Avant de parler imperfection parlons perfection
Depuis des siècles, la quête de progrès et d’amélioration pousse l’être humain à se perfectionner.
Perfectionner ce qu’il fait, ce qu’il produit, mais aussi ce qu’il est ou ce qu’il donne à voir. Le corps et ses canons de beauté. La réussite et ses signes extérieurs. La performance au travail. L’éducation et son rapport à la faute, à la note, à l’échec. Et désormais l’image de soi, exposée, comparée, commentée presque en permanence.
Dans cette quête se promène, discrètement, un compagnon qui a grandi au fil du temps : le perfectionnisme.
Perfectionner ce qu’il fait, ce qu’il produit, mais aussi ce qu’il est ou ce qu’il donne à voir. Le corps et ses canons de beauté. La réussite et ses signes extérieurs. La performance au travail. L’éducation et son rapport à la faute, à la note, à l’échec. Et désormais l’image de soi, exposée, comparée, commentée presque en permanence.
Dans cette quête se promène, discrètement, un compagnon qui a grandi au fil du temps : le perfectionnisme.
Perfectionnisme excellence ou épuisement ?
Photo courtesy of Gratisography
Thomas Curran, professeur de psychologie à la London School of Economics, le définit ainsi : « Le perfectionnisme ne consiste pas à perfectionner des choses ou des tâches, ni à s’efforcer d’atteindre des normes élevées. Il s’agit de se perfectionner soi-même, ou plus exactement de perfectionner notre moi imparfait ; de traverser la vie en mode défensif, en dissimulant la moindre imperfection, le moindre défaut et la moindre faille à ceux qui nous entourent. »
Gordon Flett, professeur de psychologie à la York University de Toronto, qui étudie le phénomène depuis plus de trente ans, parle quant à lui d’une « épidémie de perfectionnisme », particulièrement chez les jeunes.
Avec Taryn Nepon et Paul L. Hewitt, il explore notamment deux dimensions : être parfait et paraître parfait. Ce second visage se manifeste par trois comportements : chercher à paraître parfait, ne pas montrer ses imperfections et ne pas en parler. Leurs travaux associent ces dimensions interpersonnelles du perfectionnisme à davantage de dépression, d'anxiété sociale et de solitude, et à une santé, physique comme mentale, plus fragile.
Dans un monde compliqué, plus linéaire, où les liens de cause à effet étaient davantage identifiables, le perfectionnisme avait peut-être sa place : analyser, prévoir, contrôler, corriger, optimiser pouvaient conduire au résultat attendu.
Mais dans un monde BANI (*) - cassant, anxiogène, non linéaire et parfois incompréhensible - le perfectionnisme devient une véritable maladie de notre temps.
Lutter contre lui serait pourtant difficile, contre-productif, et risquerait de l'ancrer davantage. Et si, plutôt que de lutter, nous développions sa polarité : l'imperfection ?
Non pas comme un renoncement, mais comme une posture à part entière, qui se cultive et peut ouvrir de nouvelles options dans un monde complexe.
(*) BANI signifie :
Gordon Flett, professeur de psychologie à la York University de Toronto, qui étudie le phénomène depuis plus de trente ans, parle quant à lui d’une « épidémie de perfectionnisme », particulièrement chez les jeunes.
Avec Taryn Nepon et Paul L. Hewitt, il explore notamment deux dimensions : être parfait et paraître parfait. Ce second visage se manifeste par trois comportements : chercher à paraître parfait, ne pas montrer ses imperfections et ne pas en parler. Leurs travaux associent ces dimensions interpersonnelles du perfectionnisme à davantage de dépression, d'anxiété sociale et de solitude, et à une santé, physique comme mentale, plus fragile.
Dans un monde compliqué, plus linéaire, où les liens de cause à effet étaient davantage identifiables, le perfectionnisme avait peut-être sa place : analyser, prévoir, contrôler, corriger, optimiser pouvaient conduire au résultat attendu.
Mais dans un monde BANI (*) - cassant, anxiogène, non linéaire et parfois incompréhensible - le perfectionnisme devient une véritable maladie de notre temps.
