Une phrase qui reste en tête
Il y a des phrases qu’on oublie aussitôt entendues. Et puis il y a celles qui restent. Au détour d’une conférence, celle-ci s’est imposée, presque naturellement : “Aujourd’hui, on ne recrute plus des veilleurs, mais des analystes.” Sur le moment, elle passe. Elle fait écho à ce que tout le monde pressent déjà. Mais plus on y pense, plus elle dérange.
Parce qu’elle ne parle pas seulement d’évolution. Elle suggère un remplacement.
Et c’est peut-être ce qui m’a le plus marquée pendant ces deux jours à Documation. Au-delà des discours, il y a une forme de bascule qui se ressent dans les échanges, parfois même dans les hésitations. Certains professionnels semblent déjà avoir intégré cette évolution, comme une évidence. D’autres la questionnent encore, avec plus de prudence. Comme si le métier était en train de changer… sans que tout le monde soit encore d’accord sur ce qu’il devient.
Parce qu’elle ne parle pas seulement d’évolution. Elle suggère un remplacement.
Et c’est peut-être ce qui m’a le plus marquée pendant ces deux jours à Documation. Au-delà des discours, il y a une forme de bascule qui se ressent dans les échanges, parfois même dans les hésitations. Certains professionnels semblent déjà avoir intégré cette évolution, comme une évidence. D’autres la questionnent encore, avec plus de prudence. Comme si le métier était en train de changer… sans que tout le monde soit encore d’accord sur ce qu’il devient.
Un métier en train de se déplacer
Ce sentiment revient souvent, sans être frontalement assumé. La veille, telle qu’on l’a connue, structurée, méthodique, centrée sur la collecte, semble peu à peu s’effacer. Non pas disparaître, mais se transformer en quelque chose de moins visible.
Avec les nouveaux outils, une grande partie du travail est absorbée en amont. La recherche d’information, le tri, la déduplication… tout cela se fait désormais en arrière-plan. Le veilleur n’est plus au cœur du processus. Il arrive après.
Et ce “après” change tout.
Avec les nouveaux outils, une grande partie du travail est absorbée en amont. La recherche d’information, le tri, la déduplication… tout cela se fait désormais en arrière-plan. Le veilleur n’est plus au cœur du processus. Il arrive après.
Et ce “après” change tout.
Quand chercher n’est plus le cœur du métier
Pendant longtemps, savoir chercher était une compétence clé. Identifier les bonnes sources, poser les bonnes requêtes, capter les signaux faibles. Aujourd’hui, ces gestes existent encore. Mais ils sont de moins en moins visibles.
Les outils promettent aujourd’hui de simplifier l’accès à l’information, de la rendre plus rapide, plus directe, presque immédiate.
Résultat : le cœur du métier se déplace.
Ce n’est plus la recherche qui fait la différence. C’est la capacité à comprendre, à relier, à interpréter.
Les outils promettent aujourd’hui de simplifier l’accès à l’information, de la rendre plus rapide, plus directe, presque immédiate.
Résultat : le cœur du métier se déplace.
Ce n’est plus la recherche qui fait la différence. C’est la capacité à comprendre, à relier, à interpréter.
L’analyste, nouvelle figure centrale ?
Dans plusieurs interventions, cette idée s’impose : la valeur n’est plus dans l’accès à l’information, mais dans son exploitation.
Ce que les organisations attendent, ce n’est plus seulement quelqu’un qui alimente une veille. C’est quelqu’un qui éclaire une décision. Un profil capable de prendre du recul, de contextualiser, de produire du sens. Autrement dit : un analyste.
Sur le terrain, cette évolution se ressent aussi dans les échanges informels. Certains parlent déjà moins de “veille” et davantage d’“analyse”, de “lecture stratégique”, voire d’“aide à la décision”. Le mot change. Et avec lui, tout un imaginaire du métier.
Mais cette évolution pose une question simple, presque dérangeante : si tout le monde a accès à l’information… qui est encore légitime pour l’analyser ?
Ce que les organisations attendent, ce n’est plus seulement quelqu’un qui alimente une veille. C’est quelqu’un qui éclaire une décision. Un profil capable de prendre du recul, de contextualiser, de produire du sens. Autrement dit : un analyste.
Sur le terrain, cette évolution se ressent aussi dans les échanges informels. Certains parlent déjà moins de “veille” et davantage d’“analyse”, de “lecture stratégique”, voire d’“aide à la décision”. Le mot change. Et avec lui, tout un imaginaire du métier.
Mais cette évolution pose une question simple, presque dérangeante : si tout le monde a accès à l’information… qui est encore légitime pour l’analyser ?
Une illusion de simplicité
À première vue, tout semble plus simple. Les interfaces sont plus accessibles. Les outils, plus intuitifs. Les résultats, plus rapides.
