d’outils de différentes générations, parfois redondants entre eux. Mais quels que soient les besoins des organisations, l’IA ne doit pas être une boite noire, ni un bouton magique : le secret de la réussite ne repose pas une automatisation totale (qui ne serait ni souhaitable, ni possible), mais sur une gouvernance claire et une interaction stratégique entre l'humain et la machine.
J.S. Peut-être une remarque personnelle, une recommandation, un rendez-vous…
Rendez vous le 9 avril matin à I-Expo/Data intelligence forum, j’aurai le plaisir d’intervenir dans le cadre de la table ronde « Agents IA, recherche conversationnelle, moteurs de recherche classiques … : comment l’IA réinvente la recherche d’information et bouleverse le marché en 2026 ? »
Lien : https://salon-documation.com/
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Véronique Mesguich est consultante et formatrice spécialisée dans la veille stratégique et l'intelligence économique.
Elle est auteure de plusieurs ouvrages dans ce domaine et enseigne notamment à l'Ecole Européenne d'Intelligence Economique.
Dernier ouvrage paru : « Rechercher l’information stratégique sur le web : sourcing, veille et analyse à l’ère de l’IA ». DeBoeck Supérieur, 2024 .

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