Lutter contre lui serait pourtant difficile, contre-productif, et risquerait de l'ancrer davantage. Et si, plutôt que de lutter, nous développions sa polarité : l'imperfection ?
Non pas comme un renoncement, mais comme une posture à part entière, qui se cultive et peut ouvrir de nouvelles options dans un monde complexe.
(*) BANI signifie :
- Brittle → Fragile : des systèmes qui paraissent solides peuvent se rompre brutalement lorsqu'ils subissent une pression trop forte.
- Anxious → Anxieux : l'incertitude, la surcharge informationnelle et la multiplication des menaces possibles favorisent inquiétude, hésitation et sentiment d'impuissance.
- Nonlinear → Non linéaire : les relations de cause à effet deviennent difficiles à anticiper. Un événement mineur peut produire des conséquences importantes, tandis qu'une intervention majeure peut avoir peu d'effet.
- Incomprehensible → Incompréhensible : même lorsque nous disposons de beaucoup d'informations, nous pouvons éprouver des difficultés à construire une explication cohérente de ce qui se passe.
Cultiver l’imperfection
Inutile d'amplifier nos imperfections ou de nous en fabriquer de nouvelles. Elles sont déjà là. Le plus utile est de cesser de les fuir, de les rejeter, de les cacher : ce sont des ressources, et un potentiel.
L’imperfection permet des relations plus authentiques. Les personnes « parfaites » font peur : par reflet, l’interlocuteur se sent obligé, lui aussi, à la perfection. À l’inverse, une personne lucide, qui accepte ses imperfections, peut, par ce même effet de reflet, donner à l’autre une autorisation implicite à être imparfait. Dans les équipes, cela change tout : les échanges deviennent plus directs, les problèmes se résolvent plus vite, les relations se simplifient.
L'imperfection stimule la créativité. Quand on exige de chaque idée qu'elle soit bonne d'emblée, on s'autocensure et on écarte le bancal, l'inachevé, le pas encore présentable. Or les idées naissent rarement abouties : elles viennent d'un brouillon, d'un essai maladroit, d'un détour. S'autoriser l'imparfait, c'est s'autoriser à explorer, et donc à trouver. Un premier jet n'a pas besoin d'être bon, il a besoin d'exister.
L'imperfection débloque l'action. À force d'analyser les risques pour ne pas se tromper, on finit parfois par ne plus décider, et donc par ne pas agir. Accepter de livrer des solutions imparfaites permet d'avancer, de tester dans le réel, d'ajuster en route, plutôt que d'attendre une certitude qui n'arrive jamais.
L'imperfection libère de l'espace mental. Quel effort que de tout contrôler, de s'assurer, de vérifier, parfois jusqu'à s'épuiser à tendre vers une image parfaite ! Je ne parle pas du travail mal fait, mais de cette énergie dépensée à camoufler nos imperfections pour qu'on ne les voie pas. Baisser juste un peu ce niveau de contrôle, c'est libérer de la place dans nos têtes.
L'imperfection, c'est fun. L'imperfection, c'est fun. Un lapsus, une maladresse, un fou rire au mauvais moment : c'est souvent dans ces instants-là que la salle se détend et que les visages s'éclairent. À côté de la pertinence, qui a son sérieux et sa valeur, l'impertinence ouvre une petite fenêtre. Elle autorise le pas de côté, la remarque qui décale, et parfois un simple sourire suffit à faire retomber une tension que des heures de sérieux n'auraient pas désamorcée.…
L’imperfection permet des relations plus authentiques. Les personnes « parfaites » font peur : par reflet, l’interlocuteur se sent obligé, lui aussi, à la perfection. À l’inverse, une personne lucide, qui accepte ses imperfections, peut, par ce même effet de reflet, donner à l’autre une autorisation implicite à être imparfait. Dans les équipes, cela change tout : les échanges deviennent plus directs, les problèmes se résolvent plus vite, les relations se simplifient.
