Géopolitique

Fausse dichotomie et convergence sino-américaine. François Soulard


Jacqueline Sala
Dimanche 23 Août 2026


Après l’année 1979, les relations entre la Chine et les États-Unis prirent une forme parfois qualifiée de « symbiotique (1 )». Autour des années 2000, la relation bilatérale évolua vers une phase de compétition dans laquelle Pékin et Washington s’affrontèrent de nouveau sur les plans cognitif, normatif, commercial, économique et médiatique, selon des modalités et des intensités variables. Un regard approfondi révèle cependant que la symbiose entre les deux puissances reste totalement d’actualité et renvoie à une trame qui va bien au-delà de ce que la littérature géopolitique et historique a consigné. ..



François Soulard – Chercheur indépendant et fondateur de la micro-entreprise Dunia (intelligence stratégique), promoteur du réseau Kairos Géopolitique en Amérique latine. Auteur de « Combattre dans le Nouveau Monde » (Dunken, 2026) et de « Une nouvelle ère de confrontation informationnelle en Amérique latine » (Ciccus, 2023).

Communication présentée dans le cadre du IVe Congrès latino-américain d’études chinoises
(Université nationale de La Plata, Argentine) – août 2026.

Fausse dichotomie et convergence sino-américaine. François Soulard
... Depuis 1911, l’ancienne Chine impériale a en effet été conquise et subordonnée aux élites euro-atlantiques. Cette subordination, cristallisée lors de la création de la première République chinoise, fut maintenue dissimulée et convertie en une stratégie dialectique, à savoir un agenda géopolitique pivotant intimement sur deux logiques ambivalentes : d’un côté un flux de frictions plus ou moins superficielles avec les rivaux occidentaux ; de l’autre un alignement structurel de l’appareil chinois sur les prérogatives anglo-américaines.

Cette dualité matricielle est aujourd’hui mise au service d’une grande stratégie et augure une nouvelle phase d’unipolarité offensive à l’échelle globale. Paradoxalement, ce projet constitue un objet encore non perceptible et identifié, tout comme d’autres variantes dérivant de l’usage de la dialectique dans les rapports de force internationaux.
(1) Le néologisme “Chinamérique” fut utilisé dans ce sens par l’historien états-unien Niall Ferguson.

Les dichotomies en surface

Le système international contemporain repose sur des piliers cognitifs et normatifs essentiels à l’établissement de toute architecture de gouvernance. La notion même d’ordre international fit l’objet d’une constante production idéologique dans l’optique de légitimer un pouvoir susceptible d’agir sur la scène transnationale. Après 1945, la Pax americana, voire la notion plus diffuse de Nouvel ordre mondial, constitua une pierre angulaire pour ciseler le paysage global selon les intérêts états-uniens. À partir des années 1990, le « développement durable » s’est ajouté à ces narratifs après plusieurs décennies de prosélytisme intensif au sein des instances multilatérales. En 2008, la notion de « capitalisme inclusif » émergea dans la foulée de la crise financière dans le but de donner un nouveau souffle au socle idéologique libéral.

La Chine, pour sa part, introduisit le concept de « communauté de destin pour l’humanité » à partir de 2008, suite à son entrée dans le club des puissances mondiales. Cette notion s’associa à la démarche volontariste de construire un « monde multipolaire », alternatif à l’hégémonie occidentale et à l’« unipolarité » exercée par le club sélectif du G7. L’horizon de « civilisation écologique », compatible avec la notion occidentale de durabilité, compléta ces notions pour déboucher au final sur différentes projections dans les domaines du développement (Routes de la Soie), de la sécurité (GSI) et de la gouvernance (OCS). Notons que l’Union européenne s’inscrit en partie dans cet effort de projection globale moyennant un agenda normatif, environnemental et géoéconomique.

Dans le domaine narratif, la Chine a donc tenu à se démarquer du monopole politique établi par l’axe libéral euro-atlantique. Sur les terrains politique et géoéconomique, Pékin et Washington sont également dans une phase plus prononcée de démarcation après la période de normalisation qui emboîta le pas à la Guerre froide et suite à l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce en 2001. Dès 2017, une guerre commerciale fut concrétisée par le premier gouvernement de Donald Trump dans les domaines douanier, technologique (Huawei, semi-conducteurs) et légaux (sanctions). La Chine devint officiellement le principal compétiteur stratégique de Washington. Ce virage galvanisa une politique d’endiguement qui fut poursuivie par le gouvernement démocrate de Joe Biden, puis reprise et accentuée par l’actuel gouvernement républicain.

