Géopolitique

Yves Lacoste, l'homme qui remit le territoire au centre de l'histoire


Giuseppe Gagliano
Mardi 23 Juin 2026


Yves Lacoste s’est éteint à 96 ans, laissant derrière lui bien plus qu’une œuvre : une manière de regarder le monde. En réhabilitant la géopolitique dans une France qui s’en méfiait, il a rappelé que le pouvoir s’inscrit toujours dans l’espace, que les cartes ne sont jamais innocentes et que les rivalités se lisent d’abord sur les territoires. De Fès à Alger, d’Hérodote à l’Institut français de géopolitique, il a façonné une pensée qui éclaire encore un XXIᵉ siècle où routes, ressources, frontières et mémoires demeurent les véritables lignes de force de l’histoire.



©www.lexpress.fr
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Quand la géographie cessa d'être innocente

La disparition d'Yves Lacoste, mort samedi 20 juin 2026 à Bourg-la-Reine, entouré de ses fils, à l'âge de 96 ans, ne clôt pas seulement une biographie intellectuelle. Elle referme une saison de la culture stratégique française. Yves Lacoste appartenait à cette rare famille de chercheurs qui ne se contentent pas de fonder une discipline, mais changent la manière dont un pays regarde le monde. Dans son cas, le mérite fut encore plus grand : il rendit sa dignité à la géopolitique dans une France qui, après la Seconde Guerre mondiale, considérait ce mot avec méfiance, presque avec répulsion, parce qu'elle l'associait aux ambitions impériales allemandes, aux cartes du Reich, à la dégénérescence idéologique de la géopolitique nazie.
 
Il fit exactement l'opération inverse. Il n'effaça pas le lien entre géographie et pouvoir, il le rendit visible. Il ne prétendit pas que les cartes étaient innocentes, il démontra qu'elles ne l'avaient jamais été. Il ne transforma pas la géopolitique en une mode journalistique, mais en une méthode : partir des territoires, des frontières, des représentations de l'espace, des ressources, des routes, des peuples et des rivalités qui les traversent. Sa grande intuition fut simple et implacable : les hommes ne combattent pas dans le vide. Ils combattent pour contrôler des lieux, des accès, des hauteurs, des ports, des fleuves, des déserts, des villes, des couloirs, des gisements, des détroits maritimes et des mémoires collectives.
 

Fès, Alger, Paris : la formation d'un regard stratégique

Yves Lacoste naquit le 7 septembre 1929 à Fès, au Maroc. Son père était géologue, engagé dans des prospections pour une compagnie pétrolière dans les déserts marocains. Ce détail biographique n'est pas secondaire. Le jeune Lacoste apprit très tôt qu'une carte n'est pas seulement une représentation de la surface terrestre, mais peut devenir un moyen de chercher la richesse, l'énergie, la domination. Les pistes, les reliefs, les ressources, les déserts, les gisements, les voies d'accès n'étaient pas pour lui des notions scolaires. Ils étaient la matière concrète du pouvoir.
 
La Méditerranée fut sa première école. Non pas la Méditerranée touristique ou littéraire, mais celle des deux rives, des dominations, des colonisations, des fractures entre l'Europe et l'Afrique du Nord. Enfant, puis jeune chercheur, Lacoste comprit que l'espace ne se divise pas selon des catégories abstraites, mais selon des rapports de force. Le centre et la périphérie ne sont pas des données naturelles : ce sont des constructions historiques, politiques et économiques.
 
En 1952, reçu premier à l'agrégation de géographie, il aurait pu choisir une carrière tranquille en France. Il choisit au contraire le lycée Bugeaud d'Alger. Ce fut une décision majeure. L'Algérie coloniale lui montra l'écart entre le discours républicain français et la réalité de la domination. Il vit des quartiers séparés, des hiérarchies sociales, des populations divisées, des espaces organisés selon la logique du pouvoir colonial. Il comprit que la colonisation n'était pas seulement administration, armée ou idéologie : elle était aussi contrôle de l'espace.
 