L'imperfection stimule la créativité. Quand on exige de chaque idée qu'elle soit bonne d'emblée, on s'autocensure et on écarte le bancal, l'inachevé, le pas encore présentable. Or les idées naissent rarement abouties : elles viennent d'un brouillon, d'un essai maladroit, d'un détour. S'autoriser l'imparfait, c'est s'autoriser à explorer, et donc à trouver. Un premier jet n'a pas besoin d'être bon, il a besoin d'exister.
L'imperfection débloque l'action. À force d'analyser les risques pour ne pas se tromper, on finit parfois par ne plus décider, et donc par ne pas agir. Accepter de livrer des solutions imparfaites permet d'avancer, de tester dans le réel, d'ajuster en route, plutôt que d'attendre une certitude qui n'arrive jamais.
L'imperfection libère de l'espace mental. Quel effort que de tout contrôler, de s'assurer, de vérifier, parfois jusqu'à s'épuiser à tendre vers une image parfaite ! Je ne parle pas du travail mal fait, mais de cette énergie dépensée à camoufler nos imperfections pour qu'on ne les voie pas. Baisser juste un peu ce niveau de contrôle, c'est libérer de la place dans nos têtes.
L'imperfection, c'est fun. L'imperfection, c'est fun. Un lapsus, une maladresse, un fou rire au mauvais moment : c'est souvent dans ces instants-là que la salle se détend et que les visages s'éclairent. À côté de la pertinence, qui a son sérieux et sa valeur, l'impertinence ouvre une petite fenêtre. Elle autorise le pas de côté, la remarque qui décale, et parfois un simple sourire suffit à faire retomber une tension que des heures de sérieux n'auraient pas désamorcée.…
Le premier pas compte
Bien sûr, on n’accepte pas ses imperfections en un claquement de doigts. Le monde tel qu’il est perçu favorise le développement de rigidités : des années de culture d’excellence opérationnelle absolue, un non-droit plus ou moins deguisé (« vous avez le droit à l’erreur, mais c’est mieux de faire juste du premier coup »). L’éloge de la réussite, l’injonction à s’améliorer en permanence.
Accepter ses imperfections, ce n’est pas renoncer à s’améliorer. C’est s’améliorer différemment. C’est un chemin long, toujours en devenir. Mais le premier pas compte déjà, et il donne des effets.
Dans un monde compliqué, la perfection avait sa place.
Dans un monde complexe, c’est l’imperfection qui ouvre des chemins.
Le monde, lui, continuera d’être ce qu’il est.
Reste à décider avec quelle humanité – parfaite ou imparfaite – nous décidons de l’habiter.
Accepter ses imperfections, ce n’est pas renoncer à s’améliorer. C’est s’améliorer différemment. C’est un chemin long, toujours en devenir. Mais le premier pas compte déjà, et il donne des effets.
Dans un monde compliqué, la perfection avait sa place.
Dans un monde complexe, c’est l’imperfection qui ouvre des chemins.
Le monde, lui, continuera d’être ce qu’il est.
Reste à décider avec quelle humanité – parfaite ou imparfaite – nous décidons de l’habiter.
Sources
Curran, T. & Hill, A. P. (2019). Perfectionism Is Increasing Over Time: A Meta-Analysis of Birth Cohort Differences From 1989 to 2016. Psychological Bulletin, 145
Nepon, T., Flett, G. L. & Hewitt, P. L. (2024). Perfectionism, Self-Image Goals and Compassionate Goals in Health and Mental Health: A Longitudinal Analysis. Journal of Psychoeducational Assessment, 42
A propos de ...
Anna Elviro, coach d’organisation spécialisée dans les paradoxes et les contradictions, invite les professionnels à s’ouvrir à de nouvelles options et à découvrir des pistes d’action concrètes. De plus, deux jeux inédits sont disponibles dans l’ouvrage, en téléchargement pour permettre aux lecteurs de s’exercer et de mettre en pratique les concepts présentés.
Créatrice - Entrepreneuse Créatrice - Entrepreneuse - Innov'sens
Keywords
#Imperfection #Perfectionism #BANIWorld #ComplexWorld #SocialPsychology #MentalHealth #Creativity #Authenticity #RightToFail #LettingGo

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