LES CONTRADICTIONS DE LA MATRICE POLITICO-ÉCONOMIQUE

Une analyse plus approfondie des relations entre la Chine et ses adversaires euro-atlantiques révèle néanmoins une réalité en contraste avéré avec ce qui vient d’être résumé. Cinq faisceaux d’évidence démontrent en effet qu’une relation de dépendance structurelle n’a jamais cessé d’exister depuis 1911 entre la Chine et les centres de décision anglo-saxons.

La première évidence a trait à la nature de la formation de la République chinoise. La création de la première République de Chine en 1912 fut précipitée par le renversement de la dynastie Qing, en 1911, par les Triades. Celles-ci, aux côtés d’autres entités criminelles telles que les Hakkas, se formèrent au cours du XIXe siècle comme bras paramilitaire de Londres et comme instrument de distribution d’opiacés sous la coordination de l’ancien Premier ministre britannique Lord Palmerston, descendant des hautes dynasties britanniques. L’objectif de cette ingénierie subversive, drapée du voile idéologique du libre-échange (2), fut de saper l’unité traditionnelle de la Chine par le biais d’une dépendance généralisée aux drogues (initiée en Chine dès 1715) et d’une coercition militaire exercée sur les ports chinois avec le soutien de la France. Sun Yat-sen, formé par les stratèges britanniques James Cantlie et Patrick Manson (3), prit la tête du mouvement de renversement de la dynastie Qing et jeta les bases de la première République chinoise en 1912, dont les racines idéologiques incorporaient les briques conceptuelles fournies par Londres. En 1921, Chen Duxiu, Zhang Shenfu et Li Dazhao fondèrent le Parti Communiste Chinois sous la supervision de différentes figures de proue du Komintern et du Britannique Bertrand Russell. Ce dernier, disciple de la philosophie dialectique bâtie avant par Moses Hess et transmise à Marx et Engels, fut également le mentor de Mao Zedong et de Zhou Enlai à l’université de Yale de Pékin. En substance, cette approche dialectique posait les bases d’une méthode de domination et de transformation du réel, moyennant la création de pôles antagonistes et de compartimentation du système. La persistance à l’heure actuelle de ce même schéma dialectique tend à démontrer que les élites chinoises (4) évoluent encore dans l’orbite anglo-saxonne.

Le deuxième faisceau d’évidences concerne la trame institutionnelle qui relie étroitement la Chine à Londres et à Washington. Cinq organisations constituent la courroie de transmission pour diriger politiquement l’« Empire du Milieu » et superviser ses élites. L’Institut Populaire Chinois des Relations Étrangères (CPIFA), l’Association Chinoise pour les Contacts Internationaux Amicaux (CAIFC), l’Institut d’Études Internationales de Shanghai (SIIS), et l’Académie Chinoise des Sciences Sociales (CASS) sont chargés de la formation et de l’encadrement des élites chinoises, sous la supervision de deux entités anglo-américaines : l’Institut Royal pour les Affaires Internationales (RIIA ou Chatham House) à Londres et le Conseil de Relations Extérieures (CFR) aux États-Unis. Le CPIFA, créé en 1949, occupe le sommet de la hiérarchie. Présentée publiquement comme un outil du ministère des Affaires étrangères, elle forme des experts universitaires, des responsables politiques et des personnalités diplomatiques de premier plan, ainsi que des chefs d’entreprise, selon un flux d’activités publiquement visible (5). Ce système permet à Chatham House d’encadrer les orientations du gouvernement chinois et de celle du Parti Communiste. Dans le virage des années 1970, peu avant la modernisation menée par Deng Xiaoping, Londres avait par ailleurs établi le Comité Grande-Bretagne-Chine (GBCC) avec le projet à peine dissimulé de faire de la Chine un acteur mondial : « À terme, les Chinois deviendront une grande puissance. Nous devons espérer que, dans ce processus, ils assumeront la responsabilité qui incombe à une grande puissance vis-à-vis du reste du monde. Leur conception du temps est différente de la nôtre. Nous ne devons pas oublier l’ancien proverbe chinois selon lequel les cent premières années de chaque nouvelle dynastie sont les pires (6) ».

