Nous avons rencontré il y a quelques jours Olivier Urrutia, Délégué général de la Fédération du Commerce Coopératif et Associé pour éclairer les dynamiques locales et les politiques publiques actuelles qui font du commerce de proximité un marqueur décisif de la vitalité des territoires.
Aujourd'hui, nous le retrouvons pour explorer les solutions qui s'offrent à nous pour "réenchanter" les centres‑villes grâce au dynamisme du commerce de proximité.
Quels sont, selon vous, les leviers les plus urgents pour enrayer la dévitalisation des centres-villes ?
La première urgence consiste à repenser les flux qui structurent les centralités. L’histoire urbaine montre que les villes prospèrent là où convergent les mobilités : hier les gares, aujourd’hui les bassins de vie bien connectés. L’accessibilité conditionne la fréquentation, et donc la vitalité commerciale. Sans flux, pas de commerce ; sans commerce, pas de centralité vivante.
À cela s’ajoute la nécessité de garantir une diversité commerciale capable de répondre aux besoins de toutes les catégories de consommateurs. Un centre-ville attractif est un centre-ville où l’on trouve de tout, pour tous, dans un environnement sûr et bien entretenu. La sécurité des biens et des personnes, la propreté de la voirie, la qualité de l’espace public ne sont pas des détails : ce sont des prérequis à toute dynamique commerciale.
Enfin, penser l’attractivité suppose une vision de long terme et une action constante. Les politiques territoriales ne peuvent plus être fragmentées : elles doivent articuler urbanisme, mobilités, foncier, commerce et cadre de vie dans une approche cohérente.
À cela s’ajoute la nécessité de garantir une diversité commerciale capable de répondre aux besoins de toutes les catégories de consommateurs. Un centre-ville attractif est un centre-ville où l’on trouve de tout, pour tous, dans un environnement sûr et bien entretenu. La sécurité des biens et des personnes, la propreté de la voirie, la qualité de l’espace public ne sont pas des détails : ce sont des prérequis à toute dynamique commerciale.
Enfin, penser l’attractivité suppose une vision de long terme et une action constante. Les politiques territoriales ne peuvent plus être fragmentées : elles doivent articuler urbanisme, mobilités, foncier, commerce et cadre de vie dans une approche cohérente.
Comment concilier accessibilité, transition écologique et maintien d’une activité économique dynamique ?
La question des mobilités cristallise aujourd’hui une grande partie des tensions locales, car elle se situe à la croisée de trois impératifs souvent perçus comme contradictoires : garantir l’accessibilité, préserver la vitalité économique et accompagner la transition écologique. Pourtant, ces objectifs peuvent être conciliés si l’on adopte une vision systémique des flux urbains.
Il faut d’abord dépasser une lecture binaire de l’accessibilité, longtemps réduite à la voiture. Un centre-ville attractif est un espace où l’on peut venir à pied, à vélo, en transports collectifs ou en voiture selon les besoins et les moments. La transition écologique ne signifie pas l’exclusion de l’automobile, mais son intégration dans un système de mobilités équilibré. Pour les commerçants, l’enjeu n’est pas tant la quantité de stationnement que la lisibilité et la fluidité des parcours.
La gestion intelligente du stationnement devient alors un levier majeur : tarification adaptée, rotation des places de courte durée, orientation vers des parkings de proximité, information en temps réel. Pensée comme un outil de régulation, elle soutient l’activité économique plutôt qu’elle ne la freine.
La qualité de l’espace public joue également un rôle déterminant. Les centralités commerçantes prospèrent dans des environnements agréables : trottoirs élargis, végétalisation, mobilier urbain soigné, rues partagées. Une ville commerçante est avant tout une ville praticable.
Enfin, la logistique urbaine doit être repensée. Créneaux dédiés, micro-hubs en périphérie, livraison du dernier kilomètre décarbonée : organiser les flux de marchandises est devenu essentiel à l’heure du commerce en ligne. Sans cela, les nuisances augmentent et la compétitivité des commerces locaux s’affaiblit.
Il faut d’abord dépasser une lecture binaire de l’accessibilité, longtemps réduite à la voiture. Un centre-ville attractif est un espace où l’on peut venir à pied, à vélo, en transports collectifs ou en voiture selon les besoins et les moments. La transition écologique ne signifie pas l’exclusion de l’automobile, mais son intégration dans un système de mobilités équilibré. Pour les commerçants, l’enjeu n’est pas tant la quantité de stationnement que la lisibilité et la fluidité des parcours.
La gestion intelligente du stationnement devient alors un levier majeur : tarification adaptée, rotation des places de courte durée, orientation vers des parkings de proximité, information en temps réel. Pensée comme un outil de régulation, elle soutient l’activité économique plutôt qu’elle ne la freine.
La qualité de l’espace public joue également un rôle déterminant. Les centralités commerçantes prospèrent dans des environnements agréables : trottoirs élargis, végétalisation, mobilier urbain soigné, rues partagées. Une ville commerçante est avant tout une ville praticable.
Enfin, la logistique urbaine doit être repensée. Créneaux dédiés, micro-hubs en périphérie, livraison du dernier kilomètre décarbonée : organiser les flux de marchandises est devenu essentiel à l’heure du commerce en ligne. Sans cela, les nuisances augmentent et la compétitivité des commerces locaux s’affaiblit.
Vous évoquez une concurrence déloyale entre commerce local et plateformes en ligne. En quoi cela fragilise-t-il les centralités ?
