Analyse du repositionnement stratégique de la France face à la Chine, entre diplomatie, influence mondiale et réalités du nouvel ordre multipolaire.
Raffarin, l'homme du canal ouvert
Jean-Pierre Raffarin n'est pas un émissaire improvisé. Ancien Premier ministre de Jacques Chirac (2002-2005), il appartient à cette tradition française qui, dans les moments décisifs, tente de préserver une ligne autonome. En 2003, avec Chirac, il s'opposa à l'invasion américaine de l'Irak : un « non » qui relève presque aujourd'hui de l'archéologie politique, tant la discipline atlantique s'est resserrée chez nombre de gouvernements européens.
Sur la Chine, Raffarin dispose d'un parcours précis. En 2005, il soutint la politique d'« une seule Chine » sur Taïwan et plaida pour la levée de l'embargo européen sur les armes à destination de Pékin. En 2019, il reçut l'Ordre de l'Amitié, une distinction que les Chinois ne distribuent pas par simple politesse. Traduction : interlocuteur crédible pour Pékin, et utile pour Paris.
Sur la Chine, Raffarin dispose d'un parcours précis. En 2005, il soutint la politique d'« une seule Chine » sur Taïwan et plaida pour la levée de l'embargo européen sur les armes à destination de Pékin. En 2019, il reçut l'Ordre de l'Amitié, une distinction que les Chinois ne distribuent pas par simple politesse. Traduction : interlocuteur crédible pour Pékin, et utile pour Paris.
La Chine comble les vides, l'Europe tergiverse
Le contexte dépasse largement un mandat ou un homme.
La Chine de Xi Jinping a consolidé sa puissance industrielle et ses capacités technologiques, et, avec les Nouvelles Routes de la Soie, elle a transformé infrastructures et crédit en géopolitique de tous les jours.
L'Europe, à l'inverse, oscille entre crise énergétique, inflation et une politique étrangère souvent construite par réaction.
Pendant ce temps, Pékin investit en Afrique et en Amérique latine, et s'insère aussi dans les nœuds logistiques européens. L'enjeu n'est pas seulement économique : contrôler des flux et des points de passage, c'est aussi réduire la marge de décision des autres.
Et quand l'Europe apparaît divisée, chacun achète une part de ce vide.
La France y ressent un goût particulier : l'Afrique fut longtemps son espace d'influence naturel, et elle voit aujourd'hui grandir la concurrence chinoise précisément là où Paris perd de l'emprise. Ce n'est pas qu'une bataille d'investissements, c'est aussi une bataille de légitimité. Celui qui arrive avec des chantiers et des financements parle un langage qui, pour beaucoup de gouvernements africains, pèse davantage que les leçons européennes sur les valeurs, souvent perçues comme sélectives et intéressées.
La Chine de Xi Jinping a consolidé sa puissance industrielle et ses capacités technologiques, et, avec les Nouvelles Routes de la Soie, elle a transformé infrastructures et crédit en géopolitique de tous les jours.
L'Europe, à l'inverse, oscille entre crise énergétique, inflation et une politique étrangère souvent construite par réaction.
Pendant ce temps, Pékin investit en Afrique et en Amérique latine, et s'insère aussi dans les nœuds logistiques européens. L'enjeu n'est pas seulement économique : contrôler des flux et des points de passage, c'est aussi réduire la marge de décision des autres.
Et quand l'Europe apparaît divisée, chacun achète une part de ce vide.
La France y ressent un goût particulier : l'Afrique fut longtemps son espace d'influence naturel, et elle voit aujourd'hui grandir la concurrence chinoise précisément là où Paris perd de l'emprise. Ce n'est pas qu'une bataille d'investissements, c'est aussi une bataille de légitimité. Celui qui arrive avec des chantiers et des financements parle un langage qui, pour beaucoup de gouvernements africains, pèse davantage que les leçons européennes sur les valeurs, souvent perçues comme sélectives et intéressées.
Pourquoi Emmanuel Macron est revenu presque les mains vides
Le voyage de Macron fut décevant parce qu'il s'est heurté à un fait désormais structurel : Pékin ne négocie plus comme une puissance « en apprentissage », mais comme une puissance qui impose ses rythmes et ses conditions.
Si Paris insiste pour apporter à Pékin l'agenda typique de l'Occident d'aujourd'hui — sanctions, pression sur Moscou, dossier taïwanais, accusations de concurrence déloyale et « écologique » — il obtient écoute et courtoisie, mais peu de résultats.
La Chine, forte de sa relation avec la Russie, refuse l'encerclement : ce n'est pas une soumission, c'est une entente pragmatique contre l'ordre unipolaire conduit par les États-Unis. Moscou joue sa survie historique, Pékin son expansion économique. Mais l'addition des deux produit un effet : elle réduit l'espace de manœuvre européen, et oblige Paris à choisir entre subir ou négocier.
Si Paris insiste pour apporter à Pékin l'agenda typique de l'Occident d'aujourd'hui — sanctions, pression sur Moscou, dossier taïwanais, accusations de concurrence déloyale et « écologique » — il obtient écoute et courtoisie, mais peu de résultats.
La Chine, forte de sa relation avec la Russie, refuse l'encerclement : ce n'est pas une soumission, c'est une entente pragmatique contre l'ordre unipolaire conduit par les États-Unis. Moscou joue sa survie historique, Pékin son expansion économique. Mais l'addition des deux produit un effet : elle réduit l'espace de manœuvre européen, et oblige Paris à choisir entre subir ou négocier.
Renouveau ou repositionnement tardif
Confier le dossier à Jean-Pierre Raffarin est un signal : la France cherche à reconstruire un canal moins idéologique et plus utile.
Mais cela arrive après des années où l'Europe a souvent confondu politique étrangère et morale à géométrie variable, et où la prudence stratégique s'est muée en alignement automatique. Si Paris veut réellement servir de pont, il doit accepter que le monde multipolaire n'est pas un colloque : c'est une réalité compétitive où comptent puissance, industrie, technologie et autonomie de décision.
Mais cela arrive après des années où l'Europe a souvent confondu politique étrangère et morale à géométrie variable, et où la prudence stratégique s'est muée en alignement automatique. Si Paris veut réellement servir de pont, il doit accepter que le monde multipolaire n'est pas un colloque : c'est une réalité compétitive où comptent puissance, industrie, technologie et autonomie de décision.
Le « renouveau » ne sera crédible que si la France se présente à Pékin non comme la porte-voix d'un catéchisme occidental, mais comme un acteur doté d'intérêts propres et d'une diplomatie capable d'encaisser les chocs. Sinon, ce sera une opération cosmétique : bonne pour les communiqués, inutile pour l'histoire.
Sources
A propos de
Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE).
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/ et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.

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