L’intelligence de l’action indirecte
Dans la pensée stratégique chinoise, frapper soi‑même n’est pas toujours la meilleure option.
Le stratagème Tuer avec un couteau emprunté repose sur une idée simple : exploiter une force déjà en mouvement, détourner une dynamique existante, utiliser un acteur tiers comme levier. L’efficacité vient de la discrétion. Le geste stratégique se fond dans le paysage, porté par un autre qui devient, parfois malgré lui, l’instrument de la manœuvre. Cette logique irrigue aujourd’hui les jeux d’influence, les batailles réglementaires et les rivalités industrielles où l’on agit rarement seul.
Le stratagème Tuer avec un couteau emprunté repose sur une idée simple : exploiter une force déjà en mouvement, détourner une dynamique existante, utiliser un acteur tiers comme levier. L’efficacité vient de la discrétion. Le geste stratégique se fond dans le paysage, porté par un autre qui devient, parfois malgré lui, l’instrument de la manœuvre. Cette logique irrigue aujourd’hui les jeux d’influence, les batailles réglementaires et les rivalités industrielles où l’on agit rarement seul.
Microsoft et l’offensive réglementaire contre Google
Au début des années 2010, Google domine le marché des moteurs de recherche et de la publicité en ligne. Microsoft, avec Bing, peine à exister face à un acteur devenu incontournable. Une confrontation directe serait coûteuse, incertaine, probablement vouée à l’échec. Microsoft choisit alors une autre voie.
Plutôt que d’attaquer Google sur le terrain technologique, l’entreprise s’appuie sur un levier externe : les autorités de régulation américaines et européennes. Elle documente les pratiques de Google, alimente les enquêtes, fournit des analyses techniques aux régulateurs, encourage les investigations sur la concurrence et la transparence des algorithmes. Ce ne sont pas les équipes de Bing qui frappent. Ce sont les régulateurs.
Microsoft agit sans s’exposer, en laissant un acteur tiers porter le coup. Google doit répondre, se défendre, réorienter ses ressources, ajuster ses pratiques. Pendant ce temps, Bing gagne du terrain, non pas grâce à une offensive directe, mais grâce à une pression extérieure que Microsoft a contribué à activer. C’est la logique même du stratagème : utiliser le couteau d’un autre pour atteindre son objectif.
Plutôt que d’attaquer Google sur le terrain technologique, l’entreprise s’appuie sur un levier externe : les autorités de régulation américaines et européennes. Elle documente les pratiques de Google, alimente les enquêtes, fournit des analyses techniques aux régulateurs, encourage les investigations sur la concurrence et la transparence des algorithmes. Ce ne sont pas les équipes de Bing qui frappent. Ce sont les régulateurs.
Microsoft agit sans s’exposer, en laissant un acteur tiers porter le coup. Google doit répondre, se défendre, réorienter ses ressources, ajuster ses pratiques. Pendant ce temps, Bing gagne du terrain, non pas grâce à une offensive directe, mais grâce à une pression extérieure que Microsoft a contribué à activer. C’est la logique même du stratagème : utiliser le couteau d’un autre pour atteindre son objectif.
La puissance des leviers invisibles
Ce stratagème nous rappelle que la stratégie n’est pas seulement affaire de force, mais de perception et de timing. En s’appuyant sur un tiers, on agit sans bruit, on évite l’exposition, on transforme une contrainte en opportunité.
Dans un monde où les plateformes, les États et les entreprises évoluent dans des écosystèmes interdépendants, la capacité à mobiliser des forces externes devient un avantage décisif. Tuer avec un couteau emprunté, c’est comprendre que la puissance n’est pas toujours là où elle se montre. Elle est souvent dans les leviers invisibles, les acteurs périphériques, les dynamiques que l’on sait activer au bon moment.
Dans un monde où les plateformes, les États et les entreprises évoluent dans des écosystèmes interdépendants, la capacité à mobiliser des forces externes devient un avantage décisif. Tuer avec un couteau emprunté, c’est comprendre que la puissance n’est pas toujours là où elle se montre. Elle est souvent dans les leviers invisibles, les acteurs périphériques, les dynamiques que l’on sait activer au bon moment.
Les États-Unis utilisant l’UE pour contenir la puissance numérique chinoise (2018–2024)
À partir de 2018, Washington s’inquiète de la montée en puissance des géants numériques chinois, en particulier Huawei, dont l’expansion dans les infrastructures 5G menace l’influence technologique américaine. Une confrontation frontale avec Pékin serait risquée, coûteuse, et pourrait fragiliser les alliances occidentales. Les États-Unis choisissent alors une voie plus subtile.
Plutôt que d’imposer seuls des restrictions, ils activent un levier externe : l’Union européenne. Ils multiplient les briefings diplomatiques, partagent des analyses de cybersécurité, insistent sur les risques de dépendance technologique, encouragent les régulateurs européens à examiner les implications stratégiques des équipements chinois. Washington ne frappe pas directement. Ce sont les institutions européennes qui portent le coup.
Entre 2019 et 2022, plusieurs États membres — Allemagne, France, Danemark, Suède — renforcent leurs exigences de sécurité, limitent l’accès de Huawei aux réseaux critiques, imposent des certifications plus strictes. Le cadre réglementaire européen se durcit, non pas sous pression américaine explicite, mais sous l’effet d’une dynamique que Washington a contribué à activer.
Les États-Unis affaiblissent ainsi la présence de Huawei en Europe sans s’exposer, en laissant un acteur tiers — l’UE — porter la charge politique, juridique et médiatique. C’est la logique pure du stratagème : utiliser le couteau d’un autre pour atteindre son objectif.
Washington protège son leadership technologique, Pékin doit réorienter sa stratégie, et l’Europe devient, volontairement ou non, l’instrument d’une manœuvre géopolitique plus large.
Plutôt que d’imposer seuls des restrictions, ils activent un levier externe : l’Union européenne. Ils multiplient les briefings diplomatiques, partagent des analyses de cybersécurité, insistent sur les risques de dépendance technologique, encouragent les régulateurs européens à examiner les implications stratégiques des équipements chinois. Washington ne frappe pas directement. Ce sont les institutions européennes qui portent le coup.
Entre 2019 et 2022, plusieurs États membres — Allemagne, France, Danemark, Suède — renforcent leurs exigences de sécurité, limitent l’accès de Huawei aux réseaux critiques, imposent des certifications plus strictes. Le cadre réglementaire européen se durcit, non pas sous pression américaine explicite, mais sous l’effet d’une dynamique que Washington a contribué à activer.
Les États-Unis affaiblissent ainsi la présence de Huawei en Europe sans s’exposer, en laissant un acteur tiers — l’UE — porter la charge politique, juridique et médiatique. C’est la logique pure du stratagème : utiliser le couteau d’un autre pour atteindre son objectif.
Washington protège son leadership technologique, Pékin doit réorienter sa stratégie, et l’Europe devient, volontairement ou non, l’instrument d’une manœuvre géopolitique plus large.
Sources
1. The Chinese Military’s Strategic Mind-Set — Timothy L. Thomas
2. Sunzi, the Military Classics, and the Chinese Way of War — Friso M. S. Stevens
3. Traditional Worldviews, Strategic Culture and Revolutionary Mentality — Nuno Morgado & Éva Dóra Druhalóczki
Demain ...
Épisode 4 — Attendre tranquillement que l’ennemi s’épuise
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