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Les 20 ans de l’EEIE : une école, une communauté, une formation OSINT devenue référence


Jacqueline Sala
Mercredi 10 Juin 2026


Le 2 juin, à l’occasion des 20 ans de l’EEIE, l’association Skopein organisait la deuxième édition de son CTF OSINT. Derrière le format compétitif, l’enjeu dépassait largement le simple challenge : réunir une communauté, tester des méthodes, et montrer à quel point l’OSINT s’impose désormais comme une compétence structurante dans l’intelligence économique contemporaine.



Les 20 ans de l’EEIE : une école, une communauté, une formation OSINT devenue référence

Un anniversaire célébré par l’action

Dix heures précises. Dans la salle Pompadour de l’EEIE, quarante-cinq participants en présentiel prennent place, regroupés par équipes autour de grandes tables organisées en îlots. La scène dit déjà quelque chose du format : ici, on ne vient pas écouter passivement. On vient chercher, vérifier, recouper, attribuer, restituer. L’ambiance est clairement celle de la compétition. Les regards sont concentrés, les échanges brefs, les écrans déjà ouverts. Cette tension studieuse tranche avec le côté parfois cérémoniel des anniversaires institutionnels. Pour ses 20 ans, l’EEIE a choisi de célébrer son histoire non par la nostalgie, mais par un exercice.

Le choix n’a rien d’anodin. Un CTF, ou Capture The Flag, est un format venu du monde cyber, désormais de plus en plus présent dans l’OSINT. Il consiste à résoudre une série de défis à partir d’un scénario donné, dans un temps limité, en mobilisant méthode, rapidité, organisation et rigueur. Pour Benjamin, Sixtine et Tristan, fondateur de Skopein, l’idée est claire : concevoir des CTF OSINT immersifs et pédagogiques, capables de faire travailler les participants sur des cas crédibles, dans un environnement suffisamment structuré pour être formateur, et suffisamment réaliste pour être stimulant.


Une communauté qui a changé d’échelle

Les 20 ans de l’EEIE : une école, une communauté, une formation OSINT devenue référence
Pour Benjamin, l’objectif de cette journée était double : faire vivre la communauté des anciens de l’EEIE, mais aussi rassembler plus largement la communauté OSINT. De ce point de vue, l’événement marque une vraie montée en puissance. L’an dernier, la première édition avait réuni une cinquantaine de personnes. Cette année, 350 personnes se sont inscrites, réparties en 89 équipes, dont 45 participants présents physiquement.

Cette progression rapide dit quelque chose. Elle dit d’abord que l’OSINT attire. Elle dit aussi qu’un format exigeant, fondé sur la pratique et non sur le discours, rencontre un vrai besoin. La surprise de Benjamin vient aussi de la dimension internationale prise par l’événement. Deux équipes de trois personnes avaient fait le déplacement depuis Leiden University, aux Pays-Bas. D’autres participants, en ligne, venaient du Maroc, d’Algérie, Danemark, Suisse, Royaume-Uni ou encore d’Espagne. À cela s’ajoutaient des soutiens d’écoles et d’organismes extérieurs, comme l’INAS, qui avait engagé deux équipes dans le challenge. Philippe Chabrol, directeur de l’EEIE, s’en disait très fier : «

C’est un très bel événement, qui rassemble toute la communauté OSINT : professionnels, praticiens, anciens de l’école. J’en suis d’autant plus fier qu’il montre aussi ce qu’est devenue l’EEIE en vingt ans : une référence nationale, et de plus en plus européenne, dans la formation à l’OSINT. Aujourd’hui, c’est une école reconnue, à la fois pour s’y former sérieusement et pour y recruter des profils solides. »

Ce que cette journée dit, selon moi, de la maturité de l’OSINT en France, c’est d’abord que cette discipline compte de plus en plus. On le voit au nombre de formations qui existent ou se créent depuis quelques années, à l’augmentation du nombre d’étudiants qui s’y inscrivent, mais aussi au fait que des journalistes, des consultants et des praticiens viennent désormais s’y former. Autrement dit, l’OSINT n’est plus un domaine de niche : il s’impose progressivement comme une compétence reconnue, utile et de plus en plus structurante

“Le Caire nid d’espions” : un scénario crédible, donc utile

Le scénario retenu cette année s’intitulait ""Le Caire nid d’espions". Une entreprise française de sécurité publique cherche à remporter un appel d’offres en Égypte, mais une campagne de désinformation massive menace ses chances. Une société concurrente semble prête à tout pour obtenir le contrat, y compris à s’immiscer dans les affaires de l’entreprise française. Aux participants de faire toute la lumière sur l’affaire.

