Défense, capital-risque et intelligence artificielle face à l'avancée chinoise
Les États-Unis ne sont pas simplement en train de préparer une nouvelle politique industrielle. Ils construisent quelque chose de plus ambitieux et de plus inquiétant : un État stratégique capable de fondre le Pentagone, le capital privé, les entreprises technologiques, l'énergie, la finance publique et l'intelligence artificielle dans une seule machine de puissance. La cible est claire : contenir l'avancée chinoise, l'empêcher de conquérir la supériorité technologique, freiner sa capacité à transformer industrie, données, semi-conducteurs et algorithmes en force géopolitique.
Le point décisif est que cette transformation ne naît plus seulement des laboratoires publics, des grandes agences fédérales ou des entreprises traditionnelles de défense. Elle naît de la rencontre entre l'État américain et cette partie de la Silicon Valley qui, pendant des années, a prêché le libre marché, l'allègement réglementaire, la primauté de l'innovation privée, avant de découvrir que sans contrats publics, commandes militaires, protections douanières, énergie subventionnée et financements fédéraux, sa course technologique risque de ralentir.
Le vieux libéralisme économique américain cède ainsi la place à une nouvelle forme de capitalisme politique. Ce n'est plus l'État qui se retire pour laisser faire le marché, mais l'État qui choisit les vainqueurs, finance les entreprises considérées comme stratégiques, leur ouvre le marché militaire, garantit la demande publique, oriente la recherche, discipline les alliés et transforme chaque innovation en élément de la compétition avec Pékin.
La Chine n'est plus seulement un concurrent commercial. Elle devient le principe organisateur de la politique économique et militaire américaine.
Le retour de l'État qui choisit
Pendant des décennies, Washington a expliqué au monde que le développement devait passer par les privatisations, l'ouverture des marchés, la concurrence et la réduction de l'intervention publique. Aujourd'hui, les États-Unis font l'inverse. Ils ne l'appellent pas planification, parce que le mot rappelle trop l'ennemi idéologique du XXe siècle. Ils ne l'appellent pas protectionnisme, parce que cela troublerait la rhétorique du libre-échange. Mais la substance est bien là : l'État fédéral mobilise des ressources, dirige les capitaux, sélectionne les secteurs, soutient les entreprises, contrôle les technologies critiques, décide qui peut accéder à certains produits et qui doit en être exclu.
La différence avec le passé est que cette nouvelle intervention publique ne se présente pas comme un programme social, mais comme une nécessité stratégique. Ce n'est pas le New Deal, c'est le réarmement technologique. Ce n'est pas la lutte contre la pauvreté, c'est la lutte contre la Chine. Ce n'est pas l'industrie publique classique, c'est l'alliance entre le Pentagone, les fonds d'investissement et les entreprises de haute technologie.
C'est dans ce cadre que s'inscrit la création de nouvelles structures, unités et mécanismes de coordination réunissant défense économique, intelligence artificielle, capital privé et sécurité nationale. Des figures comme Stephen Feinberg, financier lié au monde du capital-risque et de la défense, deviennent emblématiques de cette période. La frontière entre investisseur, responsable public, stratège militaire et médiateur industriel devient de plus en plus mince.
Le message est simple : l'Amérique ne peut pas battre la Chine en se limitant à acheter des armes traditionnelles. Elle doit contrôler les technologies qui décideront de la prochaine hiérarchie mondiale : semi-conducteurs, calcul avancé, systèmes autonomes, énergie, réseaux, espace, données, intelligence artificielle.
Pompiers pyromanes
La partie la plus paradoxale est que beaucoup des protagonistes de ce nouveau tournant sont les mêmes qui, pendant des années, ont dénoncé l'État comme un obstacle à l'innovation. Fondateurs d'entreprises technologiques, financiers, dirigeants de la Silicon Valley, promoteurs du capital-risque ont bâti leur mythologie sur la rapidité privée opposée à la lenteur publique. Mais ils demandent désormais à l'État garanties, contrats, protection, infrastructures, énergie et commandes.
Ce sont des pompiers pyromanes. Ils ont d'abord contribué à affaiblir l'idée même d'intervention publique, puis ils ont découvert que sans l'État aucune suprématie technologique durable ne se construit. Pour concevoir un programme informatique ou lancer une application, le capital privé peut suffire. Pour construire une filière de semi-conducteurs, un réseau de centres de données, des systèmes militaires autonomes, des capacités énergétiques et des infrastructures protégées, il faut au contraire une puissance publique.
