Santé

La Santé Mentale Positive : un levier stratégique pour les Entreprises. Stéphanie Heddebaut


Jacqueline Sala
Lundi 29 Décembre 2025


Dans un contexte de concurrence mondiale accrue et de transformations numériques rapides, la santé mentale des employés émerge comme un facteur clé de résilience organisationnelle.
Cet article explore comment les spécialistes en intelligence économique et stratégique peuvent valoriser l'attention portée à la santé mentale positive, en la transformant en atout compétitif pour anticiper les risques, booster la productivité et renforcer la cohésion interne.
En s'appuyant sur les avancées récentes, notamment la reconnaissance par l'OMS des liens sociaux comme déterminant majeur de la santé, nous démontrons que négliger cet aspect expose les entreprises à des vulnérabilités stratégiques.



La Santé Mentale Positive : un levier stratégique pour les Entreprises. Stéphanie Heddebaut

Redéfinir la santé mentale au prisme de l'intelligence économique

Longtemps perçue comme l'absence de troubles psychiques, la santé mentale évolue vers une vision positive, alignée sur les principes de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui, dès 1946, la définit comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, ne consistant pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».

Pour les spécialistes en intelligence économique (IE), cette approche positive transcende le domaine médical pour devenir un outil d'analyse stratégique car elle représente une ressource humaine essentielle, permettant aux organisations de maintenir un équilibre face aux défis géopolitiques, technologiques et concurrentiels.

En IE, la santé mentale positive se traduit par un état d'équilibre global, d'épanouissement et de capacité à affronter les aléas.

Contrairement à une focalisation exclusive sur les pathologies – comme les troubles anxieux ou dépressifs qui affectent une part croissante de la population active –, elle met l'accent sur le bien-être émotionnel, psychologique et social.

Des études récentes, telles que celles publiées dans le dossier de La Santé en action n°471 d'octobre 2025, soulignent que mesurer ces deux composantes (positive et pathologique) prédit mieux le fonctionnement psychosocial d'une population, et par extension, la performance d'une entreprise.

Pour quantifier cette santé mentale positive, des outils adaptés aux contextes francophones et européens s'imposent.

L'Échelle de Mesure des Manifestations du Bien-être Psychologique (ÉMMBEP), développée en français, évalue des dimensions comme l'estime de soi, l'équilibre, l'engagement social, la sociabilité, le contrôle de soi et des événements, ainsi que le bonheur.

De même, le Well-being Module de l'European Social Survey (ESS) décompose le bien-être en quatre sous-échelles : sentiments personnels, fonctionnement personnel, sentiments interpersonnels et fonctionnement interpersonnel.

Ces instruments permettent aux experts en IE d'intégrer des indicateurs humains dans leurs veilles stratégiques, identifiant ainsi les signaux faibles de désengagement ou de burn-out qui pourraient compromettre la sécurité informationnelle ou la créativité collective.
 

Le soutien social : un déterminant clef pour la résilience stratégique

Parmi les déterminants de la santé mentale, le soutien social émerge comme un pilier incontournable, particulièrement pertinent pour l'IE.

Il englobe le soutien émotionnel, la confirmation de valeur personnelle, l'intégration sociale et le soutien matériel, mais aussi des aspects communautaires comme un environnement physique favorable, l'accès aux services et une cohésion sociale forte. Le 23 mai 2025, l'OMS a adopté une résolution historique reconnaissant les liens sociaux comme déterminant majeur de la santé, érigeant les actions en ce sens en priorité mondiale.

Pour les entreprises, cela implique de créer des environnements propices à des relations saines et durables, dans tous les « territoires » de vie – du bureau aux espaces virtuels.

En termes d'IE, négliger le soutien social expose à des risques majeurs : isolement des employés menant à une baisse de productivité, une augmentation des arrêts de travail, un turnover élevé et des coûts indirects liés aux soins. Des rapports stratégiques, comme ceux du Ministère du Travail et des Solidarités, estiment que l'isolement génère des pertes économiques équivalant à plusieurs points de PIB dans les pays industrialisés.

Pour les spécialistes en IE, valoriser ce déterminant signifie intégrer des analyses de réseaux sociaux internes dans les stratégies de veille, afin de détecter les fractures relationnelles qui pourraient favoriser des fuites d'informations sensibles ou affaiblir la chaîne de décision.
 