À Alger, il rencontra Camille Dujardin, qui deviendrait son épouse, ethnologue et spécialiste des Berbères. Leur histoire personnelle fut aussi une alliance intellectuelle. Tous deux partageaient une conviction : on ne comprend pas les peuples si l'on ne comprend pas les territoires qu'ils habitent, les langues qu'ils parlent, les mémoires qu'ils portent, les conflits qui les traversent. La géographie, pour Lacoste, ne fut jamais une science froide. Elle fut toujours une science de l'humain inscrit dans l'espace.
 

Le sous-développement comme première géoéconomie du pouvoir

Avant même de devenir le grand refondateur de la géopolitique française, Yves Lacoste fut un spécialiste du sous-développement. Son ouvrage sur les pays sous-développés, publié en 1959 dans la célèbre collection encyclopédique française, fut réédité jusqu'en 1989 et dépassa les cent mille exemplaires. En 1965, il publia Géographie du sous-développement, un travail qui anticipait des thèmes qui ne deviendraient centraux que plus tard : dépendance économique, rapports Nord-Sud, hiérarchies du système mondial, subordination des économies périphériques aux centres industriels.
 
C'est là que l'on voit déjà le Lacoste le plus important. Il comprit que la pauvreté ne pouvait pas être expliquée seulement par des indicateurs économiques. Il fallait regarder la position géographique, la disponibilité des ressources, l'accès à la mer, les infrastructures, les routes commerciales, les rapports coloniaux, la capacité ou l'incapacité des États à contrôler leur propre espace. Le sous-développement, dans sa lecture, n'était pas un retard neutre. Il était le résultat d'un ordre mondial construit sur l'inégalité territoriale.
 
Cette intuition demeure aujourd'hui fondamentale. Les grandes puissances ne rivalisent pas seulement sur les taux de croissance. Elles rivalisent pour le contrôle des ports, des couloirs énergétiques, des câbles sous-marins, des matières premières, des terres rares, des voies maritimes, des nœuds logistiques. La géographie économique est devenue une forme de guerre non déclarée. Lacoste l'avait compris alors que beaucoup pensaient encore que la modernisation effacerait l'espace.

Le livre qui brisa le tabou

En 1976, Lacoste publia le livre qui le rendit célèbre : "La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre".

Le titre fut une détonation. Dans une France académique qui avait préféré séparer la géographie de la puissance, de la stratégie et de la guerre, il remit au jour une vérité ancienne : depuis des millénaires, les États demandent aux géographes de dessiner des cartes non par pure curiosité scientifique, mais pour conquérir, défendre, administrer, surveiller, taxer, exploiter.
 
La géographie universitaire de l'après-guerre avait cherché à se présenter comme une discipline neutre, presque pacifiée : reliefs, fleuves, régions agricoles, paysages, peuplements. Lacoste rompit cette illusion. Il affirma que la neutralité apparente de la géographie pouvait devenir une mystification. Si une discipline sert le pouvoir, il faut le dire. Si une carte peut guider une armée, une colonisation, un plan de bombardement, une politique de peuplement ou une stratégie industrielle, il faut le reconnaître. Cacher la fonction stratégique de la géographie signifie la laisser entre les mains de ceux qui l'utilisent sans jamais la discuter.
 
Le livre fut accueilli avec hostilité par une partie du monde universitaire. Mais il fut lu avec passion par les étudiants, les journalistes, les diplomates, les officiers et les analystes. Tous ceux qui avaient une expérience concrète du pouvoir comprirent immédiatement la portée du message. Yves Lacoste ne glorifiait pas la guerre. Il l'expliquait. Il ne militarisait pas la géographie. Il la libérait de sa fausse innocence.

Hérodote, la revue qui changea le vocabulaire français

Toujours en 1976, Lacoste fonda la Revue Hérodote. Le nom lui-même était un programme. Hérodote, père de l'histoire et premier grand descripteur des peuples, des territoires, des guerres, des empires et des routes, représentait pour lui le modèle d'une connaissance capable d'unir l'espace, la politique et le conflit.
 
