Les deux projets abandonnés représentaient ensemble environ 4 gigawatts de capacité, soit de quoi alimenter approximativement 1,3 à 1,5 million de foyers selon les estimations reprises par la presse américaine. L’administration Trump présente l’opération comme une réorientation vers une énergie jugée plus “abordable, fiable et sûre”, alors que les critiques y voient au contraire une subvention publique massive accordée à la sortie des renouvelables au profit direct des combustibles fossiles.
Ce n’est pas une indemnisation, c’est une doctrine
Le plus important n’est pas le chiffre, même s’il est considérable. Le plus important est la logique. L’État fédéral américain ne se contente plus de ralentir l’éolien offshore par la voie réglementaire, judiciaire ou administrative. Il paie pour le faire disparaître. En d’autres termes, il transforme l’argent public en instrument de réorientation idéologique du système énergétique. Ce n’est plus seulement une préférence pour les hydrocarbures ; c’est une doctrine de refossilisation assumée. Le département de l’Intérieur lie explicitement le remboursement des concessions à un investissement équivalent de TotalEnergies dans le Rio Grande LNG au Texas, dans le pétrole du golfe du Mexique et dans le gaz de schiste américain.
Le message stratégique est limpide. Pour Trump, l’éolien en mer ne représente pas un pilier de souveraineté, mais un coût politique, industriel et culturel. À l’inverse, le pétrole et le gaz sont présentés comme les vraies énergies de puissance, celles qui garantissent prix compétitifs, indépendance productive et projection géoéconomique. Ce n’est pas un hasard si le réinvestissement annoncé par TotalEnergies vise d’abord le gaz naturel liquéfié : dans le contexte d’un marché mondial encore tendu par les crises géopolitiques, le GNL américain redevient un levier d’influence extérieure autant qu’un actif industriel.
Le message stratégique est limpide. Pour Trump, l’éolien en mer ne représente pas un pilier de souveraineté, mais un coût politique, industriel et culturel. À l’inverse, le pétrole et le gaz sont présentés comme les vraies énergies de puissance, celles qui garantissent prix compétitifs, indépendance productive et projection géoéconomique. Ce n’est pas un hasard si le réinvestissement annoncé par TotalEnergies vise d’abord le gaz naturel liquéfié : dans le contexte d’un marché mondial encore tendu par les crises géopolitiques, le GNL américain redevient un levier d’influence extérieure autant qu’un actif industriel.
TotalEnergies ne subit pas, TotalEnergies s’adapte
Patrick Pouyanné a qualifié l’accord de dialogue “gagnant-gagnant”. La formule n’est pas anodine. Elle révèle qu’il ne s’agit pas, du point de vue du groupe français, d’un recul imposé mais d’une adaptation opportuniste à la nouvelle hiérarchie énergétique américaine. TotalEnergies récupère intégralement ou presque les montants versés pour ses concessions sous l’administration précédente, évite l’enlisement réglementaire sur des projets devenus politiquement toxiques, et redirige ses capitaux vers des activités dont la rentabilité est jugée plus robuste dans l’Amérique de Trump.
Cela montre aussi une vérité plus large sur les grands groupes énergétiques occidentaux : leur discours sur la transition reste souvent conditionné par l’arbitrage du risque politique. Là où le pouvoir protège les renouvelables, ils s’y engagent. Là où le pouvoir récompense les hydrocarbures, ils reviennent rapidement vers le pétrole et le gaz. TotalEnergies conserve par ailleurs une présence significative dans les renouvelables aux États-Unis, mais sur ce dossier précis, le groupe a clairement choisi la fluidité stratégique plutôt que l’affrontement frontal avec Washington.
Cela montre aussi une vérité plus large sur les grands groupes énergétiques occidentaux : leur discours sur la transition reste souvent conditionné par l’arbitrage du risque politique. Là où le pouvoir protège les renouvelables, ils s’y engagent. Là où le pouvoir récompense les hydrocarbures, ils reviennent rapidement vers le pétrole et le gaz. TotalEnergies conserve par ailleurs une présence significative dans les renouvelables aux États-Unis, mais sur ce dossier précis, le groupe a clairement choisi la fluidité stratégique plutôt que l’affrontement frontal avec Washington.
