RSE et Economie collaborative

Les 6e Rencontres de la consommation responsable : un appel à transformer la conscience écologique en action


David Commarmond
Mercredi 4 Février 2026


Le 3 février 2026, la Maison de la Chimie a accueilli les 6e Rencontres de la consommation responsable dans un climat d'urgence paradoxale. Si l'enjeu climatique est désormais une donnée culturelle intégrée par 80 % des Français, l'élan vers l'action concrète s'essouffle. Le baromètre Greenflex-ADEME révèle une fracture préoccupante : la mobilisation active est retombée à 13 %, contre 18 % en 2024.Ce reflux n'est pas une simple lassitude, mais le produit d'une déculpabilisation collective face à des crises jugées plus immédiates — santé et sécurité — et d'un matraquage commercial permanent. Pour les décideurs, le défi de 2026 consiste à transformer une "conscience de crise" en une "structure de consommation durable". Ce passage de l'intention à l'acte nécessite d'abord de lever le voile sur les déséquilibres macroéconomiques qui figent les comportements.



Crédit Photo ©David Commarmond
Crédit Photo ©David Commarmond
À Paris, au cœur du 7ᵉ arrondissement, la Maison de la Chimie a accueilli les 6ᵉ Rencontres de la consommation responsable, révélant une dynamique préoccupante pour la transition écologique en France. Malgré une conscience climatique largement partagée, la mobilisation des Français recule, comme le montre le baromètre Greenflex–ADEME. Dans un contexte national marqué par les crises sanitaires et sécuritaires, les décideurs sont désormais confrontés à un défi majeur : transformer cette prise de conscience en pratiques durables sur l’ensemble du territoire.

Radiographie des tendances : une économie de l'épargne et des services

Cédric Audenis, de l’Insee, constate que la consommation de biens est entrée dans une forme de stagnation, alors même que le pouvoir d’achat a progressé de 11 % depuis 2018. Cette apparente contradiction s’explique par une transformation profonde de l’épargne et des revenus.

Le taux d’épargne atteint désormais 18 %, contre 14 % en 2018, générant près de 60 milliards d’euros supplémentaires qui restent immobilisés. Cette accumulation provient en grande partie d’une hausse plus rapide des revenus du patrimoine que des salaires, le capital étant mécaniquement davantage épargné que le travail.

Parallèlement, la consommation alimentaire a reculé de 7 % depuis 2018, un basculement historique au profit des services marchands, en hausse de 14 %. À cela s’ajoute un phénomène que l’Insee qualifie de « pessimisme spécifique » : de plus en plus de Français se disent confiants pour leur situation personnelle mais inquiets pour celle du pays, un décalage qui a doublé pour atteindre 43 % et qui nourrit une épargne de précaution.

Si 15 % des ménages affirment réduire leurs achats pour des raisons environnementales, c’est encore la recherche du moindre coût qui guide l’essentiel des arbitrages. Cette tension permanente entre contrainte budgétaire et aspiration à des choix plus vertueux renvoie à une question centrale : celle de la formation des prix et de la responsabilité des filières dans la transition vers une consommation plus durable.

Le prix de la vertu : débloquer l'impasse de l'accessibilité

Sous la présidence de Véronique Louwagie, les échanges ont marqué un tournant clair : la responsabilité ne peut plus reposer uniquement sur les épaules des consommateurs, tant elle se révèle limitée, et doit désormais être portée collectivement, au niveau politique comme économique.


Marie-Amandine Stévenin, de l’UFC-Que Choisir, a ouvert le débat en pointant l’opacité des marges, rappelant qu’une simple pomme bio vendue 4 euros le kilo peut générer jusqu’à 2 euros de marge, quand le conventionnel reste sous la barre d’un euro. Sans régulation de ces écarts, prévient-elle, les produits responsables continueront d’apparaître comme un luxe artificiel.


Dans un tout autre registre, Elise Beuriot, pour Amazon, a défendu l’idée d’un e-commerce devenu allié des PME françaises, notamment grâce à la “Vitrine française” qui met en avant 12 millions d’articles. Elle appelle toutefois à mettre de l’ordre dans la prolifération des labels — quarante-cinq aujourd’hui — qui brouillent la compréhension des consommateurs. Le futur Passeport Numérique, attendu en 2027, est présenté comme la réponse à cette saturation. En harmonisant les indices de réparabilité et de durabilité, il ambitionne de restaurer une confiance affaiblie par des messages contradictoires.