Le premier sous-titre de la revue, Stratégies, géographies, idéologies, était un défi direct lancé à l'université. En 1982, Lacoste accomplit le pas décisif : le sous-titre devint Revue de géographie et de géopolitique. Le mot interdit revenait ainsi dans le vocabulaire intellectuel français. Non plus comme héritage suspect de la géopolitique allemande, mais comme instrument d'analyse des rapports de force contemporains.
 
Le choix était risqué. Dans les années 1980, en France, parler de géopolitique signifiait encore s'exposer à l'accusation de réhabiliter un langage compromis. Lacoste imposa au contraire une distinction essentielle : une chose est l'usage idéologique et impérialiste d'une discipline, autre chose est la reconnaissance scientifique du rapport entre espace et pouvoir. Sans cette distinction, la France aurait continué à se priver d'un instrument indispensable pour comprendre le monde.

La nation contre les illusions de la mondialisation

Un autre trait décisif de la pensée de Lacoste fut la centralité de la nation. En 1998, alors que le milieu intellectuel européen célébrait le dépassement des États nationaux, il publia Vive la Nation. Destin d'une idée géopolitique. Le livre n'eut pas le succès qu'il méritait, parce qu'il arriva à contretemps : après la fin de la guerre froide, l'Europe voulait croire à la mondialisation heureuse, au gouvernement global, à l'économie sans frontières, à la fin des rivalités territoriales.
 
Yves Lacoste ne suivit pas cette mode. Pour lui, la nation n'était pas un résidu du passé, mais l'un des cadres fondamentaux de l'identité collective, de la solidarité politique, de la légitimité de l'État et de la capacité d'un peuple à se reconnaître dans un destin commun. Il ne défendait pas la nation comme un fétiche rhétorique, mais comme une réalité géopolitique. Une politique sans peuple, un État sans identité partagée, une Europe sans enracinement territorial risquent de devenir des constructions fragiles, élégantes sur le papier mais faibles dans l'histoire.
 
Aujourd'hui, cette intuition paraît prophétique. Les nations sont revenues. Les frontières sont revenues. Les empires sont revenus. La guerre en Ukraine, la compétition entre les États-Unis et la Chine, le retour de la puissance russe, les tensions dans le Golfe Persique, en mer Rouge, dans l'Arctique et en mer de Chine méridionale démontrent que le territoire n'est jamais sorti de l'histoire. Il avait seulement été refoulé par le discours dominant.

L'Institut français de géopolitique et la formation d'une école

L'œuvre la plus durable de Lacoste ne se trouve pas seulement dans les livres. Elle se trouve aussi dans les institutions. En 2002, avec Béatrice Giblin, son élève et figure centrale du milieu intellectuel né autour d'Hérodote et de l'université de Vincennes, il contribua à la naissance de l'Institut français de géopolitique à l'université Paris-VIII. En quelques années, l'Institut devint l'un des principaux lieux de formation de la culture géopolitique française.
 
Sa méthode était claire : ne pas partir des formules abstraites des relations internationales, mais des territoires concrets. Étudier les représentations que les acteurs se font de l'espace. Analyser les rivalités à toutes les échelles, du quartier à la région, de l'État à l'empire. Comprendre qu'un conflit local peut contenir des logiques globales et qu'une grande rivalité mondiale peut se manifester dans une ville, une vallée, un port, une frontière apparemment secondaire.
 
En cela, Lacoste fut profondément novateur. Contre une certaine science politique désincarnée, il ramena l'analyse au terrain. Contre un droit international souvent incapable d'expliquer la violence réelle, il remit au centre la puissance, la sécurité, le contrôle et la perception de l'espace.

La question postcoloniale et les fractures françaises

L'un des chapitres les plus courageux de son travail concerne la question postcoloniale. Dans La Question postcoloniale, Lacoste aborda sans rhétorique un sujet que la France préférait traiter avec peur, culpabilité ou refoulement : les conséquences territoriales de la colonisation et de l'immigration, en particulier la concentration des descendants d'immigrés algériens dans les périphéries françaises, la crise de l'identité nationale, les tensions entre mémoire coloniale et promesse républicaine.
 