La troisième et quatrième évidence ont trait aux Routes de la Soie (BRI) et à la création de l’alliance des BRICS. Le concept de la Nouvelle Route de la Soie, rendu opérationnel à partir de 2013, germa d’abord intellectuellement dans le cadre de la Commission Trilatérale, puis trouva une première esquisse de la main de Zbigniew Brzezinski, à l’époque même où la Chine était poussée en avant comme une nouvelle plate-forme industrielle. Le duo formé par Richard Nixon et Henry Kissinger mit en œuvre une politique d’émergence du modèle chinois sous la houlette de Deng Xiaoping, moyennant le transfert de technologies, la structuration de son industrie, puis plus tard intégration au sein de l’Organisation mondiale du commerce. À cet égard, les hauts responsables chinois reconnaissent eux-mêmes (7) que l’alliance des BRICS, lancée en 2009, fut une initiative lancée par Chatham House. Ajoutons à ce tableau que sur le plan financier, l’industrie mondiale et les grandes banques anglo-saxonnes ont financé le projet de la Route de la Soie à hauteur de près de 10 trillions (8) de dollars depuis sa création en 2013, sans compter la participation des banques chinoises.

Le cinquième élément porte sur les niveaux actuels de collaboration entre Pékin et Washington en matière de recherche et de développement de technologies de pointe. Dans la dernière décennie, près de 46 000 articles scientifiques(9) ont été corédigés par la Chine et les États-Unis dans le domaine de l’intelligence artificielle, tandis que les licornes de la Silicon Valley ont coopéré directement avec leurs homologues chinoises (10). D’autres rapports récents (11) indiquent que les fonds américains pour la recherche ont contribué à faire progresser les objectifs stratégiques de la Chine, notamment dans les domaines des technologies critiques liées à l’armement, à l’intelligence artificielle, à l’énergie nucléaire et aux semi-conducteurs. Cette coopération, maintenue dans l’ombre et couramment qualifiée comme le résultat de l’inadvertance occidentale et de l’espionnage chinois, fait écho à d’autres rapprochements qui s’opèrent en matière de vision du développement.
 (5) Par exemple https://www.cbbc.org/news-insights/cbbcs-chair-visit-may-2024-summary
(6) Trevelyan, H. (1971). Worlds Apart. China 1953-1955. Soviet Union 1962-1965. Macmillan.
(7) Dialogue entre James O’Neil et Liu Jianchao (Ministre du Département International du Comité Central du Parti Communiste Chinois) sur la modernisation de la Chine et sa relation avec l’Occident (2023) https://youtu.be/3tnflKzq9pk?si=RL4V5TrTb2JzpnMQ&t=2355
(8) Soit 1013 USD, l’équivalent à un dixième du Produit Intérieur Brut mondial en un an.
(9) Chart of the week: How US and China collaborate on AI despite rivalry
https://www.thenationalnews.com/future/technology/2025/01/28/china-us-ai-race-deepseek/
(10) Silicon Valley’s Other China Problem: It’s Training Their AI
https://www.forbes.com/sites/annatong/2026/08/05/silicon-valleys-other-china-problem-its-training-their-ai/
(11) US House Select Committee on the Chinese Communist Party (2024). Voir en bibliographie

 

FAUSSE DICHOTOMIE

Un tel relevé factuel reflète une réalité stratégique tout à fait différente de celle qui est habituellement exhibée dans les cercles gouvernementaux et universitaires. Les niveaux de coopération établies avec Pékin n’ont pas commune mesure avec la poursuite d’intérêts mutuels ou des synergies gagnant-gagnant que tout pragmatisme inter-étatique laisserait sous-entendre.

Dans les faits, la symbiose observée s’est inscrite dans le projet plus étendu de transformer la Chine en puissance géopolitique, moyennant l’étape préalable de renversement et de subversion de ses élites dirigeantes. Dans une telle perspective, la Chine, ainsi que le socle idéologique de sa classe dirigeante, n’apparaît pas comme une nation véritablement souveraine et contre-hégémonique. Elle forme une entité assujettie aux tenants de l’ordre libéral, jouant la partition d’une polarisation contestataire de cet ordre et de mise en place d’un nouveau pôle de pouvoir géoéconomique. Le grand mouvement décrit depuis deux décennies comme le déplacement du centre de gravité géopolitique de la planète vers l’Asie apparaît ainsi comme un mouvement délibérément accéléré depuis les années 1970, principalement par l’establishment anglo-américain, avec le soutien des élites euro-atlantiques. Il devient alors assez logique qu’une telle poussée collective en faveur de la Chine ait pour contrepartie la désindustrialisation d’autres pays développés (Europe), y compris d’ailleurs des États-Unis et du Royaume-Uni, ou des nations en voie de développement.

Dans ce contexte, l’affichage de la Chine et de l’arc occidental comme deux blocs antagonistes revêt un caractère artificiel et contradictoire. Les rapports de force et leur manifestation selon des géométries variables ont été orchestrés par l’hégémon anglo-américain depuis l’année charnière de 1911, année à partir de laquelle la modernisation chinoise fut instrumentalisée pour subjuguer l’ancienne Chine impériale. Ce schéma à deux vitesses repose sur une fausse dichotomie, c’est-à- dire sur une compartimentation entre une image déformée et réifiée de l’arène géopolitique d’un côté, et l’agenda structurel des puissances impliquées de l’autre.