Une victoire énergétique, mais aussi culturelle
L’administration Trump cherche ici autre chose qu’un résultat comptable. Elle veut produire un précédent. En payant une major européenne pour sortir de l’éolien offshore, elle envoie un signal aux investisseurs, aux États fédérés, aux banques et au marché : l’État américain n’entend plus garantir la montée en puissance de cette filière. Au contraire, il peut rendre sa poursuite incertaine, coûteuse et politiquement exposée. L’accord a d’ailleurs été dénoncé par les défenseurs de l’éolien et par plusieurs responsables politiques comme un détournement massif de fonds publics au bénéfice du secteur fossile.
Il y a là une dimension culturelle décisive. Trump ne combat pas seulement une technologie ; il combat le récit politique qui l’accompagne. L’éolien offshore, dans son imaginaire, incarne la dépendance aux subventions, la fragilité du réseau, l’idéologie climatique et l’emprise réglementaire des élites côtières. En le sacrifiant publiquement, il renforce son propre récit de restauration nationale fondé sur l’abondance fossile, la réindustrialisation lourde et le refus des contraintes écologiques perçues comme anti-américaines.
Il y a là une dimension culturelle décisive. Trump ne combat pas seulement une technologie ; il combat le récit politique qui l’accompagne. L’éolien offshore, dans son imaginaire, incarne la dépendance aux subventions, la fragilité du réseau, l’idéologie climatique et l’emprise réglementaire des élites côtières. En le sacrifiant publiquement, il renforce son propre récit de restauration nationale fondé sur l’abondance fossile, la réindustrialisation lourde et le refus des contraintes écologiques perçues comme anti-américaines.
Les conséquences géoéconomiques
L’effet dépasse de loin les côtes de New York et de Caroline du Nord. Cette décision accentue la divergence transatlantique sur l’énergie. Tandis qu’une partie de l’Europe continue de présenter la transition comme un horizon stratégique, Washington sous Trump fait exactement l’inverse : il instrumentalise sa puissance publique pour sécuriser une nouvelle phase d’expansion des hydrocarbures. Cela renforce l’avantage compétitif américain sur le gaz, sur la pétrochimie et sur certaines branches industrielles énergivores, au moment même où les Européens peinent encore à arbitrer entre climat, compétitivité et sécurité d’approvisionnement. L’investissement promis par TotalEnergies dans Rio Grande LNG s’inscrit d’ailleurs dans cette logique de montée en puissance exportatrice des États-Unis.
Au fond, cet accord dit une chose très simple. Dans l’Amérique de Trump, l’énergie n’est pas seulement un secteur économique : c’est un instrument de souveraineté, de rapport de force et de redistribution politique. Et s’il faut pour cela payer près d’un milliard de dollars à une compagnie étrangère afin qu’elle renonce à des parcs éoliens et finance à la place du gaz et du pétrole américains, Washington considère manifestement que le prix en vaut la peine.
Au fond, cet accord dit une chose très simple. Dans l’Amérique de Trump, l’énergie n’est pas seulement un secteur économique : c’est un instrument de souveraineté, de rapport de force et de redistribution politique. Et s’il faut pour cela payer près d’un milliard de dollars à une compagnie étrangère afin qu’elle renonce à des parcs éoliens et finance à la place du gaz et du pétrole américains, Washington considère manifestement que le prix en vaut la peine.
Sources
https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/03/24/totalenergies-se-plie-a-l-administration-trump-et-renonce-a-deux-projets-d-eolien-en-mer-au-profit-d-investissements-petrogaziers_6673996_3234.html
https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/03/24/totalenergies-et-l-administration-trump-concluent-un-accord-d-environ-1-milliard-de-dollars-pour-annuler-des-projets-eoliens-en-mer_6674017_3244.html
https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/05/15/eolien-en-mer-edf-engie-et-totalenergies-mettent-en-suspens-leurs-projets-aux-etats-unis_6606189_3234.html
Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis). Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, (EGE).
Il collabore avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan.
La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.
#énergieaméricaine, #politiqueénergétiqueUSA, #TotalEnergies, #éolienoffshore, #hydrocarburesUSA, #GNL, #transitionénergétique, #industriepétrolière, #géopolitiquedelénergie, #investissementénergétique

Accueil