Stephan avant d’être conseiller technique du DFCI a vécu toute sa vie sur le bassin d’Arcachon et notamment sur cette zone où a eu lieu les incendies de l’été 2026.
Une présence quasi quotidienne dans la forêt et une partie de sa famille exploitant forestier, d’où son investissement au sein de la DFCI. L’incendie de l’été 2026 a détruit une partie de ses souvenirs et son engagement est aujourd’hui encore plus fort pour préserver et reconstruire cette forêt.
Bonjour Stéphan Goenaga. Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer votre rôle au sein de la DFCI ?
Bonjour. Je suis conseiller technique à la DFCI (Défense de la Forêt Contre les incendies) de Mios (33).
Normalement, notre travail c'est plutôt en aval : on passe derrière les pompiers une fois le feu éteint, on vérifie que ça ne reprend pas. Mais on agit aussi en amont, avec de la surveillance avant même que le feu démarre. Depuis 2022, on doit être environ 800 bénévoles dans la région, avec les fameux pick-up jaunes que tout le monde reconnaît localement. Rien qu'en Gironde, on a fait plus de 1 300 patrouilles en 2025. Dans l'idéal, chaque commune devrait avoir sa défense incendie.
Normalement, notre travail c'est plutôt en aval : on passe derrière les pompiers une fois le feu éteint, on vérifie que ça ne reprend pas. Mais on agit aussi en amont, avec de la surveillance avant même que le feu démarre. Depuis 2022, on doit être environ 800 bénévoles dans la région, avec les fameux pick-up jaunes que tout le monde reconnaît localement. Rien qu'en Gironde, on a fait plus de 1 300 patrouilles en 2025. Dans l'idéal, chaque commune devrait avoir sa défense incendie.
À quel moment avez-vous compris que ce n'était plus un feu de forêt classique, mais une vraie crise ?
C'est à Saumos que ça a basculé pour moi. J'y suis allé le vendredi soir, à titre personnel, sans qu'on me le demande, on ne nous envoie pas toujours en mission, malheureusement les rapports entre le commandement des pompiers et bénévoles DFCI ne sont pas toujours simples, même quand on connaît le terrain mieux qu'eux.
Le vrai déclic, c'est quand ils ont décidé de laisser brûler le carré entre Blagon et Lège-Cap-Ferret. Là je me suis dit : ça va traverser la voie rapide Bordeaux–Lège-Cap-Ferret. Et c'est exactement ce qui s'est passé cette nuit-là. Cela étant, ça a continué vers Blagon, Saint-Jean-d'Illac... Cette route, c'est le seul axe pour aller sur la presqu'île. Si le feu passe, il n'a plus qu'à filer jusqu'à l'océan, avec au bout le Cap Ferret, sans issue possible. C'est pour ça que les pompiers ont mis le paquet là-bas : un cul-de-sac, ils ne pouvaient pas se permettre de le perdre.
Le vrai déclic, c'est quand ils ont décidé de laisser brûler le carré entre Blagon et Lège-Cap-Ferret. Là je me suis dit : ça va traverser la voie rapide Bordeaux–Lège-Cap-Ferret. Et c'est exactement ce qui s'est passé cette nuit-là. Cela étant, ça a continué vers Blagon, Saint-Jean-d'Illac... Cette route, c'est le seul axe pour aller sur la presqu'île. Si le feu passe, il n'a plus qu'à filer jusqu'à l'océan, avec au bout le Cap Ferret, sans issue possible. C'est pour ça que les pompiers ont mis le paquet là-bas : un cul-de-sac, ils ne pouvaient pas se permettre de le perdre.
À la télé, on voyait des moyens impressionnants. Sur le terrain, est-ce que ça donnait cette impression de maîtrise ?
Pas du tout. Il n'y avait quasiment aucune communication, aucune synchronisation.
En 2022 à Landiras, ce n'était déjà pas brillant, heureusement qu'il y avait les agriculteurs dès le départ. Mais cette année, c'était pire. Un samedi, on protégeait un point stratégique pour empêcher le feu de traverser la route vers Audenge. Il n'y avait que des bénévoles DFCI, aucun pompier : ils étaient tous à la ferme photovoltaïque. J'ai croisé un lieutenant des Hautes-Pyrénées de l'autre côté de la parcelle, il m'a dit lui-même qu'il n'y avait aucune coordination. La première nuit, j'étais avec la BSPP, les pompiers de Paris, ils sont restés avec nous de leur propre initiative, et on a sauvé trois maisons sur cinq grâce à ça. Le commandement, je ne sais pas comment ils travaillaient, mais c'était un vrai bazar.