Le découplage obtenu fragmente ainsi les perceptions et les catégories conceptuelles en amont, empêchant au final de discerner la véritable nature de l’échiquier stratégique. Il est amplifié par les appareils d’influence et de propagande de part et d’autre de l’échiquier. Ces derniers limitent l’accès à la profondeur historique de ces entités, resignifient la subordination en « coopération symbiotique » ou en « pragmatisme vertueux », enferment les deux puissances dans leurs rivalités systémiques administrées, en prenant appui sur les conceptions réalistes de l’ordre international. À ce titre, soulignons que le substrat idéologique amplifie d’autant plus ce cloisonnement. Tant le camp libéral comme le camp socialiste, du moins celui qui a été construit en Chine (et en Russie), se sont abreuvés de principes ontologiques consacrant l’interprétation des rapports internationaux sous l’angle des antagonismes naturels.

L’une des conséquences de ce registre stratégique est que l’écrasante majorité des acteurs de l’intelligence militaire et économique, bien que saisissant certaines dimensions du combat cognitif, sont dans l’incapacité à appréhender cette arène et interprètent les frictions en surface comme s’il s’agissait du noyau dur des relations internationales. Cette perte de référentiel les place non seulement en marge de la véritable lutte stratégique, mais il les fait perpétuer l’endiguement perceptif conçu par les architectes de l’échiquier principal.

GÉOMÉTRIE DIALECTIQUE

Le découplage délibéré entre la surface perceptive et l’agenda structurel suivi par les trois puissances caractérise le registre stratégique dit de la « dialectique ». Dans cette configuration, les contradictions rendues visibles dans l’espace international sont interprétées comme un élément intrinsèque et spontané de la conflictualité contemporaine. Les tensions générées sont exploitées à des fins de réagencement de l’ordre social, et non de domination binaire d’un des camps sur l’autre. Tant les grilles de lecture issues du marxisme, du maoïsme que celles produites par les exégètes de l’ordre libéral, ont en fait naturalisé une vision matérialiste qui bloque le discernement des logiques à l’œuvre dans cette profondeur stratégique.

Cette approche, dont la formation historique peut être tracée concrètement au cours de l’histoire, est au cœur d’une transformation à long terme de l’échiquier mondial. Celle-ci mobilise les trois puissances mentionnées et suppose une unité géopolitique permettant à Pékin, Londres et Washington de travailler de concert et de façon hiérarchisée (12-. Dans ce jeu tripartite, Londres joue le rôle d’arbitre, surplombant les États-Unis, dont l’appareil se trouve également sous contrôle de Londres (13). Une telle architecture renvoie à un art stratégique très poussé, faisant la part belle à la subversion et aux modes de coercition d’autres entités nationales, en particulier de leurs classes dirigeantes.

D’une manière générale, l’art dialectique repose sur la compartimentation de tous les niveaux de l’édifice stratégique. La strate cognitive dépeint Pékin et Washington comme des rivaux autonomes et systémiques ou comme des partenaires géostratégiques à intérêts convergents. En parallèle, les frictions sont générées sur les terrains narratif, technologique, économique, voire éventuellement militaire. Dans cette orchestration, la Chine n’a à aucun moment été envisagée comme un pôle foncièrement antagoniste au bloc libéral ou comme un concurrent idéologique ou géoéconomique susceptible de remporter d’elle-même une bataille définitive contre ses adversaires. Sur le fond, son substrat idéologique découle d’une variante du socialisme dont les principes directeurs conduisent à la même quête de monopole posée par le logiciel libéral, l’art dialectique se chargeant d’exploiter le déséquilibre conflictuel entre les pôles antagonistes. Cette conflictualité, débouchant éventuellement sur la violence organisée, n’est pas une variable secondaire. Elle constitue une modalité préférentielle pour mettre sous tension les entités en présence et exploiter la violence comme force privilégiée de transformation du réel. La révolution Xinhai de 1911 et la Révolution Culturelle maoïste furent deux exemples de cette modalité mises en œuvre au niveau interne.
(12) Taïwan, contrôlé également par Londres, s’inscrit également dans ce jeu en jouant la partition d’un ennemi apparent de la Chine.
13 Ce point mériterait un approfondissement que l’extension définie pour ce texte ne permet pas d’aborder.

