Intelligence Décisionnelle

Où positionner des compétences en intelligence économique ? Claudine Bras


Claudine Bras
Dimanche 10 Mai 2026


Innovation, marketing, stratégie, direction commerciale… Où positionner l’intelligence économique dans l’organisation ? La question revient souvent. Derrière ce débat de gouvernance se cache un enjeu bien plus structurant : celui de la capacité d’une entreprise à anticiper plutôt qu’à réagir.



Où positionner des compétences en intelligence économique ? Claudine Bras
Lors d’une expérience passée, au cours d’une phase de réorganisation interne du groupe, la RH en charge de l’audit organisationnel s’interroge sur la place de la veille, des études et de la prospective. Elle me questionne : pourquoi suis‑je rattachée au département innovation ?

« Vous ne devriez pas être au marketing ? »

Cette question, en apparence anodine, traduit pourtant un trouble plus profond : celui de ne pas entrer clairement dans une case. Car c’est bien de cela dont il est question. L’intelligence économique ne se laisse pas enfermer dans un périmètre unique. Elle peut être rattachée à l’innovation, au marketing, à une direction commerciale, à la stratégie…
Je finis par lui répondre : « Qu’importe le rattachement, l’essentiel est de pouvoir travailler en transverse et de s’appuyer sur les expertises métiers. Rattachez‑moi où vous le souhaitez, je continuerai d’être un électron libre interne (au sens d’un rôle connecté, capable de circuler entre les métiers). »

Stratégique par nature, opérationnelle par nécessité

Cette question n’est pas si anodine, car on connaît l’importance du positionnement en fonction de la finalité recherchée. Et c’est précisément là tout l’intérêt de cette fonction : ne pas entrer dans les cases, mais être capable de les réinventer. En pratique, cela plaide rarement pour un lieu unique, mais plutôt pour un double ancrage : un rattachement stratégique — auprès de la direction générale ou de la stratégie — combiné à une diffusion opérationnelle dans les métiers, qu’il s’agisse du marketing, du commerce, de la R&D ou des BU.

Selon une enquête de Valona Intelligence sur les fonctions de Competitive Intelligence, 56 % sont aujourd’hui rattachées à la stratégie. Les pratiques évoluent également à l’heure de l’IA : ce n’est plus la quantité des abonnements ni la multiplication des sources qui fait la valeur, mais la capacité à sélectionner des sources qualifiées. Réduire le temps de recherche plutôt que chercher sans fin.

Car plus on élargit le champ, plus le risque est grand de produire du bruit.
 

Moins de données, plus de sens

Créer du sens, formuler des recommandations actionnables suppose de faire le lien étroit avec les équipes opérationnelles et la direction. Cela implique aussi de couvrir un périmètre élargi. Un COMEX n’a pas besoin de visions en silos — tendances consommateurs d’un côté, tendances technologiques de l’autre — mais d’une lecture intégrée, orientée impacts à venir, opportunités et risques.
Il s’agit moins de multiplier les données que de les interpréter. Encore faut‑il que ces données soient capitalisées et accessibles. Plus les « Business Units » se multiplient, plus chacun s’alimente en achetant les mêmes études… Optimiser suppose donc aussi de partager, de mutualiser, de construire un socle commun.

Un rôle d’intégrateur pour éclairer les décisions

La fonction peut être intégrée à un département — au service du marketing, par exemple — pour répondre à des besoins tactiques. Mais il devient de plus en plus nécessaire de maintenir une gouvernance centrale, diffusée dans toute l’organisation : un point d’ancrage stratégique, capable de garantir cohérence, méthodes et priorités, tout en irrigant les métiers. Intervenir avant que la décision ne soit prise, plutôt que produire des justifications a posteriori.

Qui n’a jamais été confronté à cette situation.

La vraie question : où agir, quand intervenir

Finalement, la vraie question n’est peut‑être pas de savoir où positionner l’intelligence économique, mais quand et comment elle intervient. Trop loin des centres de décision, elle devient un exercice analytique sans impact. Trop enfermée dans une logique métier, elle perd sa capacité de projection et de mise en perspective.
Dans un environnement saturé d’informations, la valeur ne réside plus dans l’accumulation des données, mais dans leur interprétation et leur mise en mouvement.

À condition d’être transversale, accessible et connectée aux décisions stratégiques, l’intelligence économique conserve ce qui fait sa force : rendre la décision plus éclairée.

A propos de ...

Claudine Bras est consultante en intelligence stratégique, avec plus de quinze ans d’expérience en veille, prospective et analyse stratégique. Elle accompagne entreprises et territoires dans la compréhension des mutations économiques, technologiques et sociétales, et dans l’identification de leviers d’innovation.

Après avoir piloté des dispositifs de veille collaborative, des études stratégiques et des programmes prospectifs, elle met aujourd’hui son expertise au service des organisations pour transformer l’information en décisions éclairées et renforcer leur capacité d’anticipation. Etinova Insights.


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