La fin des métiers figés : place aux compétences évolutives
En quelques années, l’intelligence artificielle — et plus encore l’IA générative — est passée du statut d’outil technique à celui de partenaire stratégique. Dans la logistique, ces robots collaboratifs accélèrent la préparation de commandes. Dans la finance, les algorithmes détectent les fraudes en temps réel. Dans les ressources humaines, des plateformes comme Beamery ou Eightfold cartographient les compétences et anticipent les trajectoires professionnelles. Même les industries créatives s’en emparent, à l’image d’Ubisoft qui utilise l’IA pour générer des scénarios ou tester des concepts publicitaires.
Cette montée en puissance ne se limite plus à l’exécution. Les dirigeants eux-mêmes s’appuient sur l’IA pour analyser des risques, simuler des scénarios ou identifier les compétences dont ils auront besoin demain. Comme le souligne Cécile Dejoux dans ses travaux au sein de l’Observatoire des transformations managériales et RH, l’IA devient un levier d’innovation autant qu’un accélérateur de décision.
Cette mutation impose une rupture majeure : l’entreprise ne peut plus fonctionner sur des fiches de poste statiques. Elle doit évoluer vers une skilled based organization, où la valeur repose sur les capacités réelles et actualisées des collaborateurs. Et l’urgence est réelle : 65 % des compétences demandées en 2015 seront obsolètes d’ici 2030.
De nouveaux métiers émergent — data scientists, prompt engineers, spécialistes en cybersécurité, responsables de l’éthique de l’IA — tandis que les professions existantes se recomposent. Mais la véritable révolution est ailleurs : ce sont les soft skills qui deviennent la clé de voûte de la performance humaine.
Esprit critique, éthique, intelligence émotionnelle, capacité de négociation… autant de qualités impossibles à automatiser et essentielles pour superviser des systèmes de plus en plus puissants.
Souveraineté numérique : la bataille mondiale est lancée
Au fond, la question n’est plus de savoir si l’IA va transformer le travail, mais comment accompagner cette transition. Les organisations qui réussiront seront celles qui investiront massivement dans la formation et feront de leurs collaborateurs des acteurs pleinement « IA-compatibles ». Car l’avenir ne se jouera pas entre l’humain et la machine, mais dans leur capacité à collaborer intelligemment.
A propos de...
Cécile Dejoux est professeure des universités au CNAM, spécialiste des transformations managériales et de l’impact de l’IA sur le travail. Fondatrice et directrice du Learning Lab Human Change, elle dirige l’Observatoire des transformations managériales et RH. Conférencière reconnue, elle analyse l’évolution des compétences et accompagne les organisations dans la transition vers l’IA.

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