Si l’exercice prenait la forme d’un challenge, il ne relevait pas pour autant du simple jeu.
Le scénario reposait sur un cas d’usage crédible, potentiellement réel, qui permettait aux participants, quel que soit leur niveau, de saisir les enjeux, d’appliquer une méthode OSINT rigoureuse et de tester leur capacité à travailler sur une situation proche du terrain.

C’est d’ailleurs ce que souligne Sixtine : pour les 20 ans de l’EEIE, le CTF permettait aussi aux étudiants d’appliquer concrètement, sur une seule journée, ce qu’ils avaient appris tout au long de l’année. De son côté, Tristan rappelle l’ampleur du travail invisible que suppose un tel exercice. Plus de mille heures ont été nécessaires pour concevoir techniquement le challenge, ses cinq sites, sa cohérence d’ensemble, ses noms de domaine, ses pivots narratifs et sa robustesse opérationnelle. Là encore, le détail est important : un bon CTF OSINT ne repose pas seulement sur une bonne idée. Il exige une architecture crédible.

Ce que le challenge met réellement à l’épreuve

Sans dévoiler le contenu du CTF, les organisateurs le résument assez bien : il s’agissait de tester la capacité à appliquer une méthodologie OSINT, à bien s’organiser, et à référencer rigoureusement les informations trouvées. Autrement dit, on ne mesurait pas seulement une habileté à “chercher sur Internet”, mais une discipline de travail.

Parmi les compétences concrètement mobilisées figuraient notamment le SOCMINT, avec l’analyse et la vérification des réseaux sociaux, et le GEOINT, avec des vérifications portant par exemple sur des sources d’eau à proximité d’un village. À cela s’ajoutaient des dimensions plus classiques mais tout aussi décisives : travail collectif, hiérarchisation des pistes, gestion du temps, citation des sources, et qualité de restitution.

Les conditions de victoire allaient dans ce sens. La première équipe à compléter le CTF sans utiliser d’indice était récompensée, de même que le premier joueur solo. En ligne, la première équipe à terminer le challenge a été OSS117. En présentiel, la victoire est revenue aux Blaireaux des Légendes.

Une coupe était remise à la première équipe gagnante sur place. Mais un autre prix, tout aussi révélateur, était prévu : celui du meilleur rapport d’investigation, avec une échéance fixée au 9 juin. C’est un détail important. Il rappelle qu’en OSINT, trouver ne suffit pas. Il faut aussi savoir restituer proprement.

Une discipline qui se professionnalise en restant vivante

Les 20 ans de l’EEIE : une école, une communauté, une formation OSINT devenue référence
La présence de participants déjà reconnus dans l'écosystème allait dans le même sens.

Des membres de l'association Les Blaireaux des Légendes, à l'image de Pierre Bischetti et Steven DeTous, avaient fait le déplacement à la fois pour soutenir l'initiative de Skopein et pour se mesurer à eux-mêmes. Pour Steven, l'intérêt de ce type de format est clair : maintenir ses compétences à niveau à travers un exercice ancré dans une thématique réaliste, tout en se confrontant à d'autres experts. Une remarque qui vaut presque comme une définition contemporaine de l'OSINT. C’est une discipline qui se transmet, mais aussi une discipline qui évolue vite, oblige à se mettre à jour, et ne laisse pas longtemps vivre sur ses acquis.

Et si un anniversaire peut servir à mesurer la vitalité d’un écosystème, alors ce CTF aura surtout montré une chose : vingt ans après sa création, l’EEIE met en lumière une formation OSINT qui a trouvé sa place, sa reconnaissance et son utilité dans le monde professionnel.

A propos de ...

Alexandre Lambert est analyste en intelligence économique, spécialiste du renseignement terrain, de l’OSINT et de la veille stratégique. Ancien journaliste d’investigation de terrain, il travaille sur les liens entre collecte humaine, structuration de l’information et souveraineté. Il est le fondateur de Humint, une solution dédiée à la centralisation et à l’exploitation du renseignement terrain.

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