Prospective

La grande déstabilisation : quand l'information trop abondante signe la fin des certitudes économiques

THE 2028 GLOBAL INTELLIGENCE CRISIS A Thought Exercise in Financial History, from the Future


Jacqueline Sala
Lundi 2 Mars 2026


Ce rapport n'est qu'un scenario de prospective. Il doit donc être lu et compris comme tel, mais ne doit pas être ignoré. Entre 2026 et 2028, l’économie mondiale risque de basculer dans une zone inconnue. L’intelligence artificielle, longtemps perçue comme un levier d’optimisation, est devenue un facteur de rupture systémique. La rareté de l’intelligence humaine, socle implicite de la création de valeur depuis deux siècles, s’est évaporée. Et avec elle, l’équilibre fragile qui tenait ensemble travail, consommation et crédit. Où sont les réponses ?



Commentaire de André-Benoît De Jaegere

La grande déstabilisation : quand l'information trop abondante signe la fin des certitudes économiques
Le scénario de Citrini Research s'appuie explicitement sur une hypothèse extrême : un monde où toutes les promesses actuelles de l'IA sur lesquelles se fondent les anticipations qui valorisent les titres cotés, se réalisent simultanément. Il en pointe alors la conséquence logique :  l'"unwind" de la rareté cognitive qui a structuré deux siècles d'économie moderne. Et il en explore les effets inattendus. Le rapport anticipe ainsi un chômage à 10,2 % en 2028 et une chute du S&P 500 de –38 % depuis ses sommets de 2026, conséquence d'une productivité dopée mais d'une consommation effondrée — le fameux Ghost GDP. Les marchés ont brièvement réagi à cette narration et à l'annonce simultané et indépendante faite par Anthropic sur Claude et l'optimisation du Cobol : IBM a perdu –13 % (Bloomsberg) en une séance, sa pire depuis 2000, tandis que Datadog, Zscaler ou Crowdstrike chutaient de –9 %. (the independent).
 
Pour autant, plusieurs experts tempèrent la thèse : Citadel Securities indique qu'il existe « little evidence of AI disruption in labor market data today » et juge « more likely that AI will be a complement rather than a substitute for labor ». Deutsche Bank, via son outil dbLumina , considère même le mémo comme un texte « de persuasive emotional rhetoric » avec un ratio négatif/positif de 3,4:1 plutôt qu'un signal économique robuste. Mais le scénario pointe un risque réel : un régulateur systématiquement en retard, confronté à un modèle fiscal et social inadapté à l'automatisation accélérée. 
Dans un marché américain où les valorisations — ratio equity/profit — flirtent déjà avec les niveaux observés avant l'éclatement des grandes bulles, l'exercice prospectif de Citrini agit comme un stress‑test utile. L'enjeu n'est pas d'adhérer au scénario, mais de reconnaître la vulnérabilité d'un système financier et social qui pourrait vaciller si l'IA déplace trop vite la valeur sans adaptation institutionnelle mais aussi invité les investisseurs a un regard plus critique sur les 600 milliards de dollars d'investissement annoncés par les hyperscaleurs en 2026.  

André-Benoît De Jaegere

La spirale qui a tout entraîné

La crise n’a pas éclaté d’un coup. Elle s’est installée comme un engrenage, une mécanique implacable où chaque amélioration de l’IA renforçait la pression sur l’économie réelle.

Les entreprises, séduites par des agents toujours plus performants, ont réduit leurs effectifs pour préserver leurs marges. Les ménages, privés de revenus stables, ont comprimé leur consommation. Et cette contraction a poussé les entreprises à automatiser davantage encore. Le cercle vicieux était lancé.

Dans ce contexte, un phénomène inédit est apparu : le PIB fantôme. La productivité nationale a bondi, mais sans effet sur la circulation monétaire. Les machines produisent, mais ne consomment pas. La richesse se concentre entre les mains de ceux qui contrôlent le calcul, tandis que la vitesse de circulation de la monnaie s’effondre. Une économie qui croît sans respirer finit par étouffer.