La rhétorique reste libertarienne. La pratique est étatiste. Les entreprises réclament les mains libres lorsqu'elles veulent échapper aux règles, aux contrôles et aux responsabilités ; elles demandent protection lorsqu'elles doivent affronter la concurrence chinoise ; elles demandent des subventions lorsqu'elles doivent construire des infrastructures ; elles réclament des commandes militaires lorsqu'elles doivent transformer une idée en flux financier.
C'est le capitalisme américain dans sa forme la plus pure : risque socialisé, profit privatisé, puissance publique mise au service de l'accumulation privée, le tout justifié par la sécurité nationale.
La Chine comme discipline intérieure
L'avancée chinoise sert aussi à discipliner le système américain. Face à Pékin, toute résistance interne peut être présentée comme irresponsable. Celui qui réclame des règles sur l'intelligence artificielle entrave la compétition stratégique. Celui qui critique les subventions aux grandes entreprises technologiques favorise la Chine. Celui qui demande des contrôles démocratiques sur l'usage militaire des algorithmes est accusé de ne pas comprendre la menace.
La Chine devient ainsi bien plus qu'une rivale. Elle devient un argument politique total. Elle sert à justifier la déréglementation, l'augmentation des dépenses militaires, l'ouverture des budgets publics aux entreprises privées, la compression des contrôles environnementaux, l'accélération des autorisations, la militarisation de la recherche universitaire et le renforcement des chaînes de commandement technologique.
Ce mécanisme se voit clairement dans la question des semi-conducteurs. Les États-Unis cherchent à empêcher la Chine d'accéder aux processeurs les plus avancés, tout en poussant leurs propres entreprises à produire, assembler et contrôler des composants cruciaux. Le cas des puces produites par Nvidia, adaptées pour rester formellement dans les limites des restrictions tout en demeurant précieuses pour le marché chinois, montre l'ambiguïté de la partie. D'un côté, Washington veut limiter Pékin ; de l'autre, ses entreprises veulent continuer à vendre. La sécurité nationale et le profit entrent en conflit. Et presque toujours, on cherche une médiation qui sauve les deux.
Mais une guerre technologique menée à moitié risque de produire seulement de nouvelles contradictions. Si l'on ferme le marché chinois, les entreprises américaines perdent des revenus. Si on le laisse ouvert, la Chine continue d'accumuler des capacités. Si l'on impose des restrictions aux alliés, ceux-ci deviennent dépendants de Washington. Si on ne les impose pas, la stratégie de containment s'affaiblit.
Capital : le Pentagone comme fonds d'investissement
Le premier levier de la nouvelle stratégie est le capital. Le Pentagone ne veut plus être seulement le client final d'armes terminées. Il veut devenir un accélérateur, un sélectionneur, presque un fonds d'investissement stratégique. L'objectif est d'identifier les entreprises prometteuses, de les soutenir, de les orienter vers des applications militaires, de les insérer dans les chaînes d'approvisionnement de la défense, de les transformer en champions nationaux.
Cela vaut pour les drones, les systèmes autonomes, l'analyse des données, la surveillance satellitaire, la guerre informatique, les modèles linguistiques, la robotique, l'énergie. La distinction entre civil et militaire s'amincit. Un programme conçu pour optimiser des informations commerciales peut devenir un outil de renseignement. Un système de navigation peut devenir un guidage de munitions. Un algorithme de reconnaissance peut devenir une sélection de cibles. Un réseau de centres de données peut devenir une infrastructure de commandement.
C'est ici qu'entre en jeu le capital-risque. Fonds, investisseurs et entreprises technologiques sont appelés à faire ce que l'ancien appareil industriel de défense ne parvient plus à faire assez vite : expérimenter, risquer, produire des prototypes, échouer rapidement, changer d'échelle lorsqu'une solution fonctionne. Mais le risque privé n'est qu'une partie de l'histoire. Car, dès que le projet devient stratégique, l'État arrive avec contrats, fonds, garanties et achats anticipés.
Le Pentagone n'achète plus seulement des missiles. Il achète des écosystèmes.
