STRATEGIES

25 et 26 novembre. IES 2026. Deux jours pour comprendre l’intelligence économique en temps de confrontation


Jacqueline Sala
Mardi 8 Septembre 2026


Le Forum IES2026, organisé par la 3AF à Angoulême, réunira pendant deux jours les acteurs de l’intelligence économique, de la défense et de la recherche stratégique. Le programme de cette rencontre confirme une transformation profonde : l’intelligence économique quitte le registre de l'observation pour entrer dans celui de l’affrontement stratégique. Les intervenants proposeront des méthodes inédites, des signaux sociologiques inédits et des perspectives qui redéfinissent le rôle des organisations dans un environnement dominé par l’incertitude et la guerre cognitive.



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Stratégies ludiques et offensives

Dès le premier matin, Pierre Wroblewski et Michel Assouline donneront le ton, avant la conférence d’ouverture d’Alexandre Lahousse, directeur général adjoint de la DGA. Son intervention installe le cadre : l’intelligence économique n’est plus un outil périphérique, mais une capacité stratégique au cœur des politiques de défense.

Les premières sessions confirment cette orientation. Anne Drapeau (ArianeGroup) présente les travaux prospectifs de la CISP, tandis que Jérôme Mandelbaum (Airbus Defence & Space) expose la méthodologie Black Hat, approche offensive qui transforme l’intelligence collective en levier de performance commerciale. Félix Baranger (ESCP) analyse ensuite l’autonomie stratégique dans un contexte d’incertitudes croissantes, avant que Safran Aircraft Engines ne dévoile les ressorts du syndrome de l’imposteur inversé, phénomène où l’IA bouscule la légitimité de l’expert humain.


Prospective, HUMINT augmentée et nouvelles conflictualités

La matinée se poursuit avec Katia Kaeppelin (CEA), qui explore la manière dont la recherche européenne anticipe les innovations de rupture. Stéphane Chevalier (Bridge Partner) présente ensuite l’HUMINT augmentée, une approche qui combine sources humaines et IA pour renforcer la valeur stratégique des informations.

Les enjeux géopolitiques s’invitent également dans le programme avec Gilles Rodriguez (CEA), qui interroge les « puissances fossiles » à travers les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, tandis que Clotilde Chagny (CEA) dévoile le projet SPECULAR, nouvelle méthode d’analyse stratégique au service de l’industrie européenne.

L’IE à l’ère de l’IA : table ronde et retours d’expérience

L’après-midi s’ouvre sur une table ronde consacrée aux outils d’IE dans un environnement marqué par l’IA et les tensions géostratégiques. Les échanges réunissent Sophie Ulrich (ChapsVision), Arnaud Tupinier (EspritsCollaboratifs), Guillaume Scribe (SAHAR), Christophe Lecante (TKM), Ludovic Desgranges (Newscore) et Richard Lemaire (Niiwaa).

Les sessions suivantes plongent dans les zones grises avec Vincent Gaudio (Amanar Advisor), puis dans les méthodologies IA avec Thierry Lafon (La Poste Groupe). La DGA, Safran et Airbus apportent des retours d’expérience concrets sur la transformation des cellules IE. La diplomatie des données climatiques, présentée par Tania-Bénédicte M’Baka, ouvre une réflexion sur l’usage stratégique de la donnée environnementale. Jacques Loigerot (CETIM Senlis) clôture ce cycle en montrant comment l’IA transforme le veilleur en véritable guide décisionnel.

Ludification, prospective et attention décisionnelle

En fin de journée, les sessions croisent prospective et pédagogies innovantes. Anne Drapeau revient sur la place de la géopolitique dans les exercices d’anticipation, tandis que Laurent Couvé (CETIM Senlis) dévoile un jeu des 7 familles conçu pour faciliter l’appropriation des compétences clés du futur.

Timothée Silvestre (CEA) partage les enseignements du projet DATA 2040, avant que Gilles Rodriguez ne présente la ludopédagogie appliquée au nucléaire. La journée se termine avec les travaux de Matthieu Gioani et Félix Baranger sur la mise en place des stratégies d’anticipation, puis avec Xavier Lepage (IRENCO), qui montre comment les serious games captent l’attention des ComEx.

Deuxième journée : guerre cognitive, désinformation et rivalités technologiques

La conférence d’ouverture de Camille Lanet (DGA) lance une journée centrée sur les affrontements informationnels. Pierre-Antonin Rousseau (Université Bordeaux Montaigne) analyse la stratégie du proxy réputationnel, tandis que Nathalie Gourdin (Université Paris-Panthéon Assas) explore les capacités cognitives nécessaires pour décider dans un environnement dégradé. Aurélie Poquet (EGE) et Yann Giraud (Strat3gia) prolongent ces réflexions en examinant les transformations réglementaires et les manipulations informationnelles qui touchent les entreprises.