Le commerce local fait aujourd’hui face à des contraintes multiples — réglementaires, fiscales, logistiques — qui profitent largement aux grandes plateformes, souvent étrangères, qui y échappent. Le résultat est une concurrence faussée, qui fragilise les commerces physiques, pourtant essentiels à la vie des centres-villes.
Cette asymétrie crée un déséquilibre profond : les plateformes captent une part croissante de la consommation sans contribuer de manière équivalente à l’entretien de l’espace public, à la vie locale ou à la cohésion sociale. À terme, c’est l’ensemble du tissu commercial de proximité qui se trouve menacé.
Cette asymétrie crée un déséquilibre profond : les plateformes captent une part croissante de la consommation sans contribuer de manière équivalente à l’entretien de l’espace public, à la vie locale ou à la cohésion sociale. À terme, c’est l’ensemble du tissu commercial de proximité qui se trouve menacé.
Quels risques fait peser le “mur de la transmission” sur les territoires si les dispositifs comme le pacte Dutreil ne sont pas renforcés ?
La France devra affronter plus de 500 000 transmissions d’entreprises d’ici 2030. Sans dispositifs efficaces pour accompagner ces reprises, nombre d’entre elles risquent de fermer faute de repreneurs locaux ou d’être rachetées par des acteurs extérieurs, parfois étrangers. Les conséquences seraient lourdes : décommercialisation, pertes d’emplois, baisse des recettes fiscales, affaiblissement du lien social.
Les élus locaux devraient être parmi les premiers défenseurs de ces outils, car ils conditionnent le maintien de l’activité économique sur leur territoire. Le pacte Dutreil, malgré quelques ajustements nécessaires — notamment l’exclusion des biens somptuaires — a fait ses preuves.
D’ailleurs, plusieurs pays européens disposent de dispositifs similaires, souvent plus ambitieux encore.
Les élus locaux devraient être parmi les premiers défenseurs de ces outils, car ils conditionnent le maintien de l’activité économique sur leur territoire. Le pacte Dutreil, malgré quelques ajustements nécessaires — notamment l’exclusion des biens somptuaires — a fait ses preuves.
D’ailleurs, plusieurs pays européens disposent de dispositifs similaires, souvent plus ambitieux encore.
Peut-être une remarque plus personnelle, une recommandation, un conseil de lecture, un rendez-vous…
Sur un plan personnel, je suis convaincu, pour le commerce et plus largement pour notre pays, que le politique doit retrouver de l’ambition pour se montrer digne des responsabilités qui lui sont conférées et à la hauteur des nombreux défis qui se dressent.
Hauteur de vue, cohérence, capacité à concilier et efficacité, c’est ce que de nombreux Français attendent. Justement, la souveraineté est aujourd’hui avec le retour du fait géopolitique dans toutes les discussions. Je donne donc rendez-vous le 2 juin à la Cité Universitaire Internationale de Paris, pour les Rencontres du commerce coopératif et associé, à tous ceux qui sont intéressés de découvrir ce que sont les enjeux d’un commerce français souverain.
Pour la lecture, mes deux lectures récentes m’ont particulièrement intéressées : Comment marche vraiment le monde, de Vaclav Smil et C’est de l’eau, de David Foster Wallace que j’ai trouvé bouleversant et édifiant sur ce que signifie mener sa vie.
Hauteur de vue, cohérence, capacité à concilier et efficacité, c’est ce que de nombreux Français attendent. Justement, la souveraineté est aujourd’hui avec le retour du fait géopolitique dans toutes les discussions. Je donne donc rendez-vous le 2 juin à la Cité Universitaire Internationale de Paris, pour les Rencontres du commerce coopératif et associé, à tous ceux qui sont intéressés de découvrir ce que sont les enjeux d’un commerce français souverain.
Pour la lecture, mes deux lectures récentes m’ont particulièrement intéressées : Comment marche vraiment le monde, de Vaclav Smil et C’est de l’eau, de David Foster Wallace que j’ai trouvé bouleversant et édifiant sur ce que signifie mener sa vie.
Merci Olivier et rendez-vous le 2 juin au Rencontres du commerce coopératif et associé !
A propos de ...
Olivier Urrutia est délégué général de la Fédération du commerce coopératif et associé (FCA), au cœur des relations entre acteurs économiques et décideurs publics. Il exerce parallèlement plusieurs mandats au sein d’institutions publiques et privées, en France et au niveau européen, qui le placent au croisement des enjeux de gouvernance, de régulation et de stratégie des organisations.
Il a précédemment accompagné, comme directeur conseil et senior advisor, de nombreux dirigeants et institutions sur leurs problématiques d’influence stratégique et d’affaires publiques. Il a également fondé et dirigé un cabinet dédié à l’accompagnement des acteurs publics et privés dans leur management opérationnel et stratégique.
Ancien directeur général de l’Observatoire européen des think tanks, Olivier intervient régulièrement auprès de cadres dirigeants à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) pour les Services du Premier ministre.
Il enseigne également à Sciences Po et dans plusieurs grandes écoles et universités, et participe à la gouvernance de différents laboratoires d’idées. Docteur en Science politique, ancien chercheur associé à l’Université Paris-Saclay (LITEM), membre de l’Association Internationale de Management Stratégique, il a été distingué en 2019 par l’Institut Choiseul Espagne parmi les « Economic Leaders for Tomorrow ».

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