La question de l’ultra fast-fashion a ensuite cristallisé les inquiétudes. Le modèle Shein/Temu, qui représente désormais 22 % des colis traités par La Poste, incarne les dérives d’un système fondé sur le renouvellement permanent. La députée Anne-Cécile Violland a défendu une avancée fiscale majeure : une taxe de 2 euros par petit colis, adoptée via le 49.3, destinée à compenser l’impact social et environnemental de ces pratiques.

Cette vigilance, désormais assumée, devra aussi s’étendre aux risques numériques, qui ouvrent de nouvelles zones de vulnérabilité pour les consommateurs.

 

Sécurité et vigilance : l'ingénierie sociale de la fraude verte

Infographie réalisée ©NotebookLM
Infographie réalisée ©NotebookLM

La transition écologique est devenue le nouveau terrain de jeu d'une criminalité sophistiquée.

Michel Canévet (Sénateur) et l'ASF ont alerté sur une fraude aux aides publiques ayant atteint  20 milliards d'euros en 2024 . Le mécanisme de la "fraude au faux courtier" illustre une ingénierie sociale complexe : l'usurpation d'identité d'agents publics pour MaPrimeRénov' conduit à des doubles endettements à l'insu des clients.

La réponse s'organise autour d'outils de prévention (tutos INC) et surtout d'un recoupement en temps réel des données fiscales pour verrouiller les parcours de souscription. Si la technologie facilite la fraude, elle est aussi l'outil privilégié de l'optimisation environnementale via l'IA.


Intelligence Artificielle : de la manipulation à la loyauté algorithmique

L’intelligence artificielle redessine l’acte d’achat en instaurant une forme de « personnalisation inversée », où ce n’est plus le consommateur qui choisit, mais l’algorithme qui oriente. Une évolution prometteuse, mais qui s’accompagne d’un risque élevé de manipulation cognitive.

Alain Finkel, professeur à l’ENS, rappelle qu’un « cerveau ému réfléchit moins bien » et alerte sur l’usage de techniques psychologiques destinées à pousser à l’achat, comme les stocks artificiellement bas ou les comptes à rebours anxiogènes. Autant de pratiques qui justifient une vigilance renforcée.

Face à ces dérives, Sarah Lacoche, de la DGCCRF, souligne l’importance du futur AI Act européen, conçu pour bannir les dark patterns et imposer une transparence accrue sur les algorithmes de recommandation. L’objectif est clair : restaurer un cadre de confiance dans un environnement numérique où les asymétries d’information se creusent.

L’IA peut pourtant devenir un outil de sobriété, comme le montre l’exemple de Zalando. Laura Toledano explique que les recommandations de taille basées sur le machine learning ont déjà permis de réduire de 6 % les retours produits, diminuant d’autant l’empreinte carbone liée au transport. Mais cette efficacité technologique n’a de sens, rappelle-t-elle, que si elle s’inscrit dans un modèle industriel durable, fondé sur les principes de l’économie circulaire.

L'économie circulaire : une mutation de souveraineté industrielle

Présidée par Marta de Cidrac, cette session a marqué un basculement : la circularité ne doit plus être une gestion de déchets, mais une stratégie de réindustrialisation nationale.Vers un État stratège :  La Sénatrice de Cidrac plaide pour que cette stratégie soit placée sous l'égide de  Matignon . Cette transversalité est vitale pour arbitrer des enjeux de souveraineté, comme le recyclage de la ferraille et de l'aluminium, piliers de la décarbonation. 

Jean Hornain, directeur général de Citeo, a rappelé que l’entreprise devait dépasser la logique du « pollueur-payeur » pour devenir un acteur pleinement engagé dans la transformation écologique. Cette évolution s’accompagne de mesures destinées à accélérer le mouvement.

La TVA circulaire à 5,5 % doit soutenir les métiers de la réparation, tandis que Baptiste Perrissin-Fabert, de l’ADEME, appelle à un sursaut face au coût croissant de la taxe plastique versée à l’Union européenne. Stéphane Delautrette souligne enfin l’efficacité de la tarification incitative, capable de réduire drastiquement la production de déchets par habitant.


