Innovation et Connaissance

Framatome : le KM, moteur d’une organisation apprenante.


Fatima Zahra BASSIR
Mercredi 30 Septembre 2026


Que devient une organisation lorsque ses équipes changent, mais que les connaissances doivent rester ? Framatome a fait de cette question le point de départ d’une démarche KM qui relie les collaborateurs, capitalise leurs expériences et facilite l’accès aux savoirs. Un cas concret pour comprendre comment une entreprise cherche à apprendre de ce qu’elle sait déjà.



Framatome : le KM, moteur d’une organisation apprenante.

Framatome : des savoirs précieux à transmettre d’une génération à l’autre

Framatome conçoit des équipements et fournit des services à l’industrie nucléaire. Dans ses métiers spécialisés, où les projets s’inscrivent dans la durée, transmettre les connaissances est un enjeu essentiel.

En 2018, Framatome anticipait le départ à la retraite de 20 % de ses 570 experts d’ici 2021. Mais au-delà des départs à la retraite, une question demeure : que deviennent les savoirs construits au fil des projets, notamment ceux que les collaborateurs utilisent chaque jour sans jamais les consigner ? C’est pour relever ce défi que Framatome indiquait avoir investi dans un programme de knowledge management dès la fin de 2017.

Le KM en action : des personnes, des pratiques et des outils

Pour faire circuler les savoirs au-delà de ceux qui les détiennent, Framatome a structuré son programme KM autour de cinq actions : transmettre, partager, capitaliser, stocker et diffuser.

Une expérience acquise sur un projet peut ainsi devenir une ressource utile à d’autres équipes, au moment où elles en ont besoin. Pour que les connaissances circulent entre les métiers, le programme s’appuie sur une équipe centrale qui définit les méthodes et les outils, ainsi que sur des relais KM qui accompagnent leur adoption dans les unités.

Selon Archimag, trois dispositifs complètent cette organisation : un moteur de recherche interne pour retrouver l’information, WikiFramatome pour partager les savoirs formalisés par les salariés et Ask Framatome pour poser une question à ses collègues. Le collaborateur peut ainsi accéder à un contenu existant ou faire appel à l’expérience d’une personne lorsque la réponse n’a pas encore été documentée. Un outil ne peut rendre accessible que ce que l’on a d’abord su identifier et transmettre. La préparation des départs à la retraite montre comment ce travail prend forme.

Départ à la retraite : la transmission se prépare bien avant le dernier jour

Attendre le dernier jour pour demander à un collègue de « transmettre ce qu’il sait » serait trop tard. Dans une publication de février 2025, Christophe Lasne, responsable du programme KM, explique que plus de 100 facilitateurs internes ont été formés pour accompagner ce travail.

Ils rencontrent les experts et leurs collègues afin de repérer les savoirs à transmettre, puis demandent aux successeurs ce dont ils auront réellement besoin. Ce n’est qu’ensuite qu’ils choisissent le format adapté : document, échange de questions-réponses, vidéo, logigramme ou page de wiki. Les managers inscrivent également cette transmission dans les objectifs des collaborateurs concernés.

Le point de départ n’est plus « que faut-il conserver ? », mais « de quoi le collègue aura-t-il besoin pour agir ? » Montrer un geste en vidéo, expliquer les raisons d’un choix lors d’un échange, rendre une méthode accessible dans un wiki : chaque format répond à un besoin concret. La connaissance est ainsi transmise en fonction de l’usage que d’autres pourront en faire. Selon Christophe Lasne, tous les experts partis à la retraite en 2024 et en 2025 ont préparé un plan de transfert. C’est un signe fort du déploiement du dispositif. Son effet se joue toutefois dans la suite : la capacité des successeurs à s’approprier ces savoirs et à les mobiliser dans leur travail.

Faire circuler les savoirs au rythme du travail quotidien

Au fil des projets, les collaborateurs alimentent le wiki et échangent dans l’espace de questions-réponses. Pour encourager l’usage de ces outils, Framatome organise notamment une learning week : selon Archimag, les sessions courtes de septembre 2023 ont enregistré près de 4 000 connexions. Un signe de participation, qui ne suffit toutefois pas à mesurer ce que les collaborateurs ont appris et réutilisé par la suite.

À leur arrivée, les nouvelles recrues doivent vite comprendre comment leur travail s’inscrit dans celui des autres. Pour les y aider, l’équipe KM a créé une « fresque des produits » : un exercice collectif avec des cartes pour découvrir les produits, les sites et les liens entre unités. Selon Christophe Lasne, plus de 500 personnes y ont participé en un an.

Au-delà des produits, elles apprennent ainsi à repérer les équipes et les collègues vers qui se tourner. Pour les praticiens du KM et de l’intelligence économique, l’intérêt est concret : une information venue de l’extérieur prend davantage de sens lorsqu’on la confronte à ce que les équipes ont déjà vécu. Leurs expériences peuvent aider à reconnaître un risque, à comprendre une évolution ou à éclairer une décision. Cette lecture est une piste d’analyse tirée du cas ; les sources publiques ne permettent pas d’établir que le programme KM a amélioré les décisions stratégiques de Framatome.

Des savoirs partagés à l’organisation apprenante : les enseignements du cas

Plusieurs années après son lancement, le programme KM continue de réunir les équipes autour de leurs besoins métier.

En 2025, Christophe Lasne faisait état d’une rencontre de 60 délégués KM consacrée à son déploiement dans les activités de l’entreprise. En juin 2026, une convention réunissait des équipes d’Allemagne, des États-Unis et de France autour des besoins opérationnels et des usages possibles de l’IA pour gérer les connaissances.

L’expérience de Framatome montre comment une organisation peut faire voyager les savoirs au-delà de ceux qui les détiennent : des collaborateurs les transmettent, des échanges leur donnent du sens et des outils les rendent accessibles. Mais la véritable mesure du programme se trouve dans ce qui se passe ensuite : des connaissances réutilisées, des pratiques qui évoluent, des erreurs que l’on ne répète plus. C’est lorsque l’expérience change la manière d’agir qu’une organisation commence réellement à apprendre.


Références


A propos de ...

Un départ, combien de connaissances perdues ? Fatima Zahra Bassir
Fatima Zahra Bassir est Program Officer – Advisory & Knowledge Management à l'Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). Spécialiste en Intelligence Compétitive et Stratégique, avec une expérience en conseil, elle intervient sur des enjeux de veille, d'analyse stratégique et de Knowledge Management au service d'une prise de décision plus éclairée.

Ses travaux de recherche explorent en parallèle l'intégration de l'intelligence artificielle dans les processus d'intelligence stratégique et les nouvelles perspectives qu'elle ouvre pour la décision au sein des organisations.
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