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Rencontre avec Karima Rafes. Le Web sémantique par BorderCloud


David Commarmond


Fondatrice de la société BorderCloud en 2010, Karima Rafes exerce le métier de développeur Web sémantique depuis 2006. Sa société propose des formations, du conseil mais surtout des logiciels qui visent à faciliter le travail des data scientists et des chercheurs au sein de leurs entreprises ou de leurs universités.



VM. Vous vous définissez comme développeuse Web sémantique qu’entendez vous par là ? Est ce un nouveau métier ?

Le terme de développeur est largement dévalorisé en France depuis des décennies.
 
Pourtant sans les développeurs Web le plus grand système d’information que l’humanité n’ait jamais connu, n’aurait jamais pu voir le jour.
 
En indiquant que je suis développeuse Web sémantique, je veux m’inscrire dans cette longue chaîne des bâtisseurs de l’informatique, de l’Internet, du Web et demain, du Web sémantique.


VM. Qu’est-ce que le web sémantique ?

A l’origine, le Web sémantique est un mouvement collaboratif mené par le World Wide Web Consortium (W3C) qui a en charge de poursuivre la construction du Web en définissant des méthodes communes pour échanger des données.
 

L'expression a été inventée en 2001 par Tim Berners-Lee, l'inventeur du Web. Le Web sémantique permettra l'émergence de nouvelles connaissances en s'appuyant sur les informations déjà présentes sur le Web.
 

Aujourd’hui, le déploiement du Web des données ou Linked Data, en anglais, au sein des universités comme à l’université Paris Saclay au travers du Center for Data Science est l’un des premiers résultats de la mise en oeuvre concrète du Web sémantique afin d’accélérer la production de nouvelles connaissances par les chercheurs.


VM. Le monde scientifique n’est pas un long fleuve tranquille et domestiqué, mais un fleuve plutôt sauvage et impétueux. Le web sémantique attise toujours les passions et ne laisse pas indifférent la communauté scientifique depuis ça création en 2001, pourquoi ?

Il y a une confusion entre le Web sémantique comme finalité et comme moyen.

Lorsqu’un scientifique travaille sur le Web sémantique, il travaille sur le futur du Web et sur les possibilités infinies que va offrir une source d’information illimité auprès des agents intelligents qui vont pouvoir utiliser ces informations liées.
 

Par contre pour ceux qui ne sont pas du domaine informatique, il y a souvent un abus de langage concernant l’utilisation du terme Web sémantique pour parler des technologies ou usages qui en résultent.
 

Il faut bien comprendre que l’utilisation des technologies du Web sémantique ne permet pas de dire que le Web sémantique est opérationnel aujourd’hui. Cette confusion a d’ailleurs poussé à la création du concept de Linked Data ou Web des données afin de dissocier les premiers résultats du Web sémantique de la finalité attendue et promise depuis 2001.
 

La différence entre la promesse et les premiers résultats technologiques sont donc décevant 16 ans après son annonce. Certains considèrent donc que le Web sémantique est une utopie et ne pourra jamais être mise en oeuvre. Cependant, si on considère qu’il a fallu 30 ans pour créer Internet pour pouvoir imaginer le Web en 1989 et ensuite 20 ans de plus pour l’humanité s’empare du Web. Il faudra probablement tout autant de temps pour prendre conscience qu’il est humainement impossible de démêler le vrai du faux sur le Web et que l’aide des agents intelligents deviendront indispensables pour aider les chercheurs dans leurs travaux et aider les particuliers dans leurs décisions de tous les jours.

 

VM. Quels sont les défis qu’il reste à relever pour voir le Web sémantique apparaître ?

Il existe de nombreux défis à relever. Le plus urgent est de vulgariser les technologies du Web des données auprès des développeurs et des administrateurs de systèmes d’information qui ne savent pas que ces technologies existent.
 

Pour exister un jour, le Web sémantique nécessite de mettre en place un système d’information interopérable et global au niveau des données sur toute la planète. A chaque fois qu’un développeur déploie un système d’information sur Internet sans prendre en compte les standards du Web des données, c’est à chaque fois des années de perdues pour la mise en oeuvre du Web sémantique.
 

Le deuxième défi à surmonter est de mettre en oeuvre ce que l’on nomme une ontologie globale. Cette ontologie doit servir à relier toutes les informations contenus dans le Web des données afin de faciliter le travail des agents intelligents et donc également des personnes qui les utiliseront. En 2015, Wikidata, un projet de la fondation Wikimédia (dont fait partie Wikipédia), commence à partager une ontologie globale en respectant les standards du Web des données. Ce projet va prendre une place prépondérante dans la gestion des connaissances du Web sémantique s’il se poursuit dans cette direction car des milliers de contributeurs structurent patiemment des milliards d’informations qui serviront de pierre de rosette auprès des agents intelligents qui pourront alors utiliser toutes les sources de données du Web des données qui s’interconneteront à Wikidata.


VM. Quel est l’état d'avancement des technologies ?

Les technologies permettant la mise en oeuvre du Web des données sont disponibles. Ces technologies permettent la décentralisation des données au travers du Web qui résout certains des problèmes que rencontrent les entreprises. Malheureusement, on compare souvent ces technologies aux technologies du Big Data qui n’ont pas cet objectif de réutilisation des connaissances dans le temps.
 

Le principal frein au déploiement de ces technologies est un problème de compétences des administrateurs des systèmes d’information.
 

BorderCloud avec l’aide de ses partenaires proposent, en plus de ces formations, une nouvelle certification afin  de devenir un administrateur de systèmes de connaissances. C’est un nouveau métier qui a pour principal objectif la gestion des connaissances de leur organisation et faciliter ainsi leurs valorisations dans le temps.

 

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