Géopolitique

Réagissons ! Protéger le Groenland dans l’intérêt supérieur de l’Humanité. Alexandre Marciel

STRATEGIE DIPLOMATIQUE


Jacqueline Sala
Dimanche 11 Janvier 2026


Après son coup de force au Vénézuela, le Président américain a relancé l’idée d’annexion de l’île arctique du Groenland, territoire autonome du Danemark. L’ancien élu toulousain et experts en métaux stratégiques, Alexandre Marciel, appelle en urgence à un statut particulier du Groenland.
L’acquisition du Groenland est présentée comme une « priorité pour la sécurité nationale américaine » avec notamment l’accès aux ressources naturelles du Groenland (terres rares) et aux routes maritimes de l’Arctique (avec la fonte des glaces). La Maison Blanche étudie plusieurs options pour s’en emparer y compris le recours à l’armée américaine. La France et l'Europe, et tous les autres pays fidèles à l'esprit des Nations Unis, doivent continuer à réaffirmer clairement leur attachement aux principes du droit international. Le risque d’escalade international nous oblige à lancer un appel à la communauté politique et scientifique pour sanctuariser le Groenland comme bien commun de l’humanité face à l’urgence climatique. Le GIEC, la Commission Européenne et plusieurs autorités nationales ont été déjà été sollicités pour s’emparer de cette proposition.



© Alexandre Marciel
© Alexandre Marciel

 

Silence assourdissant

Nous pouvons être très étonnés du silence bien sûr des politiques mais bien plus encore de la communauté scientifique internationale dans les médias autour des enjeux climatiques du Groenland. Au contraire, le changement climatique avec la fonte des glaciers et la libération de nouvelles routes maritimes stratégiques est présenté comme une opportunité (…) qui fait froid dans le dos. A moins que les grands défenseurs de la lutte contre le changement climatique n’y croient plus ou qu’ils soient devenus climatosceptiques voire les deux à la fois en fonction de leurs intérêts. Le Président américain sur ce point est au moins plus clair...

L’idée développée ici est :
 
  1. de rappeler que la lutte contre le changement climatique est la seule et vraie guerre qui mérite d’être menée et qu’elle n’est pas une déclaration de guerre à ceux qui ne voudraient pas la mener mais de paix pour sauver notre avenir commun.
     
  2. de rappeler que le Groenland de par sa situation géographique est au cœur des enjeux de lutte contre le changement climatique ; ce territoire doit faire l’objet d’un traité international spécifique qui dépasse les clivages. 
     

Sentinelle avancée

Ainsi, la question climatique s’impose aujourd’hui comme un possible et ultime rempart à tous les actes de prédation, d’où qu’ils viennent, voire au risque inquiétant d’escalade militaire international qui pourrait en résulter.

La communauté scientifique, notamment par la voix du GIEC, doit affirmer avec force que le Groenland constitue une sentinelle avancée de l’Arctique du changement climatique, notamment un poste d’observation scientifique majeur pour l’Humanité, essentiel au suivi de la fonte des glaces (qu’il ne faut éviter d’accélérer à travers une industrie minière intensive), de l’élévation du niveau des mers, de l’évolution océanographique de la biodiversité et des équilibres climatiques globaux.

A ce titre, un traité international doit être élaboré et signé par les Etats en lien direct avec la communauté scientifique internationale, notamment les universités américaines, visant à sanctuariser « le Groenland comme Sentinelle du changement climatique ». Ce traité contraignant et s’inscrivant sur le long terme visera à garantir sa neutralité, sa protection environnementale et son usage prioritairement pacifique et scientifique.
 

Le prix de l’inaction

À ceux qui contesteraient la possibilité de sanctuariser le Groenland au motif que le droit international ne le permettrait pas, on peut rappeler que des statuts particuliers existent déjà, comme la neutralité de certains États (ex : la Suisse) ou la protection de biens communs de l’humanité par l’UNESCO. Sanctuariser le Groenland relèverait ainsi d’une adaptation légitime du droit international face à un enjeu climatique et scientifique majeur.

D’ailleurs, cette sanctuarisation n’est pas seulement juridique : c’est un « grain de sable » stratégique, destiné à être entendu par toute l’humanité, pour peser dans les logiques de prédation et replacer l’urgence climatique au cœur du débat géopolitique du Groenland et de notre survie.

Si nous ne faisons rien, le prix de l’inaction coûtera bien plus cher que l’action, et tout le monde le sait.
 

Ebauche de Traité international de sanctuarisation du Groenland

© Alexandre Marciel
© Alexandre Marciel
Traité international pour la protection, la neutralité et la recherche scientifique au Groenland

Préambule
Les États et Institutions Scientifiques signataires,

Conscients de l’accélération du changement climatique mondial,

Reconnaissant le rôle central du Groenland dans l’observation des dynamiques climatiques planétaires,

Soucieux de prévenir toute escalade géopolitique ou militarisation de l’Arctique,

Affirmant que certains territoires doivent être protégés dans l’intérêt supérieur de l’humanité, conviennent de ce qui suit :


Article 1 – Statut du Groenland
Le Groenland, territoire autonome constitutif du Royaume du Danemark et territoire d'outre-mer associé à l'Union Européenne, est reconnu comme zone d'intérêt scientifique mondial et patrimoine climatique de l'humanité. 

Article 2 – Neutralité et pacification
Toute présence militaire offensive, toute annexion ou appropriation unilatérale du territoire est strictement interdite.

Article 3 – Protection environnementale
Les États signataires s’engagent à : préserver les écosystèmes arctiques, interdire toute exploitation extractive incompatible avec la recherche scientifique et la protection du climat.

Article 4 – Coopération scientifique
Le Groenland est dédié prioritairement à : la recherche climatique, glaciologique et océanographique,
Le partage libre et transparent des données scientifiques.

Article 5 – Gouvernance internationale
Un Conseil scientifique international du Groenland, placé sous l’égide de l’ONU, supervise les activités autorisées sur le territoire.

Article 6 – Respect des populations locales
Les droits, la culture et l’autonomie des populations groenlandaises sont pleinement garantis et intégrés à la gouvernance du traité.

A propos de l'auteur

UKRAINE. "Morts pour des métaux stratégiques ?" Par Alexandre Marciel
 
Ancien journaliste,  conseiller politique  et adjoint au maire de Toulouse, Alexandre Marciel  a développé ces dix dernières années une véritable expertise dans le domaine des matériaux avancés et des métaux stratégiques.  Il accompagne des entreprises et des institutions.  Il intervient  régulièrement  auprès de différents publics sur le thème "De l'objet au minerai", en s'appuyant sur la matériauthèque inédite qu'il a constituée (plus de 3 000 matériaux / métaux / minerais).  Après un premier livre de vulgarisation scientifique sur les éléments du tableau périodique et leurs applications " Le chasseur d'atomes ", (az'Art Ateliers Editions), il vient de sortir un nouveau livre dédié aux matériaux de la transition énergétique "Mendeleïev au cœur des énergies, Enjeux stratégiques des éléments" (Éditions Cépaduès).  Il prépare actuellement un rapport national  sur les enjeux de sécurisation de nos approvisionnements en métaux stratégiques.
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