Commerce et territoires : restaurer le lien et la performance environnementale

La table ronde finale s’est penchée sur la manière de réancrer les territoires pour répondre à l’isolement croissant et à la déterritorialisation des flux. Fabrice Barusseau a présenté le modèle « Terre de Source » comme une véritable rupture en droit administratif, où la commande publique ne se limite plus à acheter des denrées mais rémunère une véritable performance environnementale, de la protection de l’eau à la santé des sols. Ce changement de logique garantit aux agriculteurs un revenu stable grâce à des marchés sécurisés.

Anne-Cécile Violland a ensuite défendu l’idée que les politiques publiques doivent désormais intégrer les sciences cognitives pour dépasser la simple incitation. "Comprendre les biais comportementaux devient essentiel pour redonner de la valeur à l’artisanat et à l’identité locale", ces biens profondément ancrés dans les territoires et impossibles à délocaliser.

Enfin, Éric Etienne, pour l’ANCT, a décrit la stratégie « Action Cœur de Ville », qui vise à transformer les commerces en lieux hybrides mêlant services, culture, artisanat ou convivialité. Une manière de recréer des espaces de sociabilité capables de répondre à la montée des peurs sociales et de redonner envie de vivre au cœur des villes.

Loi AGEC : le moment décisif pour une stratégie nationale du commerce durable. Enjeux 2026

La transformation du commerce de demain ne pourra aboutir qu’à condition de s’appuyer sur une volonté politique forte, capable de dépasser le simple cadre législatif pour devenir une véritable stratégie de souveraineté.

Cela implique une gouvernance interministérielle qui rompe avec le « prêt‑à‑porter » législatif et privilégie un pilotage depuis Matignon, adapté aux réalités des territoires. Cela suppose aussi une harmonisation fiscale permettant d’aligner le coût des pratiques vertueuses sur celui de la consommation de masse, qu’il s’agisse de TVA circulaire ou de malus appliqués à l’ultra fast fashion. Enfin, la loyauté numérique devient un pilier incontournable, avec la nécessité d’assurer la traçabilité via le passeport numérique et de garantir la neutralité des algorithmes.

Transformer l’essai de la loi AGEC exige désormais un engagement politique au plus haut niveau de l’État, seul capable de faire converger impératif écologique, justice sociale et réindustrialisation circulaire.

A vos yaourtieres !

Les 6e Rencontres de la consommation responsable : un appel à transformer la conscience écologique en action
Lors de la session prospective sur l'économie circulaire, Jean Hornain, le directeur général de Citeo, a été très clair : le pot de yaourt est devenu un « sujet stratégique » pour la filière. 
  • Le bac jaune pour tous : "Vous avez sans doute pris l'habitude de les jeter dans le bac jaune". Mais saviez-vous que jusqu'ici, leur destin était plutôt limité ? Ils finissaient souvent en Espagne pour être transformés en pots de fleurs.
  • Une filière à 100 millions d'euros : Pour changer la donne, un investissement massif de 100 millions d'euros a été consenti afin de créer une véritable filière pour les plastiques qui n'avaient pas de solution de recyclage pérenne.
  • Du pot au pot : L'objectif ultime est d'atteindre une circularité totale. Désormais, ces pots sont envoyés à Roeselare, en Belgique, pour être recyclés avec l'ambition technique de « refaire du pot de yaourt » à partir de la matière récupérée.
  • L'horizon 2030 : Cette accélération n'est pas un hasard. Elle répond aux futures obligations d'incorporation de matière recyclée fixées par le règlement européen PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation) à l'horizon 2030.
En résumé, si le pot de yaourt a longtemps été le parent pauvre du recyclage, il est aujourd'hui le symbole de cette volonté de passer de l'expérimentation à une massification industrielle réelle,.

Si on va plus loin, adopter les yaourts maison à grande échelle en France aurait des conséquences écologiques, économiques et sanitaires majeures : ✅ Moins de plastique : Jusqu’à 18 000 tonnes de déchets évitées par an (si 30 % des Français changent leur comportement). ✅ Économies financières : 1,2 à 1,5 milliard d’euros redistribués dans l’économie locale. ✅ Impact climatique : 2 millions de tonnes de CO₂ en moins par an.

Concrètement : si Lyon (500 000 habitants) consommait exclusivement des yaourts maison, nous aurions :

  •  150 millions de pots/an en moins (soit 750 tonnes de plastique).
  •  22,5 millions d’euros/an de pouvoir d'achat en plus (150 €/foyer).
  • Réduit de 7 500 tonnes/an dans l'atmosphère, (équivalent à 3 750 voitures en moins sur les routes).

Pour aller plus loin