Géopolitique

Pentagone 2026 : une stratégie de défense recentrée qui rebat les cartes géopolitiques


Jacqueline Sala
Samedi 24 Janvier 2026


La publication de la National Defense Strategy (NDS) 2026 marque un tournant majeur dans la posture sécuritaire américaine. En réorientant ses priorités vers la défense du territoire et en redéfinissant la hiérarchie des menaces, Washington envoie un signal fort à ses alliés comme à ses compétiteurs.




Un recentrage assumé sur la sécurité intérieure

La NDS 2026 rompt avec la logique des précédentes stratégies. Le Pentagone y affirme que la priorité absolue n’est plus la compétition stratégique avec la Chine, mais la protection du territoire américain et du continent américain. Cette inflexion est confirmée par plusieurs analyses de presse, qui soulignent que la Chine n’est plus présentée comme la menace centrale, contrairement aux versions antérieures .

Ce repositionnement traduit une volonté de réduire la dispersion des moyens militaires et de concentrer les ressources sur les vulnérabilités internes : cyberattaques, ingérences, infrastructures critiques, criminalité transnationale. Il s’inscrit également dans une logique politique plus large, cohérente avec l’approche « America First » mise en avant par l’administration actuelle.

 

Une hiérarchie des menaces profondément remaniée

La stratégie 2026 recompose en profondeur l’ordre des priorités géopolitiques. Elle présente toujours la Chine comme un compétiteur systémique, tout en cessant de la qualifier de menace principale. La Russie, affaiblie mais toujours capable d’initiatives déstabilisatrices, y apparaît comme un facteur persistant de perturbation stratégique. L’Iran, enfin, ainsi que divers acteurs non étatiques, sont décrits comme des sources continues d’instabilité dans un environnement déjà fragmenté.

Cette hiérarchisation renouvelée transparaît clairement dans la structure du document, qui consacre des analyses distinctes à chaque acteur et à l’évolution générale du contexte sécuritaire. Pour les analystes, cette reconfiguration signale non seulement une redistribution des ressources, mais aussi une inflexion doctrinale : la rivalité entre grandes puissances ne constitue plus l’unique grille de lecture. Les menaces hybrides, plus diffuses et transfrontalières, s’imposent désormais comme un élément central de la réflexion stratégique.


Des attentes renforcées envers les alliés

La NDS 2026 insiste sur un point : les alliés doivent assumer davantage de responsabilités régionales. Les États-Unis entendent maintenir leur rôle de garant de la stabilité internationale, mais avec un engagement plus sélectif. Les partenaires européens, en particulier, sont invités à renforcer leurs capacités militaires et à accroître leur autonomie stratégique.

Cette évolution s’inscrit dans une tendance déjà perceptible depuis plusieurs années, mais elle est désormais explicitement formulée. Pour les décideurs européens, cela signifie une nécessité d’adaptation rapide : montée en puissance capacitaire, consolidation industrielle, renforcement de la résilience informationnelle.


Un document pivot pour comprendre les rapports de force de 2026

La National Defense Strategy 2026 n’est pas un simple exercice bureaucratique : c’est un révélateur des transformations profondes de la puissance américaine. En recentrant sa posture sur la sécurité intérieure, en redéfinissant ses priorités géopolitiques et en exigeant davantage de ses alliés, Washington redessine les contours de l’ordre stratégique mondial.

Pour les décideurs et les spécialistes de l’intelligence économique, ce rapport constitue un outil indispensable pour anticiper les recompositions à venir, ajuster les stratégies de résilience et identifier les zones de vulnérabilité comme les nouvelles opportunités.


Sources