CONVERGENCE UNIPOLAIRE

Conclure assurément en faveur d’une convergence unipolaire dépasse a priori le cadre de cette analyse, car une infinité d’autres éléments demanderaient à être incorporés dans le raisonnement. Le poids considérable des relations sino-américaines autorise cependant à esquisser quelques perspectives dans ce sens.

En premier lieu, les divers éléments exposés invalident la thèse de l’évolution multipolaire de l’arène internationale sous l’effet centrifuge de la fragmentation et de la redistribution du pouvoir. Les dynamiques décrites rendent compte de certaines dynamiques de fragmentation de l’ancienne Pax americana et de son arbitrage westphalien. Mais nous avons vu que celles-ci ne résultent pas de l’émergence naturelle de puissances disposant désormais de davantage d’ambition ou d’autonomie. Les frictions observées, du moins celles construites autour de l’axe sino-américain et de leurs alliés respectifs, sont le résultat d’une fragmentation administrée, rendue possible par la vassalisation préalable de la Chine. Cette fragmentation va de pair avec l’inoculation dans l’échiquier global d’une conflictualité montante, synonymes de nouveaux risques et de déstabilisations.

En second lieu, l’agenda dialectique procède par essence même d’un agenda stratégique unitaire, échappant à la logique de compartimentation qu’il met en œuvre. Cet agenda unitaire ne peut exister qu’à partir d’une cohésion politique établie entre les trois acteurs en jeu, donc d’une convergence d’objectifs. En plus de cette cohésion, les puissances sino-américaines font état de plusieurs éléments de convergence programmatique. La Chine, comme la Russie, se sont converties au stato- capitalisme au cours du siècle dernier, tout en maintenant un niveau drastique de contrôle régalien et en adhérant à une série d’accords multilatéraux énoncés par leurs rivaux supposés (climat, Agenda 2030, ODD, OMS). Dans les faits, Pékin, Londres et Washington, prônent une même vision collectiviste, compatible avec les éléments narratifs que nous avons mentionnés au début. Celle-ci ancre la réforme de l’arène globale sur le principe de gestion commune d’une planète considérée en état de crise environnementale. La notion de protection du « bien commun », si présente dans les projections narratives de part et d’autre, fonde la légitimité de cet ordre. Les crises y sont précisément abordées comme le moyen privilégié d’imposer des règles par le haut à la société, point qui nous renvoie directement à la grammaire dialectique. La restructuration nécessaire pour cheminer vers cet ordre recourt donc d’un côté au conflit, de l’autre à des modes de gouvernance et de développement opérant un saut qualitatif dans l’intensité du contrôle et de leur intégration.

Beaucoup d’indices portent donc à croire que la Pax americana avait déjà muté en une Pax sino- anglo-americana, fusionnant les deux variantes d’une même projection impériale. N’est-il pas temps de comprendre ce phénomène dans sa profondeur et de se délester pour cela de très sérieuses cécités mentales ?

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

1. Kalimtgis, K., Goldman, D., Steinberg, J. (1978). Dope Inc. Britain’s Opium War against the US. The New Benjamin Franklin House Company.

2. Beeching, J. (1977). The Chinese Opium Wars. Harcourt Brace Jovanovich.

3. Wells, A. (2001). The Political Thought of Sun Yat-sen. Palgrave MacMillan.

4. Vrhovski, J. (2021). Mr. Luosu and “China’s Road to Freedom”: A General Introduction to Russell’s Visit to China (1920-1921). In J. Vrhovski, & J. Rosker (Eds.), Bertrand Russell’s Visit to China: Selected Texts on the Centenary of Intercultural Dialogues in Logic and Epistemology (pp. 21-58). University of Ljubljana Press.

5. Paisley, John. 2020. Bertrand Russell and China During and After His Visit in 1920.
Master’s thesis, Harvard Extension School

6. Feigon, L. (1983). Chen Duxiu. Founder of the Chinese Communist Party. Princeton
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7. Roberts, P. (). Bringing the Chinese Back In: The Role of Quasi-Private Institutions in
Britain and the United States. In P. Roberts, O.A. Westad (eds.), China, Hong Kong, and the Long 1970s: Global Perspectives, Cambridge Imperial and Post-Colonial Studies Series.

8. US House Select Committee on the Chinese Communist Party (2024). CCP China on the
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9. Shambaugh, D. (2002). China’s International Relations Think Tanks: Evolving Structure and Process. The China Quarterly.

10. Sutton, A. (1995). Trilaterals over America. CPA Books Inc.

11. Mao Zedong, Skull & Bones, and the Russell family.
https://goldennuggiez.substack.com/p/mao-zedong-skull-and-bones-and-the

12. Systems of Deception https://escapekey.substack.com/p/systems-of-deception

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