De Mirapolis à EuropaCity : les fantômes du gigantisme foncier
Pour espérer s'imposer durablement, les promoteurs saoudiens et peut être aussi les élus locaux devront impérativement tenir compte des leçons des échecs retentissant de Mirapolis (fermé en 1991) et, plus encore, de l’abandon d'EuropaCity sur le Triangle de Gonesse fin 2019.
Esquiver le "hubris foncier" : l’atout de la friche industrielle
L'une des raisons majeures de la chute d'EuropaCity réside dans son hubris foncier déconnecté des réalités écologiques.
Pour rappel, le projet prévoyait l'urbanisation de 248 hectares de terres agricoles particulièrement fertiles, provoquant la colère légitime des locaux et des associations face au sacrifice de la biodiversité et de l'outil de travail agricole.
À Cergy-Pontoise, le projet saoudien tente d'esquiver cet écueil de l'étalement brut en s’implantant directement sur la friche existante de l'ancien parc Mirapolis. Toutefois, l'occupation du sol ne fait pas tout : le projet saoudien devra composer avec une exigence de transparence et de co-construction avec les populations et les collectivités locales, une dimension que les promoteurs d’EuropaCity avaient totalement négligée, précipitant leur rejet par le tissu associatif local.
Pour rappel, le projet prévoyait l'urbanisation de 248 hectares de terres agricoles particulièrement fertiles, provoquant la colère légitime des locaux et des associations face au sacrifice de la biodiversité et de l'outil de travail agricole.
À Cergy-Pontoise, le projet saoudien tente d'esquiver cet écueil de l'étalement brut en s’implantant directement sur la friche existante de l'ancien parc Mirapolis. Toutefois, l'occupation du sol ne fait pas tout : le projet saoudien devra composer avec une exigence de transparence et de co-construction avec les populations et les collectivités locales, une dimension que les promoteurs d’EuropaCity avaient totalement négligée, précipitant leur rejet par le tissu associatif local.
L'exigence de comptabilité climatique et le défi des transports
Sur le plan juridique, EuropaCity a subi un coup d’arrêt fatal lorsque le Tribunal administratif de Cergy a annulé la création de sa ZAC en 2018, pointant l'insuffisance flagrante de son étude d'impact environnemental. Le juge avait alors sanctionné l'absence d'évaluation quantitative des émissions de CO2 indirectes induites par les déplacements terrestres et aériens des futurs millions de touristes.
Espérons que la leçon sera retenue, et que le projet de Cergy-Pontoise soumis aux mêmes contraintes méthodologiques, cochera toutes les cases. En effet, l'arrivée de flux de visiteurs internationaux considérables exercera une pression extrême sur des infrastructures de transport déjà saturées. Pour éviter l'asphyxie routière des habitants de la grande couronne, le succès du projet dépendra d'une moindre dépendance au RER A et pour cela nécessitera des investissements publics massifs pour recalibrer les réseaux existants.
Sans une véritable transition écologique et des solutions de mobilités décarbonées, le projet s’exposera aux mêmes foudres juridiques et citoyennes qu'EuropaCity et aux mêmes conséquences. En effet, même si c'est une friche, en 30 ans, un véritable écosystème est né dans ce parc et de nombreuses espèces y ont trouvé refuge.
Espérons que la leçon sera retenue, et que le projet de Cergy-Pontoise soumis aux mêmes contraintes méthodologiques, cochera toutes les cases. En effet, l'arrivée de flux de visiteurs internationaux considérables exercera une pression extrême sur des infrastructures de transport déjà saturées. Pour éviter l'asphyxie routière des habitants de la grande couronne, le succès du projet dépendra d'une moindre dépendance au RER A et pour cela nécessitera des investissements publics massifs pour recalibrer les réseaux existants.
Sans une véritable transition écologique et des solutions de mobilités décarbonées, le projet s’exposera aux mêmes foudres juridiques et citoyennes qu'EuropaCity et aux mêmes conséquences. En effet, même si c'est une friche, en 30 ans, un véritable écosystème est né dans ce parc et de nombreuses espèces y ont trouvé refuge.
La création de 22 000 emplois : une promesse réaliste ?
La promesse économique de Qiddiya est attrayante, affichant la création de 22 000 emplois. Cependant, l'analyse socio-économique invite à une grande prudence, à l'image des critiques formulées lors des précédents mégaprojets. Comme le souligne l'expert Giuseppe Gagliano, il ne faut pas confondre des emplois de chantiers temporaires, des postes indirects ou saisonniers avec un vivier permanent d'emplois stables, qualifiés et durables.
Pour que le Val-d'Oise bénéficie réellement d'un moteur territorial et ne se contente pas d'un « décor spectaculaire », la réussite du projet dépendra de la rigueur des contrats négociés. L'intérêt national et local doit être protégé par des accords imposant la participation active des entreprises locales, la formation professionnelle des habitants, des salaires dignes et le réinvestissement d'une partie des bénéfices dans le territoire d'accueil.
Pour que le Val-d'Oise bénéficie réellement d'un moteur territorial et ne se contente pas d'un « décor spectaculaire », la réussite du projet dépendra de la rigueur des contrats négociés. L'intérêt national et local doit être protégé par des accords imposant la participation active des entreprises locales, la formation professionnelle des habitants, des salaires dignes et le réinvestissement d'une partie des bénéfices dans le territoire d'accueil.
Le financement souverain saoudien et souveraineté productive
Présenté lors de la visite officielle à Paris du prince héritier Mohammed ben Salmane, le projet est intégralement financé par les capitaux souverains saoudiens de Qiddiya. Si cette alliance renforce les relations diplomatiques et financières entre Paris et Riyad, elle pose une question sociétale et industrielle plus profonde.
La polémique soulevée par des observateurs comme Jérôme Fourquet montre une transformation inquiétante de l'économie française : alors que la part de l'industrie s'effondre sous la barre des 10 % du PIB, la France tend à célébrer l'investissement récréatif étranger comme substitut à sa souveraineté productive. Le pays offre son prestige et son territoire en échange de capitaux, mais celui qui finance reste le maître des dimensions, de l'image et de la répartition finale de la valeur.
La polémique soulevée par des observateurs comme Jérôme Fourquet montre une transformation inquiétante de l'économie française : alors que la part de l'industrie s'effondre sous la barre des 10 % du PIB, la France tend à célébrer l'investissement récréatif étranger comme substitut à sa souveraineté productive. Le pays offre son prestige et son territoire en échange de capitaux, mais celui qui finance reste le maître des dimensions, de l'image et de la répartition finale de la valeur.
L’attractivité ne suffira pas : l’écologie locale sera le vrai juge du projet
En conclusion, si la force de frappe marketing de la licence transgénérationnelle Dragon Ball (en partenariat avec Toei Animation, car ils sont détenteurs d'une partie des droits) et l'attraction spectaculaire d'un Shenron de 70 mètres confèrent au projet une attractivité pop-culturelle mondiale indéniable, sa pérennité ne tiendra qu'à sa capacité à s'insérer respectueusement dans l'écosystème local.
Le divertissement peut générer des flux financiers, mais seuls le respect des sols, la transparence démocratique et la protection des intérêts économiques locaux transformeront ce coup d'éclat saoudien en une réussite territoriale durable.
Le divertissement peut générer des flux financiers, mais seuls le respect des sols, la transparence démocratique et la protection des intérêts économiques locaux transformeront ce coup d'éclat saoudien en une réussite territoriale durable.
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