Avec L’odyssée de la surpuissance, Gilles Lipovetsky propose une lecture d’un monde qui court à toute vitesse, sans toujours savoir vers quoi. Un essai qui invite à penser les limites au moment même où elles semblent s’effacer.
Télécharger son entretien à la fin de l'article "Grand entretien Gilles Lipovetsky : “À notre époque hypermoderne, il n’existe plus de limite infranchissable”
Gilles Lipovetsky, propos recueillis par Iris Ardeois publié le 15 janvier 2026. Philosophie magazine
Une civilisation qui ne connaît plus de bornes
Notre époque marque un basculement historique : l’entrée dans la « civilisation de surpuissance ». Les avancées fulgurantes de la technoscience bouleversent les frontières du vivant, de la matière, de l’intelligence et même de la condition humaine. Tout semble désormais possible, tout paraît franchissable. L’économie capitaliste globalisée, dopée par les Big Tech, impose un modèle où chaque désir devient marchandise et où les existences se reconfigurent au rythme du marché.
Cette dynamique n’est pas seulement économique ou technologique : elle touche aussi l’individu. L’auteur décrit un « individualisme de surpuissance » qui érige le droit de se choisir soi-même en principe absolu, quitte à défier les limites biologiques ou naturelles. Des revendications LGBTQIA+ à la PMA et la GPA, des sports extrêmes au body building, Gilles Lipovetsky voit se déployer une logique du « No Limits » qui imprègne toutes les sphères de la vie.
Le retour des ogres géopolitiques.
À cette surpuissance technologique et individuelle répond une surpuissance politique et géopolitique. On observe le retour assumé de la tentation impériale, la banalisation de la force brute, la violation du droit international. Les grandes puissances — États-Unis, Chine, Russie — se livrent à une course à la domination sans principe ni frein, incarnée par des figures qu’il décrit comme « carnivores ». L’ordre mondial vacille, l’Occident se fissure, la vérité elle-même devient objet de manipulation.
Ce n’est plus l’égalité, la sécularisation ou la critique du pouvoir qui structurent l’histoire, mais une spirale d’hyper-pouvoirs qui se nourrissent d’eux-mêmes. Une dynamique qui redéfinit les règles du jeu international et installe durablement l’instabilité.
Quand la puissance engendre la fragilité
Mais l’essai ne se contente pas de dresser le tableau d’une puissance sans limites. Il en montre aussi le revers : une vulnérabilité généralisée. Plus la civilisation se dépasse, plus elle se fragilise. Crise écologique, retour de la guerre, essoufflement démocratique, anxiété intime… La surpuissance engendre son propre contrepoison.
Gilles Lipovetsky décrit une société où l’insécurité s’étend à tous les domaines — climat, alimentation, santé, travail, relations humaines — et où l’individu, exalté dans sa toute-puissance, se découvre en réalité vulnérable, inquiet, exposé. L’hyper-modernité devient ainsi le théâtre d’un paradoxe : jamais nous n’avons été aussi puissants, jamais nous ne nous sommes sentis aussi fragiles.
A propos de ...
Gilles Lipovetsky est un philosophe et sociologue français, né en 1944, spécialiste reconnu de l’hypermodernité. Professeur émérite à l’Université de Grenoble, il explore depuis les années 1980 les mutations de la société contemporaine, de l’individualisme à la consommation. Auteur d’essais majeurs comme L’Ère du vide ou La Société de séduction, il poursuit son analyse du monde moderne avec L’odyssée de la surpuissance.
Télécharger l'article
"Grand entretien Gilles Lipovetsky : “À notre époque hypermoderne, il n’existe plus de limite infranchissable”
Gilles Lipovetsky, propos recueillis par Iris Ardeois publié le 15 janvier 2026. Philosophie magazine
Avec l'autorisation de l'auteur.

Accueil