Le Mondial 2034, vitrine d’une puissance saoudienne en construction
Lorsque l’Arabie saoudite a été officiellement désignée, le 11 décembre 2024, pour organiser la Coupe du monde de football 2034, cette décision a immédiatement été interprétée comme l’aboutissement d’un projet multidimensionnel fort entremêlant diplomatie, influence, image de marque et économie. Seule candidate encore en lice, la Fédération saoudienne de football avait présenté un projet reposant sur cinq villes hôtes, quinze stades et une transformation accélérée des infrastructures sportives, urbaines et touristiques du royaume.
Pour Riyad, l’organisation du plus grand événement sportif mondial ne constitue cependant pas une finalité isolée. Elle s’inscrit dans une architecture géoéconomique beaucoup plus vaste où investissements souverains, diplomatie sportive, transformation sociale, tourisme, divertissement et politique étrangère convergent autour d’un même objectif : faire du sport l’un des principaux vecteurs de la puissance saoudienne au XXIe siècle.
Depuis le lancement de Vision 2030 en avril 2016, le royaume ne considère plus le sport comme une simple politique sectorielle. Il en a fait un instrument de diversification économique, un levier de mobilisation de sa jeunesse, un support de nationalisme institutionnel et une vitrine de sa modernisation. Le sport doit à la fois transformer la société saoudienne de l’intérieur et modifier la perception du pays à l’extérieur.
Mais derrière l’ampleur des investissements et la multiplication des compétitions apparaissent plusieurs fragilités. La Saudi Pro League reste encore faiblement intégrée aux habitudes médiatiques internationales. Le développement de Newcastle United, racheté par le Fond Souverain saoudien (PIF – Public Investment Fund) est encadré par les règles financières du football européen. Plusieurs mégaprojets associés à la transformation saoudienne, à commencer par NEOM, connaissent des révisions, des phasages ou des interrogations croissantes quant à leur soutenabilité. Enfin, l’extrême personnalisation de la stratégie autour du prince héritier Mohammed ben Salmane limite l’institutionnalisation d’une véritable politique sportive de long terme.
Pour Riyad, l’organisation du plus grand événement sportif mondial ne constitue cependant pas une finalité isolée. Elle s’inscrit dans une architecture géoéconomique beaucoup plus vaste où investissements souverains, diplomatie sportive, transformation sociale, tourisme, divertissement et politique étrangère convergent autour d’un même objectif : faire du sport l’un des principaux vecteurs de la puissance saoudienne au XXIe siècle.
Depuis le lancement de Vision 2030 en avril 2016, le royaume ne considère plus le sport comme une simple politique sectorielle. Il en a fait un instrument de diversification économique, un levier de mobilisation de sa jeunesse, un support de nationalisme institutionnel et une vitrine de sa modernisation. Le sport doit à la fois transformer la société saoudienne de l’intérieur et modifier la perception du pays à l’extérieur.
Mais derrière l’ampleur des investissements et la multiplication des compétitions apparaissent plusieurs fragilités. La Saudi Pro League reste encore faiblement intégrée aux habitudes médiatiques internationales. Le développement de Newcastle United, racheté par le Fond Souverain saoudien (PIF – Public Investment Fund) est encadré par les règles financières du football européen. Plusieurs mégaprojets associés à la transformation saoudienne, à commencer par NEOM, connaissent des révisions, des phasages ou des interrogations croissantes quant à leur soutenabilité. Enfin, l’extrême personnalisation de la stratégie autour du prince héritier Mohammed ben Salmane limite l’institutionnalisation d’une véritable politique sportive de long terme.
Vision 2030 : du sport de loisir au sport de puissance
La place accordée au sport dans Vision 2030 répond d’abord à des transformations internes. L’Arabie saoudite compte 63% de sa population qui est âgée de moins de 30 ans ajouté à une urbanisation croissante. Le développement d’une économie du divertissement doit permettre de répondre aux attentes sociales de cette jeunesse, mais également de conserver dans le royaume une partie des dépenses traditionnellement réalisées à l’étranger.
Cette stratégie a déjà produit des effets mesurables. Selon les données officielles de Vision 2030, la proportion d’adultes pratiquant au moins 150 minutes d’activité physique par semaine aurait atteint 59,1 % en 2025, dépassant les objectifs intermédiaires fixés par les autorités. La participation sportive des femmes aurait, quant à elle, progressé de plus de 150 % depuis le lancement du programme, avec plus de 330 000 sportives enregistrées selon les chiffres gouvernementaux communiqués en 2024.