En 2022 à Landiras, ce n'était déjà pas brillant, heureusement qu'il y avait les agriculteurs dès le départ. Mais cette année, c'était pire. Un samedi, on protégeait un point stratégique pour empêcher le feu de traverser la route vers Audenge. Il n'y avait que des bénévoles DFCI, aucun pompier : ils étaient tous à la ferme photovoltaïque. J'ai croisé un lieutenant des Hautes-Pyrénées de l'autre côté de la parcelle, il m'a dit lui-même qu'il n'y avait aucune coordination. La première nuit, j'étais avec la BSPP, les pompiers de Paris, ils sont restés avec nous de leur propre initiative, et on a sauvé trois maisons sur cinq grâce à ça. Le commandement, je ne sais pas comment ils travaillaient, mais c'était un vrai bazar.
Il y avait beaucoup d'acteurs non professionnels en appui des professionnels sur le terrain. Vous parleriez de coordination ou plutôt de juxtaposition ?
Aucune coordination, clairement. C'était instinctif : les gens voyaient tout brûler et venaient spontanément avec de l'eau. Certains arrivaient avec des camions de dix, quinze mille litres, d'autres avec des cuves. Ça a parfois viré à la cacophonie, mais honnêtement, heureusement qu'ils étaient là, on avait besoin d'un volume d'eau énorme, et les pompiers sur le terrain étaient ravis de ce soutien.
Le problème, c'est qu'un feu qu'on ne combat pas tout de suite, à l'intérieur, ça grossit. Le front est passé de deux cents mètres à mille, puis à vingt kilomètres. Vingt kilomètres à arrêter, c'est autre chose.
Le problème, c'est qu'un feu qu'on ne combat pas tout de suite, à l'intérieur, ça grossit. Le front est passé de deux cents mètres à mille, puis à vingt kilomètres. Vingt kilomètres à arrêter, c'est autre chose.
On imagine mal l'étendue des dégâts...
C'est immense. De la Pointe Émile jusqu'au Grand Crohot, en remontant vers Saumos, ça fait un triangle monstrueux. En quatre ans, soixante-dix mille hectares sont partis en fumée en Gironde, un tiers du département. Si dans les commandements on se distribue des médailles pour ça, moi je démissionnerais. On aurait pu arrêter ce feu à plein d'endroits. Plein.
Comment on tient, humainement, face à une crise aussi longue ?
Par la solidarité. Des gens sont venus aider de très loin, spontanément, sans la fatigue et le temps. Aujourd'hui encore, il y a une vraie reconnaissance : énormément de demandes pour rejoindre la DFCI ou devenir pompier volontaire. Cet engouement, je pense qu'il va durer. J'en suis certain.
L'évacuation des populations a été un enjeu majeur. Comment vit-on ce moment où on demande aux gens de partir sans savoir ce qu'ils retrouveront ?
Ce sont des moments très durs. Pour Le Porge, l'évacuation était nécessaire, aucun doute là-dessus. Mais ce soir-là, j'étais sur le feu, je savais exactement où il était et où il allait : il n'y avait aucune urgence à évacuer Mios, Biganos, Le Barp, ni même Marcheprime, le feu était à dix kilomètres. On aurait pu prévenir les gens, leur dire de se tenir prêts. Mais évacuer deux cent vingt mille personnes d'un coup, c'est long, c'est ingérable.
En Gironde, on n'arrête pas de parler de feux « hors norme ». Le prochain, dans un an ou deux, sera encore hors norme. Curieusement, dans les Landes juste à côté, ce ne sont jamais des feux hors norme, pourtant ils sont graves aussi.
En Gironde, on n'arrête pas de parler de feux « hors norme ». Le prochain, dans un an ou deux, sera encore hors norme. Curieusement, dans les Landes juste à côté, ce ne sont jamais des feux hors norme, pourtant ils sont graves aussi.
Justement, y a-t-il eu des différences de gestion entre les deux départements ?
