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Réindustrialisation : la France face au défi du temps long. Analyse d' Anaïs Voy-Gillis


Jacqueline Sala
Samedi 7 Février 2026


Secouée par les crises récentes, la France redécouvre l’urgence de reconstruire une base industrielle solide. Mais relancer l’appareil productif suppose de rompre avec la logique de rentabilité immédiate et de mobiliser un capital patient, capable d’accompagner des investissements lourds et durables. Entre souveraineté, décarbonation et transformation financière, le pays joue une partie décisive.



Réindustrialisation : la France face au défi du temps long. Analyse d' Anaïs Voy-Gillis
Sources : Revue Les Annales des Mines
RÉALITÉS INDUSTRIELLES
ISSN 2271-7978 (en ligne)
ISSN 1148-7941 (imprimé) Série trimestrielle - Février 2026

La France mise sur la réindustrialisation pour retrouver souveraineté, innovation et décarbonation.
Comment financer ce renouveau grâce au capital patient, à l’épargne privée et à un possible fonds souverain national ?

La fin d’un modèle qui croyait pouvoir se passer d’usines

La pandémie puis la guerre en Ukraine ont mis fin à l’illusion d’une économie post‑industrielle. En révélant la dépendance européenne à des chaînes de valeur concentrées en Asie, ces crises ont exposé les fragilités d’un modèle fondé sur l’externalisation et la recherche de coûts toujours plus bas.

La France en paie le prix : une industrie tombée sous les 10 % du PIB, une perte de compétences et une empreinte carbone largement importée. Loin d’être un simple enjeu économique, la réindustrialisation devient un impératif de souveraineté et un levier indispensable de transition écologique, comme le démontre 

Quand la financiarisation freine la reconquête industrielle

Le retour de l’industrie se heurte à un obstacle majeur : la domination du court terme dans la finance.

Depuis les années 1990, la pression pour des rendements élevés a détourné les entreprises de l’investissement productif. Rachats d’actions, dividendes généreux et sous‑investissement chronique ont laissé des usines vieillissantes, peu robotisées et incapables de rivaliser avec les sites asiatiques les plus modernes.
Dans ce contexte, les start‑ups industrielles peinent à franchir l’étape cruciale du passage à l’échelle, faute de financements adaptés à des cycles longs et risqués.

 

Mobiliser l’épargne pour financer le renouveau productif

Réindustrialiser exige des capitaux massifs : jusqu’à 800 milliards d’euros par an à l’échelle européenne. Or l’épargne existe, abondante, mais mal orientée. Les ménages français détiennent 6 400 milliards d’euros, souvent placés dans des produits liquides ou des fonds mondialisés.

D’où l’idée de créer un véritable fonds souverain capable d’investir à très long terme dans les secteurs stratégiques, en complément d’acteurs comme la Caisse des Dépôts ou Bpifrance. L’épargne salariale, forte de 200 milliards d’euros, pourrait aussi devenir un levier puissant si elle était davantage dirigée vers l’industrie via des fonds dédiés et des incitations fiscales.

 

Réindustrialiser, c’est accepter de renouer avec le temps long, de réconcilier capitaux publics et privés, et de relier l’épargne des citoyens à la réalité productive du pays. C’est aussi la condition pour garantir souveraineté, prospérité et résilience dans les décennies à venir.

A propos de...

Anaïs Voy‑Gillis est chercheuse associée au laboratoire CEREGE, IAE Poitiers, et consultante en stratégie industrielle. Spécialiste de la réindustrialisation, de la souveraineté économique et des transitions productives, elle accompagne entreprises et institutions dans leurs diagnostics territoriaux et leurs politiques industrielles. Elle intervient régulièrement dans les médias et le débat public sur les enjeux économiques et géopolitiques contemporains.

Pour aller plus loin

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