Les sessions géostratégiques abordent ensuite les dépendances critiques dans les semi-conducteurs avec Mourad Chabbi (GEM) et Nicolas Moinet (IAE Poitiers), puis les dynamiques de recherche dans l’aéronautique et l’espace avec Olivier Vasseur (ONERA). Arnaud de Morgny (EGE) décrypte les trajectoires géoéconomiques de l’offre, tandis que Marina Flamand (Université de Bordeaux) analyse les collaborations sino-européennes dans l’hydrogène. Philippe Clerc et Patrick Cappe de Baillon (CEA) interrogent la réalité pan-industrielle, avant qu’Olivier Coussi (Université de Poitiers) ne présente l’intelligence économique territoriale de défense. Anne Kerouë (Dassault Aviation) clôture ce cycle avec un retour d’expérience sur la veille technologique.

Hybridation des compétences et industrialisation du sens

L’après-midi s’ouvre sur une table ronde géopolitique réunissant Airbus, l’Université de Bordeaux et Astra G. Sylvie Plantier (Airbus) explore l’animation des réseaux d’intelligence collective, tandis que Maxime Esmaeilzadeh (Airbus Defence & Space) présente le vibe coding, nouvelle manière de flexibiliser les rendus IE. Steve Pitol (DGA) interroge le rôle social de l’analyste, avant qu’Eric Alexandre (EGE) ne questionne la convergence des analyses stratégiques induite par les IA génératives.

Les dernières sessions abordent les effets hybrides des conflits avec Jamel Metmati (Cyber Science Institut), puis les menaces hybrides avec Bertrand Charles (Consors). Anne Krupicka et Christian Marcon (Université de Poitiers) analysent l’influence comportementale dans les écosystèmes industriels, tandis que Ludovic Huth (Campus OSINT) détaille les actions menées au profit de la BITD. Yassir Lahrach (IAE Poitiers) explore les stratégies-réseaux et la diplomatie non officielle, avant que Philippe Chabrol (Affinis Conseil) ne montre comment l’IE transforme la masse d’informations ouvertes en avantage stratégique.
 

IES2026 confirme son rôle de rendez-vous majeur pour comprendre les mutations de l’intelligence économique

En deux jours, le forum dessine une discipline en pleine transformation, au croisement de la souveraineté, de l’IA, de la géopolitique et des nouvelles conflictualités. Un espace où l’information devient un levier d’action, et où les organisations apprennent à décider dans un monde sans certitudes.

PROGRAMME


IES2026 — Les acteurs qui structurent l’événement

Dans les coulisses du Forum IES2026, un acteur central orchestre l’ensemble : la 3AF, l’Association Aéronautique et Astronautique de France. C’est elle qui porte la vision, structure le programme et rassemble les communautés stratégiques autour d’un enjeu devenu vital pour les organisations : comprendre et maîtriser l’intelligence économique dans un monde d’affrontements géostratégiques. La 3AF s’impose comme un pivot entre la recherche, l’industrie et les institutions de défense. Son rôle dépasse l’organisation logistique ; elle crée un espace où se rencontrent les ingénieurs, les analystes, les décideurs et les experts qui façonnent les souverainetés technologiques de demain.

Autour d’elle, les partenaires donnent au forum sa profondeur stratégique. Le Ministère des Armées et la DGA apportent la dimension souveraine, en inscrivant l’intelligence économique dans les politiques de défense et les pratiques opérationnelles. L’ONERA renforce la dimension scientifique en éclairant les dynamiques technologiques qui redéfinissent les rapports de puissance. Les grands industriels — Airbus, Dassault Aviation, Naval Group, Thales, Safran — incarnent la réalité du terrain. Leurs interventions montrent comment l’IE s’inscrit dans les chaînes industrielles critiques, les programmes de défense et les environnements technologiques où chaque information peut devenir un avantage décisif.
Le forum s’appuie aussi sur des partenaires qui structurent l’écosystème informationnel. Visibrain apporte son expertise sur les réseaux sociaux et les signaux faibles. Veille Mag accompagne la diffusion des travaux et renforce la visibilité de la discipline. Aerospace Valley rappelle que la souveraineté se construit aussi dans les territoires, au plus près des clusters industriels. Enfin, le Portail de l’IE et les acteurs de la diplomatie économique prolongent la dynamique de réseau, en connectant les praticiens et les institutions qui font évoluer les méthodes et les doctrines.

IES2026 n’est pas seulement un forum. C’est une coalition stratégique où se croisent ceux qui produisent la technologie, ceux qui la protègent, ceux qui l’analysent et ceux qui anticipent les ruptures à venir. Une scène où l’intelligence économique devient un outil d’action, et où les organisations apprennent à décider dans un monde qui ne leur laisse plus le droit à l’erreur.