La disparition silencieuse de l’intermédiation

L’autre choc, plus discret mais tout aussi dévastateur, est venu de la fin de la friction. Pendant des décennies, des pans entiers de l’économie ont prospéré sur les limites humaines : manque de temps, d’information, d’attention. Les agents autonomes ont balayé ces imperfections. Le logiciel s’est retrouvé clonable en quelques semaines.

Le commerce en ligne a perdu ses marges de confort, les IA comparant instantanément toutes les offres. L’immobilier a vu ses commissions fondre, les données devenant parfaitement transparentes. Les services financiers ont été court-circuités par des paiements automatisés en stablecoins. Ce que beaucoup appelaient des “relations clients” n’était souvent qu’une friction habillée. Une fois retirée, la valeur s’est évaporée.

Le crédit, maillon faible d’un système trop confiant

Le choc économique s’est propagé au système financier, bâti sur une hypothèse implicite : les revenus des cols blancs sont stables, prévisibles, croissants. Lorsque cette base s’est fissurée, tout s’est mis à trembler. Le crédit privé, dopé par des années de “capital permanent”, a encaissé des défauts massifs.

L’affaire Zendesk en 2027 a marqué un tournant : un modèle fondé sur des revenus récurrents s’est effondré du jour au lendemain, l’IA rendant caducs les services humains qui les généraient. Puis l’immobilier a vacillé. Non pas à cause de mauvais emprunteurs, mais parce que des emprunteurs excellents ont vu leurs revenus s’éroder.
Les villes autrefois sanctuarisées ont enregistré des baisses de prix inédites, tandis que les ménages s’acharnaient à payer leurs prêts en sacrifiant toute consommation discrétionnaire.

L’État face à un modèle fiscal obsolète

Au moment où les ménages avaient le plus besoin de soutien, l’État a découvert que sa base fiscale fondait. Taxer le travail humain n’a plus de sens quand la valeur provient du calcul. Les recettes se sont contractées, les besoins ont explosé. Les premières réponses politiques ont tenté de réinventer la redistribution : taxe sur l’inférence, droit public sur les revenus de l’infrastructure d’IA, transferts financés par la dette.

Mais ces mesures ont alimenté un climat social déjà inflammable. Le mouvement “Occupy Silicon Valley ” a cristallisé une colère nouvelle, dirigée non plus contre la finance mais contre les laboratoires d’IA, accusés de capter une prospérité devenue inaccessible au reste de la population.


La fin de la rareté cognitive et le désordre économique mondial

La crise de 2026-2028 marquerait un tournant historique : l’intelligence n’est plus rare. Et lorsque l’intrant principal d’un système économique devient abondant, c’est tout le système qui doit être repensé.

Le monde n’est pas confronté à une simple transition technologique, mais à un réajustement profond de la valeur, du travail et du rôle des institutions. La question n’est plus de savoir si l’IA peut tout faire, mais si nos structures économiques peuvent survivre à un monde où elle le fait effectivement. 

A propos de...

Ce document mémo macroéconomique de CitriniResearch, retrace la dynamique et les effets de la crise mondiale de l’intelligence. Il présente un scénario prospectif, et non une prédiction. Il ne s’agit ni d’un récit alarmiste ni d’une fiction dystopique sur l’intelligence artificielle. L’objectif est d’explorer une trajectoire possible, encore peu étudiée, et de la modéliser de manière cohérente.

En partenariat avec La Fabrique du Futur

La Fabrique du Futur est un laboratoire d’innovation et de prospective qui aide les organisations à anticiper les transformations et à se projeter dans des futurs possibles. À la croisée de la stratégie, de l’intelligence collective et des sciences du futur, elle conçoit des dispositifs immersifs, des récits prospectifs et des méthodes d’exploration qui permettent aux entreprises de dépasser la simple analyse des tendances pour devenir actrices de leur propre avenir.
Son approche repose sur l’expérimentation, la mise en situation et la mobilisation des imaginaires, avec une conviction forte : on ne transforme pas une organisation par des rapports, mais par des expériences de futur vécues collectivement.