Ces résultats ne doivent pas être minimisés. Dans un pays longtemps marqué par une offre limitée de loisirs publics, l’ouverture des stades aux femmes, le développement du sport scolaire, l’émergence de compétitions féminines et la multiplication des manifestations sportives représentent de véritables transformations sociales.
Le sport power saoudien ne se réduit donc pas à une stratégie exclusivement tournée vers l’étranger. Il constitue également un instrument de reconfiguration du contrat social. Le divertissement, les compétitions internationales et les nouvelles pratiques sportives participent à la construction d’une relation renouvelée entre l’État, la jeunesse et la société.
Cette difficulté à institutionnaliser une véritable production de connaissances se retrouve également dans le projet SAFFIR (Saudi Arabian Football Federation Institute of Research), lancé par la Fédération saoudienne de football et dirigé par l'historien français Pierre Lanfranchi. Présenté comme le premier centre de recherche consacré au football directement rattaché à une fédération nationale, SAFFIR ambitionne de devenir une référence mondiale en matière de recherche appliquée au football et d'éclairer les décideurs sportifs par la production de travaux scientifiques. Pourtant, malgré cette ambition affichée, son influence demeure aujourd'hui relativement limitée.
Les publications, séminaires et programmes de recherche peinent encore à produire des livrables identifiables ayant une réelle portée dans les politiques publiques sportives, la gouvernance du football ou les grandes décisions stratégiques de la Fédération saoudienne. Plus largement, SAFFIR souffre d'une faible visibilité académique internationale, d'un nombre encore restreint de productions scientifiques de référence et d'un impact difficilement perceptible sur les débats contemporains relatifs à l'économie, à la gouvernance ou à la diplomatie du football. Ce décalage entre les ambitions initiales et les résultats observables illustre une limite plus générale de la stratégie sportive saoudienne : investir massivement dans les structures ne garantit pas, à lui seul, la production d'une influence intellectuelle durable ni d'un véritable leadership scientifique.
Cette stratégie a déjà produit des effets mesurables. Selon les données officielles de Vision 2030, la proportion d’adultes pratiquant au moins 150 minutes d’activité physique par semaine aurait atteint 59,1 % en 2025, dépassant les objectifs intermédiaires fixés par les autorités. La participation sportive des femmes aurait, quant à elle, progressé de plus de 150 % depuis le lancement du programme, avec plus de 330 000 sportives enregistrées selon les chiffres gouvernementaux communiqués en 2024.
Ces résultats ne doivent pas être minimisés. Dans un pays longtemps marqué par une offre limitée de loisirs publics, l’ouverture des stades aux femmes, le développement du sport scolaire, l’émergence de compétitions féminines et la multiplication des manifestations sportives représentent de véritables transformations sociales.
Le sport power saoudien ne se réduit donc pas à une stratégie exclusivement tournée vers l’étranger. Il constitue également un instrument de reconfiguration du contrat social. Le divertissement, les compétitions internationales et les nouvelles pratiques sportives participent à la construction d’une relation renouvelée entre l’État, la jeunesse et la société.
Cette difficulté à institutionnaliser une véritable production de connaissances se retrouve également dans le projet SAFFIR (Saudi Arabian Football Federation Institute of Research), lancé par la Fédération saoudienne de football et dirigé par l'historien français Pierre Lanfranchi. Présenté comme le premier centre de recherche consacré au football directement rattaché à une fédération nationale, SAFFIR ambitionne de devenir une référence mondiale en matière de recherche appliquée au football et d'éclairer les décideurs sportifs par la production de travaux scientifiques. Pourtant, malgré cette ambition affichée, son influence demeure aujourd'hui relativement limitée.
Les publications, séminaires et programmes de recherche peinent encore à produire des livrables identifiables ayant une réelle portée dans les politiques publiques sportives, la gouvernance du football ou les grandes décisions stratégiques de la Fédération saoudienne. Plus largement, SAFFIR souffre d'une faible visibilité académique internationale, d'un nombre encore restreint de productions scientifiques de référence et d'un impact difficilement perceptible sur les débats contemporains relatifs à l'économie, à la gouvernance ou à la diplomatie du football. Ce décalage entre les ambitions initiales et les résultats observables illustre une limite plus générale de la stratégie sportive saoudienne : investir massivement dans les structures ne garantit pas, à lui seul, la production d'une influence intellectuelle durable ni d'un véritable leadership scientifique.
