Intelligence artificielle

Ce que les mots de l'année disent de nous, une époque saturée de contenus : la nôtre !


Jacqueline Sala
Dimanche 18 Janvier 2026


En sacrant « slop » mot de l’année 2025, Merriam‑Webster ne s’est pas contenté de suivre une tendance. Le dictionnaire a mis un nom sur l’un des grands malaises numériques de notre époque : l’invasion massive de contenus creux, générés à la chaîne, qui saturent nos écrans et brouillent notre rapport au réel.




Un mot court, un diagnostic brutal

Nous vous avions parlé de « rage bait » élu mot de l’année 2025 par l’Oxford University Press, l’institution qui publie l’Oxford English Dictionary. Veillemag :  ""Rage bait". Quand la colère devient un produit et un piège'

Aujourd'hui,  c'est un mot de 4 lettres « Slop », qui parle de nous. Le terme désigne ce déluge de contenus numériques de basse qualité, produits en quantité industrielle, souvent par l’intelligence artificielle. Vidéos absurdes, images publicitaires bancales, fake news léchées, livres écrits en quelques secondes… tout ce qui transforme nos fils d’actualité en un flux continu de bruit.

En choisissant « slop », Merriam‑Webster ne décrit pas seulement un phénomène. Le dictionnaire met en lumière une anxiété collective face à la transformation accélérée de l’information.

L’IA, accélérateur de déchets numériques, sans recyclage

Le « slop » n’est pas né d'hier, mais l’essor de l’IA lui a donné une ampleur totalement nouvelle. La production de contenu n’a jamais été aussi simple, ni aussi déshumanisée, au point que les réseaux sociaux prennent désormais des allures de décharge algorithmique où l’essentiel se perd dans un flot d’insignifiances.

Même les médias américains s’en inquiètent. The Wall Street Journal décrit un « AI slop » omniprésent, tandis que CNET parle d’un véritable « antisocial wasteland », un désert social où la présence humaine s’efface derrière les automatismes.


Un mot ancien, une inquiétude très contemporaine

Historiquement, slop signifiait « boue molle » ou « déchet ». Aujourd’hui, il désigne ce qui colle, encombre, ralentit. Ce qui s’accumule sans jamais nourrir.

Le parallèle est saisissant : nos écrans sont devenus des terrains boueux où l’on avance à tâtons, cherchant le vrai au milieu du faux, le sens au milieu du bruit.


Un miroir de nos inquiétudes numériques

Le mot résume à lui seul une année marquée par l’essor fulgurant de l’IA, les débats sur l’authenticité, et la difficulté croissante à naviguer dans un univers saturé de contenus.

Derrière l’humour du terme se cache une invitation à la vigilance. Nommer le « slop », c’est déjà commencer à le reconnaître, à le filtrer, à le questionner.
Et peut‑être, à réapprendre à chercher — et à valoriser — ce qui a réellement du sens.


Ce que les mots de l’année disent de nous

Les mots de l’année 2025 racontent une époque traversée par des tensions sociales, politiques et technologiques.
Merriam‑Webster a choisi « slop », symbole de l’invasion de contenus numériques de faible qualité générés par l’IA, tandis que le Cambridge Dictionary a retenu « parasocial », reflet de ces relations à sens unique qui se multiplient entre public, influenceurs et figures médiatiques.
En France, Le Robert met en avant la forte progression de termes comme « masculinisme », « conclave » ou « wesh », témoins d’un climat marqué à la fois par les débats de société, les crispations géopolitiques et l’évolution des usages linguistiques.