Pouvoir : la déréglementation comme arme
Le deuxième levier est le pouvoir. La nouvelle politique américaine ne veut pas seulement financer les entreprises. Elle veut les libérer de contraintes jugées incompatibles avec la compétition contre la Chine. Les procédures d'achat militaire sont considérées comme lentes. Les contrôles sur les technologies sont réorganisés. Les marchés publics doivent accélérer. Les autorisations énergétiques doivent être simplifiées. Les entreprises doivent pouvoir expérimenter plus rapidement.
C'est ici que la sécurité nationale devient une clé universelle. Tout peut être accéléré si cela sert à battre la Chine. Tout peut être dérogé si cela sert à la défense. Tout peut être justifié si cela entre dans le langage de l'urgence stratégique.
Le risque est évident : une fois la compétition avec Pékin transformée en urgence permanente, le contrôle démocratique lui-même devient une entrave. Les décisions se déplacent vers des circuits restreints : fonctionnaires, militaires, fonds d'investissement, dirigeants technologiques, consultants, anciens responsables publics revenus dans le secteur privé. La porte tournante entre l'État et l'entreprise devient la véritable institution du nouveau capitalisme stratégique américain.
Ce n'est pas un hasard si gravitent autour de ce système des personnalités venues de mondes apparemment différents mais désormais complémentaires : financiers, dirigeants de la défense, entrepreneurs de la Silicon Valley, stratèges de la sécurité, investisseurs dans les entreprises militaires, anciens responsables publics. La guerre contre la Chine devient aussi une grande occasion d'accumulation.
Énergie : le goulet d'étranglement de la puissance
Le troisième levier est l'énergie. L'intelligence artificielle ne vit pas dans l'air. Elle a besoin d'électricité, d'eau, de centres de données, de réseaux, de transformateurs, de lignes de transmission, de matériaux, de refroidissement et de sécurité physique. Chaque modèle avancé consomme d'énormes quantités d'énergie. Chaque centre de données exige une puissance stable. Chaque nouvelle infrastructure numérique augmente la pression sur les réseaux.
C'est pourquoi le réarmement technologique américain ne concerne pas seulement le Pentagone ou les entreprises informatiques. Il concerne les centrales électriques, le gaz, le nucléaire, les petits réacteurs modulaires, les réseaux à haute capacité, les concessions, les territoires, les autorisations environnementales. L'intelligence artificielle devient une question énergétique. Et l'énergie devient une question militaire.
C'est ici que l'on voit la profondeur de la partie. La Chine a construit pendant des années des capacités industrielles, des infrastructures, des réseaux, des chaînes productives. Les États-Unis doivent regagner du terrain non seulement dans les programmes informatiques, mais dans la matière même de la puissance : électricité, métaux, terres rares, usines, ports, chantiers, logistique.
Un algorithme sans énergie est un exercice théorique. Un centre de données sans réseau est une cathédrale éteinte. Une stratégie technologique sans infrastructures est de la propagande.
Gééconomie du chantage
Le nouvel État stratégique américain n'agit pas seulement à l'intérieur. Il agit sur les alliés et sur les pays tiers. Celui qui veut accéder aux puces, aux financements, à la protection américaine, aux technologies et aux investissements doit s'aligner. La coopération technologique devient conditionnelle. Les aides, les prêts, les garanties, les marchés et même les chaînes d'approvisionnement sont utilisés comme instruments de discipline.
C'est une forme de chantage devenue norme. Pas nécessairement brutale dans les tons, mais très claire dans sa substance : soit on entre dans l'écosystème américain, soit on risque l'exclusion. Soit on limite les relations avec les entreprises chinoises, soit on perd l'accès à des technologies essentielles. Soit on accepte la hiérarchie de Washington, soit on est placé dans une zone grise.
Cela vaut pour l'Europe, pour l'Asie, pour l'Afrique, pour le Sud global. L'Amérique ne demande pas simplement une fidélité politique. Elle demande une compatibilité technologique, le contrôle des réseaux, l'alignement sur les exportations, la participation aux filières, l'adhésion aux normes américaines.
La guerre froide du XXIe siècle ne passe pas seulement par les bases militaires. Elle passe par les processeurs, les logiciels, les centres de données, les câbles, les satellites, les autorisations d'exportation.
L'ancien impérialisme occupait des territoires. Le nouveau organise des dépendances.