Il ne choisit ni la condamnation moralisatrice ni le déni rassurant. Il fit œuvre de géographe. Il regarda les cartes, les distributions territoriales, les formes de ségrégation, les rapports symboliques à l'espace urbain, les rivalités d'appartenance. Il montra qu'une périphérie peut elle aussi être un lieu géopolitique, parce que s'y affrontent des mémoires, des identités, des autorités, des représentations de l'État et des sentiments d'exclusion.
 
Ce fut peut-être l'une de ses leçons les plus inconfortables. La géopolitique ne concerne pas seulement les grandes puissances, les armées et les frontières internationales. Elle concerne aussi les fractures internes d'une société, les territoires abandonnés, les périphéries, les communautés qui se perçoivent comme séparées, les zones où l'État perd présence et légitimité.
 

Scénarios économiques : routes, ressources et vulnérabilités

L'actualité confirme chaque jour la force de la méthode lacostienne. La mondialisation n'a pas supprimé la géographie. Elle l'a rendue plus importante et plus vulnérable. Les chaînes de production dépendent des ports, des détroits, des canaux, des voies ferrées, des gazoducs, des oléoducs, des plateformes énergétiques, des câbles sous-marins et des mines. Un détroit bloqué peut faire monter les prix de l'énergie. Un gazoduc saboté peut modifier la politique industrielle d'un continent. Une guerre locale peut interrompre des approvisionnements alimentaires mondiaux. Un port contrôlé par une puissance rivale peut devenir un levier diplomatique.
 
Le canal de Suez, Bab el-Mandeb, le détroit d'Ormuz, le Bosphore, les Dardanelles, Malacca, Panama, l'Arctique et la mer de Chine méridionale ne sont pas de simples points géographiques. Ce sont des interrupteurs de l'économie mondiale. Celui qui les contrôle ou les menace peut exercer une pression sur des systèmes productifs entiers. En ce sens, la géoéconomie contemporaine confirme Lacoste : le marché ne vit pas au-dessus de la politique, mais à l'intérieur de l'espace contrôlé par les États et les puissances.
 
La compétition pour les terres rares, le lithium, le cobalt, l'uranium, le gaz, le pétrole, l'eau et le blé est elle aussi une leçon lacostienne. Les ressources ne sont pas distribuées selon des critères moraux. Elles sont situées dans des territoires, souvent instables, souvent disputés, souvent traversés par des influences extérieures. La richesse du XXIe siècle n'est pas immatérielle comme on a voulu le croire. Même le numérique a besoin d'énergie, de métaux, de câbles, de centres de calcul, de satellites et de bases terrestres.

Évaluation stratégique militaire : chaque guerre commence par une carte

Du point de vue militaire, Yves Lacoste demeure essentiel. Toute opération stratégique naît d'une lecture de l'espace. Hauteurs, cours d'eau, ponts, routes, voies ferrées, villes fortifiées, bases, dépôts, lignes d'approvisionnement, profondeurs opérationnelles : rien de tout cela n'est secondaire. La guerre en Ukraine le démontre avec brutalité. On ne combat pas pour des abstractions, mais pour des villes, des nœuds logistiques, des couloirs, des accès à la mer, des zones industrielles, des lignes défensives, des fleuves et des plateaux.
 
La même chose vaut pour le Moyen-Orient. Israël, le Liban, la Syrie, Gaza, l'Iran, l'Irak et le Golfe Persique sont incompréhensibles sans une lecture territoriale : profondeur stratégique, frontières non reconnues, couloirs terrestres, milices enracinées dans l'espace, montagnes, déserts, côtes, ports, bases aériennes, voies d'approvisionnement. La politique sans géographie devient commentaire moral. La géographie sans politique devient exercice scolaire.
Lacoste réunit ce qui n'aurait jamais dû être séparé.
 