Santé Mentale Positive au travail : un atout pour la compétitivité économique

Appliquer la santé mentale positive au milieu professionnel transforme l'entreprise en un écosystème résilient. Dans un monde où les talents sont la première richesse stratégique, prendre soin du travail – en réduisant le mal-être et en instillant un sens à l'activité – devient impératif.

Les employés percevant leur rôle comme socialement utile sont plus engagés, innovants et loyaux, des qualités essentielles pour l'IE qui repose sur la collecte et l'analyse d'informations critiques.

Développer les compétences via la formation professionnelle, valoriser les savoir-faire et favoriser l'expression autonome sont des leviers managériaux directs.

Selon Yves Clot (2010), chacun est « engagé dans plusieurs mondes à la fois », rendant crucial l'équilibre entre vie professionnelle et personnelle.

Les entreprises proactives, notamment face au vieillissement de la population ou aux situations de handicap, évitent les déséquilibres qui pourraient mener à des vulnérabilités stratégiques, comme une perte de continuité opérationnelle.

L'aménagement de l'environnement – spatial, temporel et organisationnel – impacte positivement les fonctions cognitives et psychiques, réduisant les risques professionnels.

Des collaborations interdisciplinaires, impliquant ergothérapeutes, ergonomes et services de santé au travail, renforcent cette approche.

Pour l'IE, cela se traduit par une veille sur les meilleures pratiques internationales, comme la charte d'engagement pour la santé mentale au travail portée par l'Alliance pour la santé mentale (Travail-emploi.gouv.fr).

En intégrant ces éléments, les entreprises non seulement améliorent le bien-être de leurs salariés, mais boostent leur production, leur compétitivité et leur capacité à anticiper les disruptions.
 

Stratégies d'Intégration en Intelligence Économique

Pour valoriser pleinement l'attention à la santé mentale, les spécialistes en IE doivent adopter une approche proactive.

Ce qui inclut l'intégration de la santé mentale dans les matrices d'analyse SWOT (Strengths, Weaknesses, Opportunities, Threats), où elle figure comme une force interne ou une menace externe.

Par exemple, dans un contexte de guerre économique, un personnel en bonne santé mentale est plus résistant aux manipulations psychologiques ou aux cyberattaques sociales.

Des outils de veille dédiés, comme des tableaux monitorant les indicateurs de bien-être via des sondages anonymes ou des analyses de données RH, permettent de prévenir les crises.

La Grande cause nationale 2026 sur la santé mentale (info.gouv.fr) offre un cadre propice pour des partenariats public-privé, où les entreprises peuvent co-construire des politiques alignées sur leurs objectifs stratégiques.

Enfin, former les managers à l'IE humaine – reconnaissance des signaux de détresse, promotion du soutien pair – renforce la culture organisationnelle, transformant la santé mentale en vecteur de différenciation concurrentielle.
 

En conclusion

La santé mentale positive n'est plus un luxe philanthropique, mais un impératif stratégique pour les entreprises engagées dans l'intelligence économique.

En valorisant l'attention portée aux employés – via des mesures adaptées, un soutien social renforcé et des environnements de travail équilibrés –, les organisations gagnent en résilience, en innovation et en compétitivité.

À l'horizon 2026, avec la santé mentale comme grande cause nationale, les spécialistes en IE ont l'opportunité de repositionner l'humain au cœur de leurs stratégies, évitant les coûts cachés de l'isolement tout en capitalisant sur un capital humain épanoui.

Ignorer cet enjeu reviendrait à céder un avantage décisif à la concurrence ; l'adopter, c'est investir dans un avenir durable et performant.
 

Pour aller plus loin :


A propos de l'auteur

Stéphanie HEDDEBAUT, Ergothérapeute, Master 2 Ingénierie Pédagogique des formations de santé,
Cadre de Direction Pédagogique,
Responsable pédagogique
Institut de formation en Ergothérapie de Berck – sur – mer, site de Loos-Eurasanté

En collaboration avec ...

Carole Serra, ergothérapeute, Master 2 de Cadre de santé en management des services sanitaires et médico-sociaux, responsable pédagogique à IFE de Berck site de Loos.
Instituts de Formation en Masso-Kinésithérapie (www.ifmkberck.com) et Ergothérapie (www.ifergo-berck.com).

et de ...

Jean-Marie Carrara. Docteur en Pharmacie et diplômé de Biologie Humaine.
Professeur des Universités Associé
ll est auditeur en Intelligence Economique et Stratégique à l'Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN).