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Rencontre avec Medhi Medjaoui fondateur des conférences Api Day. Entrepreneur et Personnalité de la Tech Européenne.


David Commarmond
Vendredi 16 Janvier 2026




DC : Pouvez vous vous présenter ? Et présenter votre média ?

Rencontre avec Medhi Medjaoui fondateur des conférences Api Day. Entrepreneur et Personnalité de la Tech Européenne.
MM : Je suis Mehdi Medjaoui le fondateur des conférences ApiDays , qui représente l'unification et la fédération d'environ trente conférences en France et d'une quarantaine de conférences dans le monde, organisées annuellement dans dix pays.
Notre organisation a une origine très organique, ayant démarré il y a 13 ans comme une petite conférence de 200 personnes, et s'est développée "par accrétion" et "par gravité" en encourageant des personnes passionnées à organiser leurs propres événements.
 
L'objectif de la Fédération était de créer une marque ombrelle pour réunir ces événements. Bien qu'ils aient initialement été centrés sur les API et l'architecture logicielle (sous le nom d'APS ou APID), il est devenu nécessaire d'intégrer des sujets adjacents comme l'IA, la cybersécurité et l'empreinte environnementale du logiciel (sustainable),. Le modèle de la fédération est souvent comparé à la métaphore de l'Union européenne, où chaque événement garde son identité tout en acceptant des règles de gouvernance communes sous un nom unifié pour pouvoir "peser assez fort contre les États-Unis ou la Chine".

DC : Quelle est la taille actuelle des ApiDays en termes de nombre d'événements et, surtout, de nombre de visiteurs uniques dans ce format fédéré ?"

Mehdi Medjaoui, ApiDays en chiffres sont :

  • Taille des événements : Les événements au sein de la fédération varient grandement, allant de très petits rassemblements de 30 personnes jusqu'à des événements majeurs comme API day, qui accueille 3 500 personnes uniques.
  • Nombre total de visiteurs : En comptant tous les événements (ApiDays, Jan Shen Greeno, et les plus petits), la fédération atteint un total de 8 000 visiteurs uniques sur trois jours,.
  • Précision sur les métriques : le terme "visiteur unique", désigne une personne qui assiste aux trois jours de conférence, elle n'est comptée que comme un seul visiteur, contrairement à d'autres formats,.

DC : Quel bilan tirez-vous de ces trois jours d’événement dans ce nouveau format ?

MM : Notre risque majeur était de savoir si nous allions réussir à garder cet esprit de communauté — qu'il s'agisse de la communauté de praticiens, de la communauté informatique, ou de la communauté des directeurs marketing et informatiques — afin de ne pas devenir une conférence "un peu trop guindée". Nous voulons que les gens du business et les décideurs viennent pour comprendre la technologie.
 
Nous avons réussi le pari de la "vibe" et du sentiment d'appartenance à quelque chose de grand.
 
Toutefois, fédérer 30 événements au même moment et au même endroit était un nouveau modèle pour nous. Cela a impliqué des aspects logistiques que les participants n'ont pas vus, mais que nous avons notés derrière pour mieux les gérer l'année prochaine.
Ces défis sont inhérents aux modèles fédérés, un peu comme l'Union européenne où "on n'est pas tous d'accord" parfois. Ce nouveau modèle, qui n'existe pas vraiment ailleurs, sera répliqué dans neuf pays.

DC : Cela représente un travail de combien de personnes ?.

MM : Comme tous les modèles fédérés, l'organisation comprend des équipes locales et des équipes globales.
  • Équipe globale : L'équipe  à temps plein est composée de 12 personnes.
  • Équipes locales : Si l'on compte les équipes locales qui travaillent avec eux uniquement pendant la durée de l'événement (y compris des partenaires de type prestataires qui collaborent depuis 7 ou 8 ans), l'effectif total est d'environ 60 personnes.
Ainsi, l'équipe globale est de 12 personnes, les autres étant des partenaires qui rejoignent le groupe pour l'événement.

DC : Quelle est la stratégie d'expansion géographique que vous allez mettre en œuvre ? :

MM : En ce qui concerne la taille, nous ne voulons pas devenir trop gros. Dès que l'on dépasse environ 10 000 visiteurs sur trois jours, un événement devient plus une exposition qu'une conférence. Cela signifie qu'il y a plus de stands et moins de temps passé par les participants à assister aux conférences,.
 