Le football, langue nationale de la société saoudienne
Cette politique bénéficie d’un avantage que plusieurs autres monarchies du Golfe ne possèdent pas au même degré : l’existence d’une véritable culture populaire du football.
L’Arabie saoudite n’a pas découvert ce sport avec l’arrivée de Cristiano Ronaldo à Al-Nassr en janvier 2023. Le royaume a remporté trois Coupes d’Asie, participé régulièrement à la Coupe du monde depuis 1994 et développé des clubs disposant d’un ancrage social et territorial ancien. Al-Hilal, Al-Ittihad, Al-Ahli et Al-Nassr ne sont pas des marques créées artificiellement pour répondre aux besoins de Vision 2030. Ils constituent des institutions sportives profondément enracinées dans les métropoles de Riyad et de Djeddah. Par exemple, le club d’Al-Ittihad, ancien club de Karim Benzema ou de N’Golo Kanté, existe depuis 1927 et fêtera donc son centenaire, la saison prochaine.
La saison 2025-2026 de la Saudi Pro League a attiré près de 2,3 millions de spectateurs dans les stades, soit une progression de 11 % par rapport à la décennie précédente. Plusieurs rencontres ont dépassé les 50 000 spectateurs, notamment les grandes affiches organisées à Djeddah.
Cette fréquentation demeure inégalement répartie entre les clubs et dépend fortement des derbys et des grandes équipes. Elle révèle néanmoins l’existence d’un marché intérieur réel. Contrairement à certains championnats voisins, dont l’intérêt reste souvent concentré sur les équipes nationales ou les grands événements ponctuels, le championnat saoudien bénéficie d’un public local historiquement attaché à ses clubs.
Cette réalité constitue l’une des principales forces du projet saoudien. La stratégie ne repose pas uniquement sur l’importation de stars internationales. Elle s’appuie sur une société où le football est déjà un élément central de la culture populaire.
L’Arabie saoudite n’a pas découvert ce sport avec l’arrivée de Cristiano Ronaldo à Al-Nassr en janvier 2023. Le royaume a remporté trois Coupes d’Asie, participé régulièrement à la Coupe du monde depuis 1994 et développé des clubs disposant d’un ancrage social et territorial ancien. Al-Hilal, Al-Ittihad, Al-Ahli et Al-Nassr ne sont pas des marques créées artificiellement pour répondre aux besoins de Vision 2030. Ils constituent des institutions sportives profondément enracinées dans les métropoles de Riyad et de Djeddah. Par exemple, le club d’Al-Ittihad, ancien club de Karim Benzema ou de N’Golo Kanté, existe depuis 1927 et fêtera donc son centenaire, la saison prochaine.
La saison 2025-2026 de la Saudi Pro League a attiré près de 2,3 millions de spectateurs dans les stades, soit une progression de 11 % par rapport à la décennie précédente. Plusieurs rencontres ont dépassé les 50 000 spectateurs, notamment les grandes affiches organisées à Djeddah.
Cette fréquentation demeure inégalement répartie entre les clubs et dépend fortement des derbys et des grandes équipes. Elle révèle néanmoins l’existence d’un marché intérieur réel. Contrairement à certains championnats voisins, dont l’intérêt reste souvent concentré sur les équipes nationales ou les grands événements ponctuels, le championnat saoudien bénéficie d’un public local historiquement attaché à ses clubs.
Cette réalité constitue l’une des principales forces du projet saoudien. La stratégie ne repose pas uniquement sur l’importation de stars internationales. Elle s’appuie sur une société où le football est déjà un élément central de la culture populaire.
La Saudi Pro League, puissance financière sans centralité médiatique
L’arrivée de Cristiano Ronaldo devait transformer la visibilité du championnat. Elle a effectivement produit une rupture majeure. Karim Benzema, Sadio Mané, Riyad Mahrez, Kalidou Koulibaly, Roberto Firmino, Sergej Milinković-Savić ou encore Aleksandar Mitrović ont rejoint les clubs saoudiens au cours des saisons suivantes.