L'Europe comme distributeur de billets et arrière-base
Vue d'Europe, cette stratégie devrait déclencher de nombreuses alarmes. Les États-Unis demandent aux alliés d'augmenter leurs dépenses militaires, d'acheter des technologies américaines, d'adopter des normes américaines, de participer au containment de la Chine, de contribuer à la sécurité de l'Indo-Pacifique, de financer leur propre défense et de rester alignés sur Washington.
Mais plus l'Europe paie, moins elle décide. Plus elle achète des systèmes américains, plus elle devient dépendante. Plus elle s'insère dans les chaînes technologiques américaines, plus elle perd son autonomie. La rhétorique de la sécurité commune cache souvent une division du travail : Washington dirige, l'Europe finance et achète.
C'est la contradiction de la souveraineté européenne. On parle d'autonomie stratégique, mais on achète les systèmes des autres. On invoque une défense commune, mais on dépend de satellites, de logiciels, de processeurs, de plateformes et de commandements extérieurs. On dénonce les ambitions chinoises, mais on accepte une subordination industrielle aux États-Unis.
La nouvelle politique américaine ne détruit pas l'Europe. Elle l'incorpore.
Évaluation stratégique et militaire
Sur le plan militaire, le projet américain est cohérent. Washington a compris que la prochaine compétition ne sera pas gagnée seulement avec des porte-avions, des bombardiers et des missiles. Elle sera gagnée par celui qui saura intégrer capteurs, réseaux, intelligence artificielle, systèmes autonomes, production industrielle, énergie et commandement politique.
La guerre en Ukraine a montré que les drones, la surveillance permanente, la guerre électronique et la vitesse du cycle entre identification et frappe sont en train de changer le champ de bataille. Une guerre autour de Taïwan, en mer de Chine méridionale ou sur les routes de l'Indo-Pacifique serait encore plus complexe. Les États-Unis savent qu'il ne suffit pas d'avoir des moyens supérieurs. Il faut voir avant, décider avant, frapper avant, remplacer avant.
L'intelligence artificielle sert à cela : comprimer le temps. Trouver des cibles, croiser les données, prévoir les mouvements, gérer des flottes autonomes, protéger les réseaux, anticiper l'ennemi. Mais la compression du temps crée aussi un risque énorme. Plus le commandement dépend des algorithmes, plus la tentation augmente de déléguer à la machine des décisions qui devraient rester politiques. Plus le cycle opérationnel s'accélère, plus l'espace de la prudence se rétrécit.
Dans une crise avec la Chine, surtout autour de Taïwan, cela peut devenir extrêmement dangereux. Frapper les réseaux de commandement, les communications, les satellites et les infrastructures informatiques peut sembler une opération conventionnelle. Mais si ces réseaux sont aussi liés à la gestion des forces nucléaires ou à la perception de la survie de l'État, l'escalade peut échapper au contrôle.
Géopolitique de la nouvelle guerre froide
L'enjeu est mondial. Les États-Unis veulent empêcher la Chine de devenir le centre technologique du siècle. La Chine veut s'affranchir de la dépendance aux technologies occidentales et construire son propre espace économique, industriel et numérique. Le reste du monde est poussé à choisir, ou du moins à se positionner.
Ce n'est pas une guerre froide identique à celle qui opposa les États-Unis et l'Union soviétique. Ici, les économies sont imbriquées, les filières sont mondiales, les entreprises privées comptent énormément, les pays tiers cherchent des marges de manœuvre, la technologie civile devient immédiatement militaire. Il n'y a pas deux blocs fermés, mais des réseaux concurrents qui cherchent à capter États, marchés, données et infrastructures.
La vraie bataille porte sur l'écosystème. Qui contrôlera les normes de l'intelligence artificielle ? Qui décidera quels processeurs pourront être vendus ? Qui dominera les réseaux de centres de données ? Qui possédera les terres rares ? Qui garantira une énergie à bas coût ? Qui construira les systèmes autonomes ? Qui imposera les règles de la cybersécurité ?
Ces questions valent davantage que beaucoup de déclarations diplomatiques. Car la souveraineté future ne consistera pas seulement à battre monnaie ou à contrôler les frontières. Elle consistera à posséder les infrastructures techniques à travers lesquelles passe la vie économique, militaire et politique.