Clairement. Eux n'ont perdu que trois mille cinq cents hectares. Leur feu a démarré en zone habitée, ce qui compliquait tout dès le départ, mais leur méthode de travail est complètement différente de la nôtre, les chiffres parlent d'eux-mêmes. J'ai un peu écouté le préfet des Landes : posé, concret, raisonné. Tout paraissait plus clair.
Si vous deviez retenir une leçon pour préparer les prochaines crises ?
Attaquer le feu tout de suite, ne jamais attendre. Avant l’été, j'étais à une réunion de préparation avec le sous-préfet d'Arcachon, les maires, les gendarmes, les pompiers. On sentait une volonté d'agir vite. Mais après le décès de deux pompiers à Mérignac, juste avant Saumos, les consignes ont changé : rester sur les chemins, en bord de route, ne plus rentrer dans le feu directement. Résultat, tant qu'on travaille comme ça, ça va continuer à brûler.
Le feu de Saumos aurait pu être éteint très vite : un copain qui l'a suivi de près m'a dit que le front faisait deux cents mètres de large, cinquante centimètres de haut, et qu'il n'avançait pas si vite que ça. Un feu, pour qu'il s'arrête, il ne faut pas qu'il ait à manger. Alliance Forêts Bois, qui gère les pare-feux de ma forêt, en a fait cent vingt-deux kilomètres en deux jours. Il faut arrêter de faire croire qu'on n'en est pas capable.
Le feu de Saumos aurait pu être éteint très vite : un copain qui l'a suivi de près m'a dit que le front faisait deux cents mètres de large, cinquante centimètres de haut, et qu'il n'avançait pas si vite que ça. Un feu, pour qu'il s'arrête, il ne faut pas qu'il ait à manger. Alliance Forêts Bois, qui gère les pare-feux de ma forêt, en a fait cent vingt-deux kilomètres en deux jours. Il faut arrêter de faire croire qu'on n'en est pas capable.
Un souhait pour l'après-crise ?
Ne pas revoir les mêmes erreurs et pourtant, on dirait qu'on fait pire. Je voudrais une meilleure communication entre tous les acteurs, du clair, du simple. Il y a beaucoup trop de monde autour de la table dans les commandements. Face à un feu, chaque minute perdue est une minute de feu gagnée : on ne peut pas se permettre des réunions de six heures.
Et surtout, écouter les gens qui vivent la forêt toute l'année. Cinq jours après le départ du feu, un officier qui étais chez un ami ne savait même pas qu'il y avait un lac à quelques mètres derrière la maison, une réserve d'eau inépuisable. Certaines cartes des pompiers n'étaient pas à jour non plus. Le sylviculteur du coin, quand il dit quelque chose, il faut l'écouter. C'est peut-être l'information qui manque à tout le monde.
Et surtout, écouter les gens qui vivent la forêt toute l'année. Cinq jours après le départ du feu, un officier qui étais chez un ami ne savait même pas qu'il y avait un lac à quelques mètres derrière la maison, une réserve d'eau inépuisable. Certaines cartes des pompiers n'étaient pas à jour non plus. Le sylviculteur du coin, quand il dit quelque chose, il faut l'écouter. C'est peut-être l'information qui manque à tout le monde.
Merci beaucoup, Stéphan Goenaga, pour ce témoignage aussi franc que précieux.
A propos de ...
OPEN DFCI centralise et partage les données et outils cartographiques participant à la Défense des Forêts Contre les Incendies (DFCI), afin de renforcer la connaissance, la coordination et la résilience des territoires face au risque incendie.
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Entretien réalisé par ...
Olivier Cardini est consultant en intelligence économique depuis 1996. Installé en Bretagne, il accompagne ses clients de manière personnalisée pour les aider à mieux comprendre et décoder leur environnement, souvent complexe, et à renforcer les coopérations en plaçant l’humain au centre.
La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.
Son travail consiste notamment à identifier les risques, en particulier ceux liés au facteur humain et aux pratiques de social engineering. Il aide ensuite les équipes à transformer ces signaux faibles en pistes d’action concrètes.
Il intervient aussi comme formateur auprès d’étudiants, de dirigeants et de leurs équipes. Par ailleurs, il organise ou co-organise régulièrement des événements professionnels, comme des tables rondes et des conférences.
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