Santé

Quand la première cause de maladie professionnelle en France peut devenir un levier de performance.


Jacqueline Sala
Mardi 3 Mars 2026


Première cause de maladie professionnelle en France, les troubles musculosquelettiques (TMS) entraînent des millions de journées de travail perdues pour un coût direct estimé à plus de 2,4 milliards d’euros par an pour les seules lombalgies et des coûts indirects estimés à cinq fois plus.
Mais les chefs d’entreprise conscients de cette réalité savent prendre les mesures préservant la santé de leur personnel et améliorant leur efficacité économique.



Quand la première cause de maladie professionnelle en France peut devenir un levier de performance.
Absentéisme répété, désorganisation, perte de productivité, turnover touchent particulièrement le transport et logistique, le commerce, l’agroalimentaire, le bâtiment et travaux publics, le secteur de la propreté, l’industrie métallurgique, l’aide et soins à la personne, notamment en EHPAD.
Depuis 2024, l’assurance maladie a développé le programme TMS Pros pour accompagner les entreprises dans la réduction des risques liés aux TMS d’accroître leur performance.

Première étape : auditer la réalité

Les contraintes psychosociales reposant sur la façon dont le travail est perçu par les salariés comme l’insatisfaction d’un travail monotone, le manque d'autonomie, la tension engendrée par les délais à respecter (pression temporelle), le manque de reconnaissance professionnelle et des relations sociales dégradées, l'absence de soutien du supérieur hiérarchique et des collègues, l’insécurité de l’emploi pèsent sur le quotidien des salariés (Ameli.fr).

Aussi, tout commence par un état des lieux réalisé à partir d’un quiz destiné à collecter des indicateurs portant sur les atteintes à la santé des personnels ayant un impact sur la performance de l’entreprise.
 

Deuxième étape : rechercher les améliorations

Comment améliorer l’efficacité de mon entreprise ? Quel projet mettre en place ?
Il s’agit de formaliser un projet de prévention des TMS, de dépister et hiérarchiser les situations de travail qui présentent le plus grand risque de TMS.

La participation des salariés est essentielle pour faciliter le changement de procédures, de gestuelles, de postes de travail, etc.

Troisième étape : Mettre en place des actions concrètes

Par quelles actions accompagner et prévenir les TMS constatées dans entreprise ?
Quel plan d’actions mettre en place ? Pour quelles priorités ? Dans quel calendrier ? Avec quels critères d’évaluation mesurés à quelle fréquence ?

Pour rencontrer le succès, ce plan sera élaboré avec les salariés et clairement affiché pour être accessible à tous pour renforcer la cohésion interne et valoriser l’image d’une entreprise attentive au bien-être de son personnel.  
 

Quatrième étape : mesurer, évaluer et communiquer

Les actions proposées ont-elles été efficaces ? L’ensemble des critères retenus seront évalués ainsi que leur progression au fil du temps.

Faut-il les ajuster ? Pourquoi et pour quel objectif ?

Faut-il allouer des moyens supplémentaires ?

Faut-il aller au-delà de l’objectif initial ?

Une étape supplémentaire essentielle : accompagner le changement

Mais comment accompagner le changement de gestuelle dans ce contexte de prévention, quand le salarié travaille de cette façon depuis plusieurs années ?

Comment aider la personne à utiliser un nouveau matériel de levage préconisé pour faciliter la manutention ?

Comment ainsi être plus vertueux en matière de prévention, améliorer la productivité, baisser l’absentéisme, etc. ?

Des outils pour amener la personne à changer son comportement en faveur de sa santé au travail existent comme le modèle HBM, Health Belief Model, ou modèle des croyances en santé, un outil développé dans les années 1950 !
 