La Saudi Pro League affirme désormais être diffusée dans plus de 160 pays et sur plusieurs dizaines de plateformes. Pour la saison 2025-2026, elle indique avoir étendu sa présence à environ 180 pays et revendique une audience cumulée pouvant atteindre 230 millions de téléspectateurs au cours de la saison précédente.
Ces chiffres doivent toutefois être interprétés avec prudence. Une présence dans 160 ou 180 territoires ne signifie pas que le championnat bénéficie dans chacun d’entre eux d’une audience régulière et significative. La couverture géographique mesure la disponibilité potentielle du produit, non son enracinement effectif dans les habitudes de consommation.
La distinction entre portée théorique et audience réelle est centrale. Une compétition peut être disponible sur une plateforme internationale sans être véritablement suivie. Elle peut également enregistrer une audience cumulée importante en additionnant des téléspectateurs occasionnels, des extraits numériques et des rencontres regardées principalement pour Cristiano Ronaldo, sans que cette consommation ne débouche sur une fidélité durable envers les clubs ou le championnat.
C’est ici que se situe le principal paradoxe de la Saudi Pro League. Elle a acquis une forte notoriété internationale, mais pas encore une véritable centralité médiatique. Ses joueurs sont connus, ses résultats circulent sur les réseaux sociaux, ses buts sont largement partagés, mais son feuilleton sportif reste marginal dans la plupart des grands marchés footballistiques.
En effet, les données d’audience disponibles illustrent avec une particulière netteté les difficultés rencontrées par la Saudi Pro League pour s’imposer dans le paysage audiovisuel français. Selon les informations rapportées par Sacha Nokovitch dans L’Équipe, les rencontres phares rassemblerait environ 15 000 téléspectateurs sur Canal+ Sport, lors de la saison 2024-2025. D’après les mesures de Médiamétrie, le match saoudien aurait ainsi représenté une part d’audience arrondie à 0 % sur l’ensemble du public.
Ces résultats témoignent d’un décalage persistant entre la notoriété internationale de certains joueurs recrutés par les clubs saoudiens et la capacité réelle de la compétition à susciter un intérêt régulier auprès des publics étrangers.
La Saudi Pro League affirme désormais être diffusée dans plus de 160 pays et sur plusieurs dizaines de plateformes. Pour la saison 2025-2026, elle indique avoir étendu sa présence à environ 180 pays et revendique une audience cumulée pouvant atteindre 230 millions de téléspectateurs au cours de la saison précédente.
Ces chiffres doivent toutefois être interprétés avec prudence. Une présence dans 160 ou 180 territoires ne signifie pas que le championnat bénéficie dans chacun d’entre eux d’une audience régulière et significative. La couverture géographique mesure la disponibilité potentielle du produit, non son enracinement effectif dans les habitudes de consommation.
La distinction entre portée théorique et audience réelle est centrale. Une compétition peut être disponible sur une plateforme internationale sans être véritablement suivie. Elle peut également enregistrer une audience cumulée importante en additionnant des téléspectateurs occasionnels, des extraits numériques et des rencontres regardées principalement pour Cristiano Ronaldo, sans que cette consommation ne débouche sur une fidélité durable envers les clubs ou le championnat.
C’est ici que se situe le principal paradoxe de la Saudi Pro League. Elle a acquis une forte notoriété internationale, mais pas encore une véritable centralité médiatique. Ses joueurs sont connus, ses résultats circulent sur les réseaux sociaux, ses buts sont largement partagés, mais son feuilleton sportif reste marginal dans la plupart des grands marchés footballistiques.
En effet, les données d’audience disponibles illustrent avec une particulière netteté les difficultés rencontrées par la Saudi Pro League pour s’imposer dans le paysage audiovisuel français. Selon les informations rapportées par Sacha Nokovitch dans L’Équipe, les rencontres phares rassemblerait environ 15 000 téléspectateurs sur Canal+ Sport, lors de la saison 2024-2025. D’après les mesures de Médiamétrie, le match saoudien aurait ainsi représenté une part d’audience arrondie à 0 % sur l’ensemble du public.
Ces résultats témoignent d’un décalage persistant entre la notoriété internationale de certains joueurs recrutés par les clubs saoudiens et la capacité réelle de la compétition à susciter un intérêt régulier auprès des publics étrangers.
