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Enjeux majeurs

Rapport d'alerte. La France peut-elle vaincre Daech sur le terrain de la guerre de l’information ?


Sous la direction de Christian Harbulot





 
Le piratage de TV5 (8 Avril 2015), attribué pour l’instant à Daech, est-il devenu le symbole de la montée en puissance de la guerre de l’information que livrent aujourd’hui des groupes terroristes , des mouvements armés à des États ? Sommes-nous préparés à faire face à ce nouveau type de menaces ? C’est la question que soulève ce rapport d’alerte réalisé par l’Ecole de Guerre Economique.
En 2005, Alain Juillet, alors Haut responsable à l’Intelligence Economique avait
réuni un groupe interministériel pour aborder ce type de question. Son rapport avait été
classifié. Mais il est intéressant de rappeler le message principal induit dans ses conclusions : l’avantage est à l’attaquant. Ce rapport, comme beaucoup d’autres, n’a pas été suivi d’effets. Il mettait pourtant l’accent sur l’émergence d’une nouvelle forme de conflit, la guerre de l’information4 qui touche aussi bien les terrains géopolitiques, économiques et sociétaux.
La guerre de l’information bouleverse les lois de la guerre traditionnelle :
- Pas de déclaration de guerre.
- Avantage décisif pour l’attaquant.
- Pas de traité de paix.
- Pas de fin temporelle.
- Pas d’agresseur identifiable avec certitude.
Ce rapport d’alerte met l’accent sur deux points précis :
1) Des États (Royaume-Uni, Etats-Unis, Russie, Israël, Chine) ont intégré depuis plusieurs décennies la notion de guerre de l’information à leurs stratégies d’influence et à leurs prolongements politico-militaires.
2) La culture terroriste est née et se nourrit de cette forme d’action qui prend une
résonance particulière avec le développement d’Internet et des technologies de
l‘information.
Précisons que la nouvelle loi sur le renseignement, présentée en avril 2015 par le
gouvernement français, ne répond pas à cet aspect du problème.

Préface Alain Juillet

Confrontés à l’efficacité de l’utilisation du cyberespace par les salafistes de Daech notre pays
semble tétanisé dans une sorte de fascination similaire à celle du lapin face au boa qui veut
l’avaler.
Loin de faire une analyse froide des méthodes et des moyens utilisés par l’attaquant,
on refuse de reconnaître qu’il s’agit d’une nouvelle forme de menace s’exprimant dans
l’immatériel : la guerre de l’information.

Certes elle a toujours existé comme le rappelait récemment mon ami Bob Maloubier dans son
Livre sur Fortitude, à savoir les manipulations faites par Churchill pendant la Seconde Guerre
mondiale, mais internet et les réseaux sociaux l’ont fait changer de dimension. Aujourd’hui
tout belligérant doit convaincre l’univers entier qu’il livre une guerre juste. Toute prise de
contrôle économique doit se justifier par l’incompétence et les turpitudes de celui qui va être
absorbé sans jamais faire apparaître les véritables motivations. On fait la guerre pour la liberté
des peuples, pas pour le contrôle d’un pipe-line ou de puits de pétrole. On assassine en direct
pour montrer jusqu’où on est prêt à aller pour reconstituer la pureté d’un califat originel dont
la réalité n’existe que dans les rêves de ses zélateurs. On démantèle une entreprise au nom
de la morale anticorruption pour en récupérer les éléments stratégiques.

En 2005, partant d’actions déstabilisatrices menées sur le terrain économique, nous avions eu
l’occasion pour le compte de l’Etat français de mener une réflexion sur ce sujet puis un rapport
attirant l’attention des pouvoirs publics sur la réalité de cette nouvelle approche, ses
conséquences et la nécessité de se donner les moyens d’y faire face. Contrairement à d’autres
formes conflictuelles, la guerre de l’information qui se conduit dans le cyberespace n’a ni
début ni fin. Elle peut être menée de tous les coins du monde avec la même efficacité. Elle
donne un avantage d’autant plus fort à l’attaquant que la cible n’a pas prévu ou ne sait pas
répondre. De surcroit le fort comme le faible peut l’utiliser utilement sous réserve d’en
maitriser les techniques.

Il est étonnant de constater que contrairement aux Américains, aux Chinois, aux Russes ou
aux Israéliens, nous n’avons toujours pas réagi, en dehors du Ministère de la Défense, et
commencé à nous doter d‘éléments de réponse.
Peut-être est-ce le résultat de la pression des
lobbies anglo-saxons ou altermondialistes, des ONG inféodées à des intérêts spécifiques
d’Etats ou d’entreprises, et des journalistes d’investigations. Pour des raisons opposées, ils ne
voulaient pas que la France puisse intégrer le club des nations capables de t uer dans l’oeuf ou
de réduire l’impact des agressions géopolitiques, économiques ou sociales visant à la faire
douter d’elle-même.
 