Mais cette simplicité peut être trompeuse. Car derrière un résultat “propre”, il y a toujours une série de choix : quelles sources ? quels critères ? quelles priorités ? Et ces choix ne sont pas toujours visibles.
Lors d’un atelier, cette idée a été évoquée avec prudence : Un bon résultat ne garantit pas une bonne compréhension.
Autrement dit, ce n’est pas parce que l’information est bien présentée qu’elle est bien interprétée.
Mais cette simplicité peut être trompeuse. Car derrière un résultat “propre”, il y a toujours une série de choix : quelles sources ? quels critères ? quelles priorités ? Et ces choix ne sont pas toujours visibles.
Lors d’un atelier, cette idée a été évoquée avec prudence : Un bon résultat ne garantit pas une bonne compréhension.
Autrement dit, ce n’est pas parce que l’information est bien présentée qu’elle est bien interprétée.
Une distance nouvelle avec l’information
Ce qui change aussi, c’est le rapport direct à l’information.
Là où le veilleur manipulait lui-même la matière, explorait, testait, doutait parfois, il se retrouve aujourd’hui face à des résultats déjà construits. Une évolution qui fait gagner du temps, mais qui crée aussi une forme de distance. Et peut-être, au passage, une perte de certains réflexes.
Là où le veilleur manipulait lui-même la matière, explorait, testait, doutait parfois, il se retrouve aujourd’hui face à des résultats déjà construits. Une évolution qui fait gagner du temps, mais qui crée aussi une forme de distance. Et peut-être, au passage, une perte de certains réflexes.
Une transformation qui ne dépend pas que des outils
Ce qui ressort aussi de Documation, c’est que cette mutation ne repose pas uniquement sur la technologie. Elle dépend des organisations.
Certaines avancent vite, testent, expérimentent, intègrent. D’autres restent plus prudentes, parfois freinées par leurs propres processus. Le changement n’est pas linéaire. Il se fait par ajustements, par essais, parfois par résistances.
Et c’est là que se joue une partie essentielle de l’évolution du métier.
Certaines avancent vite, testent, expérimentent, intègrent. D’autres restent plus prudentes, parfois freinées par leurs propres processus. Le changement n’est pas linéaire. Il se fait par ajustements, par essais, parfois par résistances.
Et c’est là que se joue une partie essentielle de l’évolution du métier.
Entre disparition et redéfinition
Alors, faut-il vraiment parler de disparition du veilleur ? La réponse n’est jamais tranchée.
Ce qui disparaît, ce sont certaines tâches. Celles qui peuvent être automatisées, accélérées, industrialisées.
Mais ce qui reste, et qui devient même central, c’est la capacité à comprendre un environnement, à poser les bonnes questions, relier des informations entre elles. Le veilleur ne disparaît pas. Il devient autre chose. Moins visible. Plus stratégique.
Ce qui disparaît, ce sont certaines tâches. Celles qui peuvent être automatisées, accélérées, industrialisées.
Mais ce qui reste, et qui devient même central, c’est la capacité à comprendre un environnement, à poser les bonnes questions, relier des informations entre elles. Le veilleur ne disparaît pas. Il devient autre chose. Moins visible. Plus stratégique.
Une question qui dérange, et qui reste
En quittant le salon, la phrase revient. “On ne recrute plus de veilleurs.”
Peut-être est-elle exagérée. Peut-être est-elle simplement en avance sur son temps. Mais elle ouvre une vraie interrogation.
Dans un monde où la veille est partout, intégrée, automatisée, presque invisible…
La question n’est peut-être plus seulement de savoir si le métier existe encore.
Mais plutôt : qui fait réellement de la veille aujourd’hui, et sans toujours s’en rendre compte ?
Peut-être est-elle exagérée. Peut-être est-elle simplement en avance sur son temps. Mais elle ouvre une vraie interrogation.
Dans un monde où la veille est partout, intégrée, automatisée, presque invisible…
La question n’est peut-être plus seulement de savoir si le métier existe encore.
Mais plutôt : qui fait réellement de la veille aujourd’hui, et sans toujours s’en rendre compte ?
A propos de ...
Imane Tiboucha, étudiante en Master Vecis.
Diplômée en Intelligence Économique de l’université Mohammed 5 de Rabat et actuellement en master 2 Veille
Stratégique à l’Université de Lille, Imane Tiboucha ne se contente pas de surveiller les flux : elle les décrypte. Alliant la précision technique de la Data Analyse à une vision prospective, elle donne du sens au chaos pour transformer l'information en véritable pouvoir d'agir.
Son ambition ? Faire de l'information stratégique une arme de précision au service de la performance.

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