Le projet Zack Nani, révélateur d’une fragilité médiatique
L’acquisition des droits français de la Saudi Pro League par le créateur de contenu Zack Nani constitue, à cet égard, un cas particulièrement révélateur.
En août 2025, le streamer français a obtenu les droits lui permettant de diffuser gratuitement sur YouTube et Twitch jusqu’à trois rencontres par semaine, avec l’obligation d’en proposer au moins une par journée de championnat. Le montant exact de l’accord n’a pas été officiellement communiqué, mais plusieurs médias spécialisés ont évoqué un investissement à six chiffres. Zack Nani disposait alors d’une communauté dépassant 900 000 abonnés sur YouTube et environ 650 000 abonnés sur Twitch.
Cette initiative peut être présentée comme une innovation. Elle permet de toucher un public jeune, habitué aux plateformes numériques et moins dépendant de la télévision traditionnelle. Elle correspond également aux transformations contemporaines de la consommation sportive, marquées par l’interaction, les commentaires communautaires et l’émergence de créateurs capables de fédérer des audiences spécifiques.
Mais le recours à un créateur de contenu pour diffuser gratuitement une compétition disposant de stars mondiales révèle aussi les limites de sa valorisation sur certains marchés. En France, malgré la présence de Karim Benzema, Yassine Bono, Moussa Diaby ou Riyad Mahrez, le championnat n’a pas encore suscité un niveau de demande permettant d’en faire un produit premium comparable aux grands championnats européens.
Le projet Zack Nani constitue ainsi à la fois une stratégie d’adaptation et un symptôme. Il montre que la ligue sait expérimenter de nouveaux modes de diffusion, mais également qu’elle peine à convaincre les diffuseurs traditionnels et les consommateurs de payer durablement pour son contenu.
La gratuité permet de créer de la visibilité. Elle ne garantit ni la rentabilité des droits ni l’attachement à long terme au produit.
En août 2025, le streamer français a obtenu les droits lui permettant de diffuser gratuitement sur YouTube et Twitch jusqu’à trois rencontres par semaine, avec l’obligation d’en proposer au moins une par journée de championnat. Le montant exact de l’accord n’a pas été officiellement communiqué, mais plusieurs médias spécialisés ont évoqué un investissement à six chiffres. Zack Nani disposait alors d’une communauté dépassant 900 000 abonnés sur YouTube et environ 650 000 abonnés sur Twitch.
Cette initiative peut être présentée comme une innovation. Elle permet de toucher un public jeune, habitué aux plateformes numériques et moins dépendant de la télévision traditionnelle. Elle correspond également aux transformations contemporaines de la consommation sportive, marquées par l’interaction, les commentaires communautaires et l’émergence de créateurs capables de fédérer des audiences spécifiques.
Mais le recours à un créateur de contenu pour diffuser gratuitement une compétition disposant de stars mondiales révèle aussi les limites de sa valorisation sur certains marchés. En France, malgré la présence de Karim Benzema, Yassine Bono, Moussa Diaby ou Riyad Mahrez, le championnat n’a pas encore suscité un niveau de demande permettant d’en faire un produit premium comparable aux grands championnats européens.
Le projet Zack Nani constitue ainsi à la fois une stratégie d’adaptation et un symptôme. Il montre que la ligue sait expérimenter de nouveaux modes de diffusion, mais également qu’elle peine à convaincre les diffuseurs traditionnels et les consommateurs de payer durablement pour son contenu.
La gratuité permet de créer de la visibilité. Elle ne garantit ni la rentabilité des droits ni l’attachement à long terme au produit.
Une économie de l’attention encore dépendante de Cristiano Ronaldo
Le cas de Cristiano Ronaldo résume cette contradiction. Son arrivée a donné au championnat une visibilité incomparable. Son influence sur les réseaux sociaux offre à Al-Nassr et à la ligue une exposition que presque aucun investissement publicitaire traditionnel n’aurait pu acheter.
Mais cette centralité individuelle constitue également une vulnérabilité. Une part importante de l’attention internationale demeure concentrée sur un seul joueur. Le championnat peut donc enregistrer une forte visibilité numérique sans parvenir à convertir cette exposition en intérêt structurel pour l’ensemble de la compétition.
La différence entre « celebrity branding » et « league branding » est ici fondamentale. Le premier repose sur la notoriété d’une personnalité ; le second exige que la compétition elle-même devienne une marque autonome.