Notre objectif est de rester une conférence dont la mission est d'éduquer les gens et de leur partager les innovations pour qu'ils s'approprient la culture. Nous ne sommes pas là uniquement pour qu'ils récupèrent des flyers ou des peluches sur des stands. Nos stands sont situés à côté de l'événement principal, faisant de nous l'inverse de ceux qui vendent du mètre carré d'exposition et ajoutent des conférences autour.
 
L'enjeu pour l'année prochaine n'est donc pas de doubler de taille, mais de répliquer le modèle fédéré de Paris dans les neuf autres pays, (comme Singapour, Munich, New York, etc.), car c'est la première fois que nous réalisons une fédération de 10 à 30 conférences au même moment et au même endroit à Paris. Il faut également stabiliser la communauté pour s'assurer que les conférences reviennent chaque année.

DC : Avons-nous progressé en anglais ?

MM : Oui, les Français sont meilleurs en anglais et l'organisation constate une énorme différence par rapport à il y a 13 ans,. La conférence étant à 50 % internationale, il est courant de devoir parler en anglais,.
 
Toutefois, il existe une distinction claire entre les groupes :
  • Compétence élevée : Les ingénieurs, les développeurs, et la jeune génération parlent déjà très bien anglais, car ils travaillent toute la journée avec la technologie en anglais. L'écosystème des start-ups et scale-ups ne rencontre pas de problème avec l'anglais.
  • Difficultés persistantes : La génération des décideurs tech, notamment ceux de plus de 45 ans, est plus susceptible de rencontrer des difficultés, comme les DSI. Même lorsque des intervenants de renom acceptent de parler en anglais, ils demandent souvent, au dernier moment, s'ils ne pourraient pas finalement le faire en français.
C'est pourquoi, pour s'adapter aux réalités des décideurs français, certaines tracks sont maintenues en français, comme la track DSI. Néanmoins, à l'étranger, dans les autres pays où la FOS opère, les conférences sont systématiquement en anglais, pour assurer une langue commune et l'inclusivité, peu importe l'origine des participants,.

DC : « Quels sont les prochains pays qui vont accueillir Api days

MM : Il détaille l'ordre des prochains pays d'expansion, en soulignant la diversité géographique :
Le prochain pays à accueillir la fédération sera Singapour, ce qui marque un déplacement à l'autre bout de la planète.
Viennent ensuite : New York (États-Unis), Munich (Allemagne), Toronto (Canada), Bangalore (Inde) (durant la rentrée, en août), Londres (en septembre), Melbourne (Australie), Amsterdam (fin octobre, début novembre).

DC : « Un autre aspect important, si vous me permettez, c'est la place de la France dans les conférences tech. »

MM : cela donne un aperçu historique et positionnel de la France dans ce domaine :
  • Le Contexte Historique : Il y a 12 ou 13 ans, l'événement Le Web était la conférence technologique majeure en France, où la Californie venait présenter ses innovations à l'Europe (notamment les premiers Google et Facebook). Après son rachat et son arrêt, un vide a été comblé par le Web Summit en Irlande, qui a pris un leadership grâce à un fort soutien gouvernemental,.
  • Le Retour en Force de la France : L'événement Vivatech, lancé par Michel Lévi, a servi de flagship event très européen. Ce salon a réussi à attirer des personnalités comme Elon Musk et Jen-Hsun Huang (CEO de Nvidia), restaurant ainsi une forte crédibilité à l'Europe. Ce mouvement a permis de revigorer tout l'écosystème de conférences tech en France et de replacer le pays sur la scène internationale,.
  • L'Écosystème actuel : La France possède désormais un écosystème de conférences «sérieuses et solides» (comme AI Summit, Adopt, Doti, Big Data Nit, Tech Rock Summit et FOS/Media), qui lui confère une place spéciale par rapport à d'autres pays européens comme l'Espagne, l'Allemagne ou même l'Angleterre, souvent privilégiée par les Américains pour la langue,.
  • Le Rôle de FES se positionne comme la conférence de fin d'année réunissant tous les passionnés de la technologie qui viennent s'adresser aux décideurs techniques (DSI, CTO). Contrairement à d'autres conférences qui ciblent les dirigeants (CEO) ou les décideurs métier, la FES s'adresse à ceux qui devront mettre en œuvre ce qui a été annoncé toute l'année.