Le modèle HBM, Health Belief Model

Cette théorie précise que pour qu’une personne adopte un comportement de prévention, qu’elle modifie sa façon de faire de façon durable, elle doit percevoir ces 5 postulats :

- La gravité du problème : une personne n'agit pour améliorer sa santé que si elle considère que le problème est suffisamment grave (risque d’aggravation des signes déjà ressentis, perception de premiers signes physiques et de leurs conséquences) ;

- La perception subjective du risque : Elle n'agira que si elle pense être dans cette situation de risque professionnel de TMS, donc que si elle est concernée ;

- La perception des bénéfices de l'action à entreprendre : Ce changement de gestuelle professionnelle, cette façon d’exécuter les tâches avec un nouveau matériel, etc. ne seront acceptés que si le salarié peut en tirer certains avantages ;

- La perception des obstacles : La transparence est de mise. La personne doit pouvoir être informée des aspects négatifs potentiels de ce changement, de cette nouvelle activité. Elle doit en percevoir les coûts (physiques, mentaux, etc.). Attention s'ils sont supérieurs aux bénéfices escomptés, le salarié peut les appréhender comme des obstacles et « rechigner» à adopter ce nouveau comportement ;

- La croyance en sa propre efficacité : Une personne a davantage de probabilité d'adopter une nouvelle gestuelle professionnelle, un nouveau matériel, que si elle s’en croit capable.

L’accompagnement dans ces changements est primordial.

Adapter le travail à l'homme, dans la conception des postes de travail, le choix des équipements de travail et des méthodes de production. Accompagner le salarié dans les changements par le plan d’actions établi nécessite d’intégrer deux autres éléments à cette théorie HBM : l’indice d’action (signal qui incite le salarié à vouloir changer : un collègue qui adopte le matériel et s’en trouve amélioré, une formation qui lui confère les moyens d’agir en toute connaissance, etc.) et l’indice d’auto-efficacité (croyance en sa capacité à effectuer ce changement).

Réduire prioritairement les situations de travail qui présentent le plus grand risque pour la santé, améliorer le vécu quotidien des salariés, les compétences et par conséquent la productivité, requièrent la participation de tous les salariés car chacun doit se questionner sur sa pratique, pour apporter des modifications dans les tâches, améliorer l’organisation du service, éradiquer l’insécurité et favoriser la satisfaction et l’autonomie au travail.

Pour y parvenir avec succès, il est indispensable d’utiliser les compétences de professionnels de la prévention comme les ergothérapeutes et les ergonomes qui apporteront une plus-value dans l’accompagnement à la prévention des troubles musculosquelettiques en entreprise.

Ces professionnels ont une double vision : l’analyse de l’activité, de ses contraintes et la connaissance du fonctionnement de l’homme.
 

Vers une culture de prévention proactive, source d’avantage concurrentiel

S’occuper de la santé de son personnel n’est pas une nouveauté et Henri Ford fut, dès les années 30, un pionner sur cette approche.

En adoptant le parcours TMS Pros enrichi du modèle HBM et en mesurant rigoureusement les résultats grâce à la grille proposée, les chefs d’entreprise ne se contentent plus de respecter la réglementation : ils investissent dans leur capital humain le plus précieux.

Ainsi, la réduction des TMS n’est pas une dépense mais un levier de performance durable se traduisant par un moindre absentéisme, une productivité accrue, une attractivité renforcée dans un marché du travail tendu.

Les entreprises qui intègrent les préoccupations et contraintes des dirigeants et des salariés et intègrent dans leur réflexion et action des experts de la prévention, bâtissent une résilience compétitive face aux défis démographiques et organisationnels de demain.

Il est temps d’agir d’autant que le quiz TMS Pros est accessible gratuitement sur ameli.fr.
 

A propos de

Stéphanie HEDDEBAUT, Ergothérapeute, Master 2 Ingénierie Pédagogique des formations de santé,
Cadre de Direction Pédagogique,
Responsable pédagogique
Institut de formation en Ergothérapie de Berck – sur – mer, site de Loos-Eurasanté

En collaboration avec

Carole Serra, ergothérapeute, Master 2 de Cadre de santé en management des services sanitaires et médico-sociaux, responsable pédagogique à IFE de Berck site de Loos.
Instituts de Formation en
Masso-Kinésithérapie (www.ifmkberck.com)
et Ergothérapie (www.ifergo-berck.com)

et

Jean-Marie Carrara. Docteur en Pharmacie et diplômé de Biologie Humaine.
Professeur des Universités Associé
ll est auditeur en Intelligence Economique et Stratégique à l'Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN)
Pour aller plus loin : www.sicafi.eu