Or l’influence d’une star est par définition temporaire. La Saudi Pro League doit préparer l’après-Ronaldo en développant ses propres récits, en améliorant son équilibre compétitif, en valorisant ses joueurs saoudiens et en construisant une identité éditoriale capable de survivre au départ de ses principales vedettes.
Mais cette centralité individuelle constitue également une vulnérabilité. Une part importante de l’attention internationale demeure concentrée sur un seul joueur. Le championnat peut donc enregistrer une forte visibilité numérique sans parvenir à convertir cette exposition en intérêt structurel pour l’ensemble de la compétition.
La différence entre « celebrity branding » et « league branding » est ici fondamentale. Le premier repose sur la notoriété d’une personnalité ; le second exige que la compétition elle-même devienne une marque autonome.
Or l’influence d’une star est par définition temporaire. La Saudi Pro League doit préparer l’après-Ronaldo en développant ses propres récits, en améliorant son équilibre compétitif, en valorisant ses joueurs saoudiens et en construisant une identité éditoriale capable de survivre au départ de ses principales vedettes.
NEOM, vitrine futuriste ou avertissement stratégique ?
L’association entre la Coupe du monde 2034 et NEOM illustre les risques d’une stratégie fondée sur les mégaprojets.
Annoncé comme l’un des principaux laboratoires urbains de Vision 2030, NEOM devait symboliser la rupture du royaume avec son modèle économique traditionnel. « The Line », ville linéaire initialement présentée sur une longueur de 170 kilomètres, devait devenir l’incarnation architecturale de cette ambition.
La communication officielle décrit désormais The Line comme un projet « multi-phases » développé selon une approche progressive et adaptée à la demande. Cette évolution sémantique traduit un éloignement par rapport à la représentation initiale d’une réalisation rapide et intégrale.
Certains segments de NEOM connaissent des avancées concrètes. Le projet d’hydrogène vert, développé notamment avec ACWA Power, avait atteint environ 80 % d’avancement au début de 2025, avec une mise en service progressive envisagée à partir de 2027.
Il serait donc excessif de présenter l’ensemble de NEOM comme un projet fictif ou abandonné. Mais les révisions de calendrier, la priorisation de certains modules et les interrogations sur les coûts révèlent une tension croissante entre ambition politique et rationalité économique.
Le danger pour le sport power saoudien réside dans la répétition de cette logique : annoncer des transformations spectaculaires, associer leur réalisation à un calendrier politique et médiatique, puis devoir réduire ou phaser les projets lorsque les contraintes financières, techniques ou opérationnelles apparaissent.
Une stratégie de puissance ne peut durablement reposer sur la seule capacité à produire des annonces. Elle doit être évaluée à partir des infrastructures effectivement livrées, de leur utilisation après les événements et de leur contribution réelle à l’économie nationale.
Annoncé comme l’un des principaux laboratoires urbains de Vision 2030, NEOM devait symboliser la rupture du royaume avec son modèle économique traditionnel. « The Line », ville linéaire initialement présentée sur une longueur de 170 kilomètres, devait devenir l’incarnation architecturale de cette ambition.
La communication officielle décrit désormais The Line comme un projet « multi-phases » développé selon une approche progressive et adaptée à la demande. Cette évolution sémantique traduit un éloignement par rapport à la représentation initiale d’une réalisation rapide et intégrale.
Certains segments de NEOM connaissent des avancées concrètes. Le projet d’hydrogène vert, développé notamment avec ACWA Power, avait atteint environ 80 % d’avancement au début de 2025, avec une mise en service progressive envisagée à partir de 2027.
Il serait donc excessif de présenter l’ensemble de NEOM comme un projet fictif ou abandonné. Mais les révisions de calendrier, la priorisation de certains modules et les interrogations sur les coûts révèlent une tension croissante entre ambition politique et rationalité économique.
Le danger pour le sport power saoudien réside dans la répétition de cette logique : annoncer des transformations spectaculaires, associer leur réalisation à un calendrier politique et médiatique, puis devoir réduire ou phaser les projets lorsque les contraintes financières, techniques ou opérationnelles apparaissent.
Une stratégie de puissance ne peut durablement reposer sur la seule capacité à produire des annonces. Elle doit être évaluée à partir des infrastructures effectivement livrées, de leur utilisation après les événements et de leur contribution réelle à l’économie nationale.
