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Municipales 2026. « Le commerce de proximité doit redevenir un pilier des politiques locales ». Entretien avec Olivier Urrutia.

Délégué général de la Fédération du Commerce Coopératif et Associé


Jacqueline Sala
Lundi 9 Mars 2026


À l’approche des municipales, le rôle du commerce de proximité revient au centre du débat. Entre mutation des centralités, enjeux fonciers et complémentarité entre centre-ville et périphérie, les élus disposent de leviers décisifs pour façonner l’avenir commercial de leur territoire.



Municipales 2026. « Le commerce de proximité doit redevenir un pilier des politiques locales ». Entretien avec Olivier Urrutia.
Le commerce de proximité est devenu un marqueur décisif de la vitalité des territoires, et les municipalités jouent aujourd’hui un rôle central dans leur transformation.

Olivier Urrutia, vous êtes Délégué général de la Fédération du Commerce Coopératif et Associé et vous venez de déclarer que « Les élections municipales sont une véritable fenêtre d'opportunité pour parler de la place du commerce de proximité  ». 
Quelles sont vos analyses sur les dynamiques locales et les politiques publiques actuelles ? En quoi les élections municipales permettraient-elles d’éclairer un moment où élus, commerçants et citoyens cherchent des repères clairs pour agir.
 

En quoi les élections municipales constituent-elles un moment clé pour repenser la place du commerce de proximité ?

Les municipales sont un moment charnière où se redéfinissent les priorités territoriales. Elles permettent d’arbitrer entre aménagement urbain, développement économique et cohésion sociale.

Dans ce cadre, le commerce de proximité apparaît comme un levier stratégique, car il structure la vie quotidienne, anime les centralités et contribue à l’attractivité des villes et des bourgs. C’est à l’échelle municipale que se décident les politiques qui influencent directement la vitalité commerciale : urbanisme, gestion de l’espace public, mobilité, fiscalité locale, implantation des enseignes ou animation des quartiers. Le scrutin municipal devient ainsi un moment de reconfiguration des équilibres économiques et sociaux.

Pourquoi le commerce de proximité doit-il être considéré comme une véritable infrastructure sociale ?

Les collectivités font face à une transformation profonde des centralités : vacance commerciale croissante, évolution des modes de consommation, pression foncière, concurrence numérique, impératifs environnementaux.

Dans ce contexte, le commerce de proximité ne peut plus être vu comme une simple activité économique. Lorsqu’un commerce ferme, c’est un lieu de sociabilité qui disparaît, un lien de confiance qui se délite, une présence humaine qui s’efface dans l’espace public. Le commerce devient un élément structurant du vivre-ensemble, un repère urbain et un facteur de cohésion.

La période électorale permet de remettre en lumière des outils essentiels — stratégie foncière, maîtrise des rez-de-chaussée, soutien à la transmission, transition numérique — et d’inscrire ces actions dans un mandat suffisamment long pour transformer durablement les territoires.

Comment dépasser l’opposition entre centre-ville et périphérie pour construire une vision cohérente du commerce territorial ?

L’opposition entre centre-ville et périphérie repose souvent sur une vision simplifiée. En réalité, ces espaces forment un même écosystème structuré par les mobilités, les usages et les logiques foncières.

Les élus peuvent organiser leur complémentarité grâce à plusieurs leviers : planification stratégique de l’offre commerciale, clarification des fonctions de chaque polarité, maîtrise foncière pour éviter les déséquilibres, régulation des implantations, gestion active des rez-de-chaussée. La mobilité joue également un rôle déterminant : stationnement lisible, transports collectifs performants, cheminements piétons et cyclables, logistique urbaine. Ces actions permettent de redonner au centre-ville une attractivité fonctionnelle et non seulement symbolique.

Quels outils permettent de renforcer l’attractivité des centralités et de structurer un véritable système commercial territorial ?

L’animation urbaine est un levier essentiel. Le commerce de centre-ville tire sa valeur de l’expérience qu’il propose : patrimoine, convivialité, événements, marchés, restauration, vie nocturne.

Les élus peuvent soutenir cette dynamique en accompagnant les associations de commerçants, en développant des programmations régulières ou en construisant une stratégie de marketing territorial. La gouvernance partagée est tout aussi importante : indépendants, enseignes nationales et opérateurs de zones périphériques peuvent coopérer via des dispositifs de mutualisation logistique, des plateformes numériques locales ou des actions de promotion communes. La cohérence d’une politique commerciale repose moins sur la défense d’un modèle unique que sur la capacité à articuler des fonctions complémentaires au sein d’un même système urbain.

Merci Olivier. Retrouvons-nous dans quelques jours pour traiter de l’attractivité des centres-villes et des solutions pour enrayer leur dévitalisation ?


A propos de ...

Olivier Urrutia est délégué général de la Fédération du commerce coopératif et associé (FCA), au cœur des relations entre acteurs économiques et décideurs publics. Il exerce parallèlement plusieurs mandats au sein d’institutions publiques et privées, en France et au niveau européen, qui le placent au croisement des enjeux de gouvernance, de régulation et de stratégie des organisations.

Il a précédemment accompagné, comme directeur conseil et senior advisor, de nombreux dirigeants et institutions sur leurs problématiques d’influence stratégique et d’affaires publiques. Il a également fondé et dirigé un cabinet dédié à l’accompagnement des acteurs publics et privés dans leur management opérationnel et stratégique.

Ancien directeur général de l’Observatoire européen des think tanks, Olivier intervient régulièrement auprès de cadres dirigeants à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) pour les Services du Premier ministre.
Il enseigne également à Sciences Po et dans plusieurs grandes écoles et universités, et participe à la gouvernance de différents laboratoires d’idées. Docteur en Science politique, ancien chercheur associé à l’Université Paris-Saclay (LITEM), membre de l’Association Internationale de Management Stratégique, il a été distingué en 2019 par l’Institut Choiseul Espagne parmi les « Economic Leaders for Tomorrow ».