ISSN 2271-7978 (en ligne)
ISSN 1148-7941 (imprimé) Série trimestrielle - Février 2026
La France mise sur la réindustrialisation pour retrouver souveraineté, innovation et décarbonation.
Comment financer ce renouveau grâce au capital patient, à l’épargne privée et à un possible fonds souverain national ?
La fin d’un modèle qui croyait pouvoir se passer d’usines
La France en paie le prix : une industrie tombée sous les 10 % du PIB, une perte de compétences et une empreinte carbone largement importée. Loin d’être un simple enjeu économique, la réindustrialisation devient un impératif de souveraineté et un levier indispensable de transition écologique, comme le démontre
Quand la financiarisation freine la reconquête industrielle
Le retour de l’industrie se heurte à un obstacle majeur : la domination du court terme dans la finance.
Depuis les années 1990, la pression pour des rendements élevés a détourné les entreprises de l’investissement productif. Rachats d’actions, dividendes généreux et sous‑investissement chronique ont laissé des usines vieillissantes, peu robotisées et incapables de rivaliser avec les sites asiatiques les plus modernes.
Dans ce contexte, les start‑ups industrielles peinent à franchir l’étape cruciale du passage à l’échelle, faute de financements adaptés à des cycles longs et risqués.
Mobiliser l’épargne pour financer le renouveau productif
Réindustrialiser exige des capitaux massifs : jusqu’à 800 milliards d’euros par an à l’échelle européenne. Or l’épargne existe, abondante, mais mal orientée. Les ménages français détiennent 6 400 milliards d’euros, souvent placés dans des produits liquides ou des fonds mondialisés.
D’où l’idée de créer un véritable fonds souverain capable d’investir à très long terme dans les secteurs stratégiques, en complément d’acteurs comme la Caisse des Dépôts ou Bpifrance. L’épargne salariale, forte de 200 milliards d’euros, pourrait aussi devenir un levier puissant si elle était davantage dirigée vers l’industrie via des fonds dédiés et des incitations fiscales.
A propos de...
Anaïs Voy‑Gillis est chercheuse associée au laboratoire CEREGE, IAE Poitiers, et consultante en stratégie industrielle. Spécialiste de la réindustrialisation, de la souveraineté économique et des transitions productives, elle accompagne entreprises et institutions dans leurs diagnostics territoriaux et leurs politiques industrielles. Elle intervient régulièrement dans les médias et le débat public sur les enjeux économiques et géopolitiques contemporains.
Pour aller plus loin
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