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Entre Washington et Bruxelles, le Danemark et le Groenland enchaînent les réunions de haut niveau : d’abord le 14 janvier avec JD Vance à la Maison‑Blanche, puis avec l’OTAN le 19 janvier, alors que la pression américaine sur le Groenland se confirme.
L’ambition américaine : un calcul stratégique assumé
Washington justifie son intérêt par l’importance géopolitique du Groenland, un argument présenté comme une évidence. Le territoire occupe une position clé dans l’Arctique, au cœur des routes polaires émergentes et des dispositifs de surveillance stratégique. L’administration américaine dépeint par ailleurs le Danemark comme incapable d’assurer la protection de l’île, évoquant des menaces russes et chinoises et ridiculisant les capacités militaires danoises. Cette offensive s’accompagne de gestes symboliques destinés à contester le statut juridique du territoire, comme la diffusion d’une carte du Groenland recouvert d’un drapeau américain.
Mais cette justification stratégique masque un autre intérêt, rarement assumé publiquement : le Groenland abrite certaines des plus importantes réserves mondiales de terres rares, de cobalt, de nickel et d’autres métaux critiques indispensables aux technologies de défense, aux batteries et aux industries de pointe. Dans un contexte de rivalité technologique avec la Chine, cet argument pèse lourd.
Lire à ce sujet l'article d'Alexandre Marciel : Réagissons ! Protéger le Groenland dans l’intérêt supérieur de l’Humanité.
Une riposte européenne structurée mais encore fragile
Face à cette pression, Copenhague a renforcé ses capacités arctiques, avec des investissements militaires significatifs incluant de nouveaux avions de combat, des navires spécialisés et des moyens de surveillance maritime. Sur le plan diplomatique, une déclaration conjointe signée à Paris par plusieurs capitales européennes a réaffirmé la souveraineté du Danemark et du Groenland, un message renforcé par le président du Conseil européen.
Cette réaction, solide dans son principe, reste toutefois insuffisante pour dissuader une administration américaine déterminée. D’autant que l’Europe dépend elle aussi massivement des métaux critiques importés, notamment de Chine. Laisser Washington prendre pied au Groenland reviendrait à accepter une dépendance stratégique supplémentaire dans un domaine déjà vulnérable.
Les vulnérabilités européennes : un risque de paralysie
L’Europe se heurte à plusieurs failles majeures. La menace diplomatique, même radicale, n’aurait qu’un impact limité sur une partie de la classe politique américaine qui voit déjà l’OTAN comme un instrument dépassé. L’idée d’invoquer l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord se transformerait en piège, plongeant l’Alliance dans un processus long et divisé, laissant aux États-Unis le temps d’imposer un fait accompli.
Une crise interne de cette ampleur offrirait par ailleurs à la Russie une occasion rêvée de tester la cohésion occidentale sur son flanc est. Et pendant que l’OTAN se débattrait, Washington pourrait sécuriser un accès privilégié aux ressources minières groenlandaises, verrouillant un avantage industriel majeur.
La voie préventive : seule stratégie réellement dissuasive
Dans ce contexte, la seule stratégie efficace repose sur l’action préventive. L’Europe doit proposer immédiatement au Danemark et au Groenland un renforcement concret de son soutien militaire, afin de rassurer Copenhague et Nuuk sur la disponibilité de forces européennes prêtes à se déployer. Pour être crédible, cette initiative doit être conçue en autonomie, sans impliquer les États-Unis dans les discussions initiales, et organisée sous un commandement indépendant des moyens américains.
Il s’agit non seulement de protéger un territoire européen, mais aussi de préserver un accès stratégique à des ressources essentielles pour la transition énergétique et la souveraineté industrielle du continent.
Un moment de vérité pour l’Union européenne
L’Europe se trouve face à un choix déterminant. Elle peut rester spectatrice d’une possible tentative américaine de prise de contrôle d’un territoire européen ou choisir d’agir rapidement pour l’empêcher. Le calendrier est serré et ne laisse aucune place à l’hésitation.
Au-delà de la souveraineté danoise, c’est la maîtrise des ressources critiques de demain qui se joue. Seule une démonstration de détermination, calme mais résolue, permettra de dissuader toute tentation américaine. Pour l’Union, c’est un test de maturité stratégique qui engage son avenir industriel autant que sa crédibilité géopolitique.
A propos de Claude-France Arnould
Claude‑France Arnould, diplomate française, a dirigé l’Agence européenne de défense de 2011 à 2015 après une carrière au Quai d’Orsay consacrée aux questions de sécurité. Ancienne ambassadrice de France en Belgique, elle est une figure clé de la coopération européenne en matière de défense.
Pour aller plus loin...
Analyse géopolitique détaillée, avec cartes commentées et mise en perspective des rivalités sino‑américaines autour des ressources groenlandaises
- Major‑Prépa – “Géopolitique du Groenland : enjeux stratégiques en Arctique”
Article pédagogique pour comprendre les dynamiques internes et externes qui redéfinissent la place du Groenland dans l’Arctique

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