Le mégaprojet comme prolongement de l’autorité politique
Cette préférence pour les projets monumentaux n’est pas uniquement économique. Elle participe à la construction d’un nouveau récit politique saoudien.
La littérature récente consacrée à la politique sportive du royaume souligne que le football et Vision 2030 sont étroitement liés au processus de centralisation du pouvoir autour de Mohammed ben Salmane. Le sport sert simultanément à moderniser l’image du pays, à mobiliser le sentiment national et à légitimer un ordre politique restructuré.
Le risque est alors de voir la politique sportive se confondre progressivement avec la mise en scène personnelle du prince héritier. Les investissements, les compétitions et les projets urbains ne sont plus seulement présentés comme des politiques publiques ; ils deviennent les manifestations visibles de sa capacité à transformer le pays. Cette personnalisation peut accélérer la prise de décision. Elle permet de mobiliser rapidement les institutions, les financements publics et les entreprises contrôlées par l’État.
Mais elle fragilise également la continuité stratégique. Une politique durable nécessite des institutions capables de fonctionner au-delà d’un dirigeant, des mécanismes d’évaluation indépendants, des critères transparents d’allocation des ressources et une capacité à reconnaître les échecs.
Lorsque chaque projet est intégré à un récit de réussite nationale et personnelle, la possibilité de le réviser objectivement devient politiquement plus difficile.
La littérature récente consacrée à la politique sportive du royaume souligne que le football et Vision 2030 sont étroitement liés au processus de centralisation du pouvoir autour de Mohammed ben Salmane. Le sport sert simultanément à moderniser l’image du pays, à mobiliser le sentiment national et à légitimer un ordre politique restructuré.
Le risque est alors de voir la politique sportive se confondre progressivement avec la mise en scène personnelle du prince héritier. Les investissements, les compétitions et les projets urbains ne sont plus seulement présentés comme des politiques publiques ; ils deviennent les manifestations visibles de sa capacité à transformer le pays. Cette personnalisation peut accélérer la prise de décision. Elle permet de mobiliser rapidement les institutions, les financements publics et les entreprises contrôlées par l’État.
Mais elle fragilise également la continuité stratégique. Une politique durable nécessite des institutions capables de fonctionner au-delà d’un dirigeant, des mécanismes d’évaluation indépendants, des critères transparents d’allocation des ressources et une capacité à reconnaître les échecs.
Lorsque chaque projet est intégré à un récit de réussite nationale et personnelle, la possibilité de le réviser objectivement devient politiquement plus difficile.
Newcastle United, laboratoire européen du PIF
L’acquisition de Newcastle United en octobre 2021 devait fournir au Public Investment Fund un instrument de projection comparable à ceux construits par Abu Dhabi avec Manchester City ou par Qatar Sports Investments avec le Paris Saint-Germain.
Les premiers résultats ont été significatifs. Le club s’est qualifié pour la Ligue des champions, a retrouvé une compétitivité nationale et a renforcé considérablement ses revenus commerciaux. En 2025, Newcastle a annoncé un chiffre d’affaires record d’environ 335 millions de livres sterling. Le club a également remporté la Coupe de la Ligue anglaise, mettant fin à plusieurs décennies sans trophée national majeur.
Il serait donc incorrect de parler d’un échec absolu. Newcastle a progressé sportivement, commercialement et institutionnellement depuis sa reprise.
Cependant, le club n’a pas reproduit la trajectoire rapide de Manchester City ou du Paris Saint-Germain. Les règles de rentabilité et de soutenabilité financière de la Premier League, ainsi que les normes de l’UEFA, limitent la capacité du PIF à injecter directement des capitaux sans augmentation parallèle des revenus.
Newcastle doit ainsi vendre des joueurs, développer ses recettes commerciales et arbitrer entre ambitions sportives et contraintes comptables. Le modèle fondé sur une dépense presque illimitée, utilisé lors des premières années de transformation de Manchester City et du PSG, est devenu beaucoup plus difficile à reproduire.
Cette situation montre que la puissance financière souveraine ne se traduit pas automatiquement en domination sportive. Le football européen dispose désormais de mécanismes réglementaires, certes imparfaits et contestés, qui ralentissent la conversion directe du capital public en succès.
Newcastle constitue donc un actif d’influence important, mais son développement reste plus lent, plus incertain et plus contraint que ne le laissait imaginer la puissance financière du PIF.