En mer de Chine méridionale, les îles artificielles ne sont pas des détails techniques : elles sont des plateformes de souveraineté et de contrôle. Dans l'Arctique, la fonte des glaces n'est pas seulement un problème climatique : elle ouvre des routes, des accès, des gisements et de nouvelles compétitions militaires. Dans les fonds océaniques, les câbles sous-marins sont des infrastructures civiles mais aussi des cibles stratégiques.

Là encore, Yves Lacoste avait raison : le territoire n'est pas seulement surface. Il est profondeur, accès, perception, domination.

Évaluation géopolitique : le retour des empires et des frontières

Le monde que Lacoste a quitté en 2026 ressemble davantage à ses analyses qu'aux illusions des années 1990. La guerre est revenue en Europe. La Russie raisonne en termes de profondeur stratégique, d'espace impérial et de frontières de sécurité. La Chine construit sa puissance à travers les mers, les ports, les couloirs terrestres, les routes commerciales et la projection navale. Les États-Unis défendent un réseau planétaire de bases, d'alliances, de routes et de plateformes technologiques. L'Europe découvre qu'elle ne peut pas être une puissance normative si elle ne sait pas aussi se penser comme espace stratégique.
 
La leçon de Lacoste est sévère : celui qui ne pense pas le territoire finit par être pensé par les autres. Celui qui ne contrôle pas ses infrastructures critiques dépend de puissances extérieures. Celui qui ne défend pas ses routes subit le chantage de ceux qui peuvent les interrompre. Celui qui croit que le droit international suffit à protéger les frontières oublie que le droit a besoin de puissance pour être respecté.
 
Cela ne signifie pas célébrer la force. Cela signifie reconnaître que la force existe. Lacoste fut un réaliste, non un cynique. Précisément parce qu'il prenait la guerre au sérieux, il savait combien il était nécessaire d'en comprendre les causes territoriales, symboliques, économiques et politiques.

Le cinquantenaire d'Hérodote et l'ultime confirmation

Au printemps 2026, Lacoste eut la satisfaction de voir célébrés les cinquante ans de la revue Hérodote avec un double numéro de 304 pages, composé d'hommages, d'analyses et de perspectives. C'était la confirmation d'une victoire intellectuelle. Une revue née contre le conformisme académique était devenue une référence. Un mot autrefois suspect, géopolitique, était devenu indispensable pour les journalistes, les diplomates, les militaires, les chercheurs et les décideurs publics.
 
Quelques semaines plus tard, Lacoste s'en alla. Discrètement, comme il avait vécu son travail, loin du théâtre médiatique, fidèle aux cartes, aux terrains, aux conflits réels. Il n'appartenait pas à la catégorie des intellectuels qui courent derrière l'actualité. Il appartenait à ceux qui construisent des instruments pour la lire.

La carte comme destin politique

Yves Lacoste a laissé une définition de la géopolitique qui demeure l'une des plus limpides : la confrontation de raisonnements opposés, déclarés ou cachés, qui expriment des rivalités de pouvoir sur un territoire. Dans cette formule se trouve toute son œuvre. Le territoire n'est jamais seulement territoire. Il est mémoire, peur, ambition, sécurité, identité, richesse, accès, puissance.
 
Les cartes ne disent pas tout. Elles peuvent mentir, déformer, servir la propagande et la conquête. Mais sans cartes, on ne comprend presque rien. On ne comprend pas pourquoi un détroit devient décisif, pourquoi une ville est assiégée, pourquoi une minorité se concentre dans une région, pourquoi une puissance veut un port, pourquoi un empire craint l'encerclement, pourquoi une nation défend une frontière, pourquoi une économie dépend d'une route.
 
Lacoste a enseigné à la France et à l'Europe que le monde n'est pas une conférence permanente réglée par de bonnes intentions. C'est un espace de rivalités, et c'est pour cette raison qu'il doit être étudié avec précision, sans hystérie et sans naïveté. Sa grandeur est là : avoir rendu à la géographie son caractère tragique, politique et stratégique. Avoir rappelé que l'histoire ne marche pas dans l'air. Elle marche toujours sur une terre disputée.

A propos de ...

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE).
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/ et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.


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