DC : L'un des enjeux majeurs pour 2026 est la souveraineté numérique. Quelle est votre position sur l'idée de "souveraineté numérique" ?

MM : La souveraineté numérique est un sujet essentiel, car l'Europe se retrouve entre deux feux technologiques (les États-Unis et la Chine), ayant historiquement manqué de protéger son marché numérique. La relation de l'Europe avec les États-Unis est souvent une relation de dépendance technologique assez forte.
Cependant, l'idée de souveraineté présente plusieurs problèmes :
  1. Elle est idéologique : Elle est jugée compliquée et peut être très proche d'idées nationalistes.
  2. Elle est binaire : Elle est perçue comme un concept utopique et binaire ("on est souverain ou on l'est pas"), ce qui est difficile à appliquer. Il suffit d'une seule pièce non souveraine pour remettre en question l'ensemble de la souveraineté.
  3. Elle est impraticable pour les DSI mondiaux : Les décideurs informatiques (DSI) opérant dans de nombreux pays trouvent le concept difficile à mettre en œuvre. Par exemple, gérer les données d'un utilisateur allemand vivant aux États-Unis soulève des complications juridictionnelles (RGPD vs. lois américaines).
Pour cette raison, l'idée de résilience numérique est considérée comme beaucoup plus opérationnelle et concrète pour les équipes informatiques.

DC :« En quoi consiste exactement cet Indice de Résilience Numérique et quelle est sa fonction principale pour les entreprises ? »

MM : L'Indice de Résilience Numérique est une approche jugée plus opérationnelle que la "souveraineté numérique" pour les équipes informatiques. Il se concentre sur l'évaluation des dépendances et de l'autonomie stratégique.
L'indice est conçu pour aider les entreprises à :
  • Mesurer la dépendance : La résilience est vue comme une logique de dépendance. Il permet de mesurer ce qui se passe si un système s'arrête, et de déterminer s'il existe un plan de continuité et une solution de remplacement.
  • Connaître l'autonomie stratégique : L'objectif est de permettre aux entreprises de connaître leurs dépendances technologiques et les solutions de remplacement disponibles, afin de déterminer leur niveau d'autonomie stratégique.
  • Se prémunir contre les risques : Il répond à des scénarios concrets de dépendance, comme l'exemple du rachat de VMware par Broadcom, qui a entraîné des augmentations de prix allant jusqu'à 800 %.
  • Avoir un outil de mesure : L'indice permet de rendre la résilience mesurable, ce qui est fondamental, car "si ça se mesure pas, c'est on peut pas le faire évoluer".
L'indice est une initiative ouverte avec un standard entre guillemets ouvert, que la FES a décidé de soutenir en raison de son importance. L'existence de cet indice souligne le "grand écart" que les organisations devront gérer en 2026 : innover très rapidement avec l'IA tout en maintenant une contrainte de résilience numérique.

DC : Avez-vous encore une surprise à nous annoncer ?

MM : Le dernier élément d'actualité est le lancement d'une nouvelle chaîne YouTube par l'organisation,. Cette chaîne, lancée la veille de l'entretien, s'appelle "À la French " et se présente comme un débat talk show centré sur les tendances technologiques.
Voici les détails clés mentionnés :
  • Format et Fréquence : L'émission est une vidéo hebdomadaire, d'une durée de 42 minutes.
  • Collaborateurs : Elle est réalisée en partenariat avec Jean-Baptiste Kemp (le créateur de VLC et l'Européen avec le plus d'utilisateurs au monde) et Steve Morin (un développeur et CEO connu pour avoir mis le Code Civil sur GitHub).
  • Premier Thème : Le premier thème de l'émission était "le code rouge" ou "la guerre du compute" (la guerre des infrastructures numériques ou la grande compétition).
  • Prochain Thème sera la manière dont le code informatique a des impacts sur le réel en l’illustrant par des exemples.