Les premiers résultats ont été significatifs. Le club s’est qualifié pour la Ligue des champions, a retrouvé une compétitivité nationale et a renforcé considérablement ses revenus commerciaux. En 2025, Newcastle a annoncé un chiffre d’affaires record d’environ 335 millions de livres sterling. Le club a également remporté la Coupe de la Ligue anglaise, mettant fin à plusieurs décennies sans trophée national majeur.
Il serait donc incorrect de parler d’un échec absolu. Newcastle a progressé sportivement, commercialement et institutionnellement depuis sa reprise.
Cependant, le club n’a pas reproduit la trajectoire rapide de Manchester City ou du Paris Saint-Germain. Les règles de rentabilité et de soutenabilité financière de la Premier League, ainsi que les normes de l’UEFA, limitent la capacité du PIF à injecter directement des capitaux sans augmentation parallèle des revenus.
Newcastle doit ainsi vendre des joueurs, développer ses recettes commerciales et arbitrer entre ambitions sportives et contraintes comptables. Le modèle fondé sur une dépense presque illimitée, utilisé lors des premières années de transformation de Manchester City et du PSG, est devenu beaucoup plus difficile à reproduire.
Cette situation montre que la puissance financière souveraine ne se traduit pas automatiquement en domination sportive. Le football européen dispose désormais de mécanismes réglementaires, certes imparfaits et contestés, qui ralentissent la conversion directe du capital public en succès.
Newcastle constitue donc un actif d’influence important, mais son développement reste plus lent, plus incertain et plus contraint que ne le laissait imaginer la puissance financière du PIF.
La Coupe du monde 2034, test ultime du sport power saoudien
La réussite du projet dépendra de la capacité du royaume à passer d’une politique d’acquisition à une politique d’enracinement.
Il ne suffira pas d’organiser une Coupe du monde techniquement réussie. Il faudra démontrer que les stades disposent d’un avenir après le tournoi, que la Saudi Pro League peut conserver son public international après le départ de Cristiano Ronaldo, que les clubs deviennent économiquement plus autonomes et que les investissements sportifs produisent des bénéfices durables pour la population.
Il faudra également accepter que la modernisation ne puisse être réduite à une succession de symboles architecturaux et de compétitions mondiales. Une stratégie crédible exige une gouvernance transparente, une planification réaliste et une distinction plus claire entre politique publique, ambition nationale et mise en scène personnelle du pouvoir.
Pour l’Arabie saoudite, la route vers le statut de grande puissance sportive semble désormais passer par Riyad, Djeddah, Newcastle et les futurs stades du Mondial 2034.
Mais si cette ascension demeure fondée sur l’hyper-personnalisation du pouvoir, la dépendance aux dépenses souveraines et la multiplication de projets dont la portée symbolique dépasse parfois la rationalité économique, elle risque de produire une puissance spectaculaire mais fragile…
Il ne suffira pas d’organiser une Coupe du monde techniquement réussie. Il faudra démontrer que les stades disposent d’un avenir après le tournoi, que la Saudi Pro League peut conserver son public international après le départ de Cristiano Ronaldo, que les clubs deviennent économiquement plus autonomes et que les investissements sportifs produisent des bénéfices durables pour la population.
Il faudra également accepter que la modernisation ne puisse être réduite à une succession de symboles architecturaux et de compétitions mondiales. Une stratégie crédible exige une gouvernance transparente, une planification réaliste et une distinction plus claire entre politique publique, ambition nationale et mise en scène personnelle du pouvoir.
Pour l’Arabie saoudite, la route vers le statut de grande puissance sportive semble désormais passer par Riyad, Djeddah, Newcastle et les futurs stades du Mondial 2034.
Mais si cette ascension demeure fondée sur l’hyper-personnalisation du pouvoir, la dépendance aux dépenses souveraines et la multiplication de projets dont la portée symbolique dépasse parfois la rationalité économique, elle risque de produire une puissance spectaculaire mais fragile…
A propos de l'auteur

Dr. Yassine El Yattioui
Docteur en Science Politique et Relations Internationales à l'Université de Salamanque (Espagne)
Enseignant-chercheur à l'Université Lumière Lyon II (France)
Chercheur associé à la Benemérita Universidad Autónoma de Puebla - BUAP (Mexique)
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