​Face aux actions d’influence, il faut savoir le plus rapidement possible démonter les arguments de l’adversaire et lui répondre.

Il faut savoir identifier les désinformations qui retournent une opinion publique en lui donnant la conviction qu’elle est du côté de la justice. La manipulation sur l’Ukraine réalisée dans l’intérêt stratégique d’un de nos alliés ou sur la Syrie pour les intérêts économiques régionaux d’un autre, montre que nos citoyens sensibles au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, continuent à être facilement abusés par des professionnels
ayant compris leur mécanisme de pensée.

Dans le rapport d’alerte très approfondi que vous allez lire, Christian Harbulot et son équipe
de l’EGE décortiquent la réalité de cette guerre de l’information à travers son histoire et sa
mise en oeuvre selon les attaquants et les cibles. Maitrisant parfaitement son sujet qui est
La France peut-elle vaincre Daech sur le terrain de la guerre de  l’information ?
Dans la continuité des travaux et réflexions qu’il a déjà publiés, il démontre à travers de
nombreux exemples ce qu’elle implique pour nos démocraties, le rôle des États et les limites
de sa pratique.
La mondialisation d’internet, le volume et la circulation de l’information qu’elle autorise,
donne à chaque individu une connaissance qu’il tient pour la vérité, l’ayant acquise sans
passage par un média officiel.
Par ailleurs, cet accès instantané à l’information permet de contourner la pensée plus ou moins unique des pays concernés et d’éviter toute censure, ce qui renforce la conviction intime du récepteur. Le problème est bien évidemment l’absence de contre-arguments face à une opinion construite sans nuances et sans intégration de l’ensemble du problème. Si vous y ajoutez l’impact des mots et des formules, et le poids des
photos et autres vidéos orientées pour convaincre ou pour inquiéter, vous vous rendez compte que nos démocraties sont loin de pouvoir répondre à cette problématique. Pourtant, nous n’avons pas le choix, car la guerre de l’information est un élément constitutif majeur des conflits du 21e siècle.
 

La France peut-elle vaincre Daech sur le terrain de la guerre de l’information ?

Quand les Américains ont compris le bénéfice qu’ils pouvaient tirer de la guerre de l’information dans leur stratégie géopolitique et économique, ils ont su développer un nouveau concept de guerre adapté à la situation : on utilise conjointement des forces spéciales et des services de renseignement avec des campagnes d’information et de désinformationcroisées avec des réglementations juridiques extraterritoriales pour attaquer en dégradé la cible, son environnement et le monde du web. On l’a vu au Proche-Orient pour le conflitisraélo-palestinien, dans les Balkans avec la promotion de l’Etat kosovar.

On l’a également vu dans la prise de contrôle de certaines grandes entreprises soumises à une pression considérable sur leurs dirigeants et leur environnement pour les amener à reddition.
Les terroristes d’Al-Qaeda puis de Daech ont également bien compris tout le profit qu’ils pouvaient tirer de cette approche efficace et peu coûteuse. Que ce soit pour donner une image de puissance, faire connaître leur organisation et leurs idées, inciter des jeunes à les rejoindre, ou pour donner leurs instructions aux agents dormants et aux réseaux de soutien, ils utilisent l’internet dans toutes ses possibilités. Dans l’attaque de TV5, au-delà du niveau de capacité technique des agresseurs, il faut voir un test de neutralisation de l’information impactant toutes les autres télévisions. Que se passerait-il si demain toutes nos chaînes
arrêtaient de fournir des informations pendant 24h?
 

​A ce niveau, Il est intéressant de constater combien la loi française sur le renseignement, qui vise à donner à nos différents services les moyens de lutter efficacement contre le terrorisme, est décriée par quantité d’acteurs allant du lanceur d’alerte aux magistrats

Avant de s’alarmer d’une loi qui respecte nos valeurs tout en protégeant la République et ses citoyens, ils devraient s’intéresser au Patriot Act américain ou à sa version anglaise dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles sont inimaginables chez nous. Ce qui me paraît par contre inquiétant est que notre loi ne parle que de l’utilisation de certains matériels et méthodes en défensif.
Elle n’aborde pas le problème de la guerre de l’information qui est pourtant sous-jacent.

Ce rapport d’alerte confirme ce que nous pensions il y a déjà 10 ans : il faut que la France entame une large réflexion sur ce sujet. Au-delà du besoin de veille dans les secteurs géopolitiques et économiques et de l’exigence de mise en place d’une sécurité efficace La France peut-elle vaincre Daech sur le terrain de la guerre de  l’information ? adaptée aux technologies d’aujourd’hui il faut prendre conscience de la nécessité de préserver nos forces et nos avantages spécifiques face à cette nouvelle menace. Nous devons apprendre à pratiquer de manière autonome une nouvelle forme de renseignement et de nouveaux modes d’action permettant la mise en oeuvre d’opérations d’influence et de contre influence offensives et défensives.

Préface Alain Juillet












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