Géopolitique

Trump enterre le multilatéralisme : le retrait américain des organisations internationales.

Tribune libre Par Giuseppe Gagliano, Cestudec


Jacqueline Sala
Samedi 10 Janvier 2026


En se retirant simultanément de 66 organisations internationales, Washington opère bien plus qu’un recentrage budgétaire : il renverse l’un des fondements de l’ordre libéral bâti depuis 1945. Cette rupture méthodique, portée par l’administration Trump et théorisée par Marco Rubio, consacre la primauté absolue de l’intérêt national américain et accélère l’érosion du multilatéralisme, laissant l’Europe et l’ONU face à un vide stratégique inédit.



Trump enterre le multilatéralisme : le retrait américain des organisations internationales.

La fin d'un pilier de l'ordre libéral

Par un acte au poids politique considérable, Donald J. Trump a signé un Presidential Memorandum ordonnant le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales. Il ne s'agit ni d'un geste symbolique ni d'une posture conjoncturelle, mais d'un choix structurel visant à démanteler l'architecture multilatérale issue de l'après-guerre. Washington met fin à sa participation et à son financement de 35 organismes non liés à l'ONU et de 31 entités onusiennes, actant une rupture stratégique.

La revue de Rubio et la primauté de l'intérêt national

La décision est l'aboutissement d'une révision lancée début 2025 par le secrétaire d'État Marco Rubio, sur la base d'un Executive Order de février. La Maison-Blanche affirme que nombre de ces organisations promeuvent des « agendas globalistes » incompatibles avec la souveraineté, la prospérité économique et la sécurité nationale des États-Unis, tout en engloutissant des milliards sans retombées tangibles.

La ligne est claire : l'Amérique n'entend plus financer des structures dont le retour en puissance, en sécurité ou en croissance est jugé insuffisant.

Climat et expertise scientifique dans le viseur

Parmi les retraits les plus significatifs figurent des piliers de la gouvernance climatique, tels que la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'evolution du climat.

Le message n'est pas tant la négation de l'enjeu environnemental que le refus d'un système perçu comme contraignant et peu contrôlable. Pour l'administration Trump, le climat relève d'abord de la politique industrielle et de la sécurité énergétique, non d'une concertation multilatérale.

Continuité de l'« America First »

Ce retrait massif s'inscrit dans une trajectoire déjà tracée : sortie de l'Accord de Paris et de l'Organisation mondiale de la santé, abandon du Conseil des droits de l'homme, gel des financements de l'UNRWA, rejet de l'accord fiscal mondial de l'OCDE. La nouveauté n'est pas l'acte isolé, mais la systématicité.

Le multilatéralisme n'est pas réformé ; il est écarté.

L'Europe reléguée

La liste inclut des entités à forte empreinte européenne, signal d'un désengagement ciblé.
Les États-Unis quittent l'European Centre of Excellence for Countering Hybrid Threats et le Forum of European National Highway Research Laboratories. Washington réduit ainsi sa présence dans des forums où l'Europe tente de bâtir une autonomie stratégique, y compris sur des terrains traditionnellement partagés.

Ressources, puissance, priorités internes

La Maison-Blanche met en avant les économies budgétaires et la réaffectation des moyens vers les infrastructures, la défense et la sécurité des frontières. Mais l'enjeu est plus profond : les États-Unis revendiquent la liberté d'agir hors de cadres décisionnels collectifs, au profit de relations bilatérales, de négociations ad hoc et d'un usage sélectif des institutions.

Un ordre qui se délite

La décision de Trump n'abolit pas à elle seule le multilatéralisme, mais elle en accélère la crise.

Privées de leur principal financeur et garant politique, de nombreuses organisations verront leur poids et leur capacité d'action diminuer. Pour l'Europe et pour le système onusien s'ouvre une phase de fragilité structurelle : soit une refondation des instruments et des finalités, soit l'acceptation d'un monde plus fragmenté, où les règles cèdent devant les rapports de force.
 
Ce memorandum est, au fond, une déclaration d'intention. Les États-Unis choisissent d'être dans le monde non comme pivot d'un système partagé, mais comme puissance souveraine décidant au cas par cas, sans contraintes permanentes.

Le multilatéralisme tel que nous l'avons connu entre dans sa phase terminale.

A propos de l'auteur

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE).
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/ et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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