La Compagnie des Indes du XXIe siècle
La partie la plus inquiétante de cette affaire est le retour d'une forme ancienne sous des habits modernes. Les grandes entreprises technologiques américaines ressemblent de plus en plus à des compagnies impériales : formellement privées, mais soutenues par l'État ; capables de déplacer des capitaux immenses ; présentes dans des secteurs stratégiques ; indispensables à la politique étrangère ; prêtes à transformer des contrats publics en puissance privée.
La vieille Compagnie britannique des Indes orientales commerçait, administrait, combattait, gouvernait. Les nouvelles compagnies technologiques n'administrent pas des territoires de la même manière, mais elles contrôlent infrastructures, réseaux, données, plateformes, capacités de calcul, systèmes de surveillance. Elles n'ont pas besoin de planter des drapeaux. Il suffit que les gouvernements dépendent de leurs outils.
La différence est qu'aujourd'hui la domination apparaît neutre, technique, inévitable. Elle ne se présente pas comme empire, mais comme innovation. Elle ne dit pas commander, elle dit fournir des services. Elle ne parle pas de conquête, elle parle d'efficacité. Mais derrière l'efficacité se construit le pouvoir.
La vraie nature du plan américain
Le libre marché reste dans la rhétorique. Dans la réalité, l'État choisit, finance, protège et commande. La Silicon Valley reste dans la rhétorique de l'innovation spontanée. Dans la réalité, elle cherche des contrats publics et une protection stratégique. Les alliés restent dans la rhétorique du partenariat. Dans la réalité, ils deviennent fournisseurs, clients et arrière-bases.
La Chine est la rivale, mais aussi le prétexte. Sans la Chine, il serait plus difficile de justifier cette gigantesque mobilisation de ressources publiques au profit d'intérêts privés. Avec la Chine, tout devient urgent, nécessaire, inévitable.
L’Amérique, la Chine et la militarisation du marché
Les États-Unis construisent un nouvel État stratégique, plus agressif, plus technologique, plus sélectif, plus imbriqué avec le capital privé. Ce n'est pas le simple retour de l'État industriel du XXe siècle. C'est autre chose : un État qui ne nationalise pas les entreprises, mais les enrôle ; qui n'abolit pas le marché, mais l'oriente ; qui ne supprime pas le profit privé, mais le militarise ; qui ne renonce pas à la mondialisation, mais la redessine en fonction antichinoise.
Le problème est que cette voie peut renforcer l'Amérique, mais aussi la déformer. Elle peut produire de l'innovation, mais aussi des oligarchies. Elle peut contenir la Chine, mais aussi transformer chaque choix économique en décision militaire. Elle peut redonner de l'énergie à l'industrie, mais aussi livrer la politique à un bloc restreint de fonctionnaires, de financiers et d'entrepreneurs technologiques.
La question finale ne concerne pas seulement Washington ou Pékin. Elle concerne aussi l'Europe et tous les autres. Dans quel monde voulons-nous vivre ? Dans un monde où la technologie reste un instrument de la politique, ou dans un monde où la politique devient le service des achats de la technologie militaire ?
Les États-Unis ont un plan. La Chine est la cible. Mais le prix de cette nouvelle guerre économique et technologique pourrait être payé par bien plus d'acteurs que ceux qui, aujourd'hui, font semblant de ne pas voir.
Sources
https://mondediplo.com/2026/06/11us
https://www.theguardian.com/us-news/2026/jun/18/stephen-feinberg-trump-pentagon
https://www.thenation.com/article/world/silicon-valley-private-equity-pentagon-war-profiteering-military-tech-vc/
https://www.csis.org/analysis/united-states-prepared-war-china
https://www.brookings.edu/articles/competing-ai-strategies-for-the-us-and-china/
https://www.rand.org/pubs/perspectives/PEA4012-1.html
https://cset.georgetown.edu/publication/u-s-outbound-investment-into-chinese-ai-companies/
https://www.ifri.org/en/studies/funding-rival-when-united-states-and-europe-invest-chinese-tech
https://www.oecd.org/en/publications/venture-capital-investments-in-artificial-intelligence-through-2025_a13752f5-en/full-report.html
https://sccei.fsi.stanford.edu/china-briefs/government-venture-capital-and-ai-development-china
A propos de l'auteur
Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE).
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/ et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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