Géopolitique

L'or vénézuélien passe de Londres à New York : souveraineté restituée, mais sous tutelle américaine


Giuseppe Gagliano, Cestudec
Samedi 19 Septembre 2026


Après sept années de blocage à Londres, le Venezuela pourrait récupérer la propriété de 31 tonnes d’or, mais pas leur libre disposition. Transférés à New York et placés sous un mécanisme de contrôle américain, les lingots offriraient à Caracas une précieuse capacité de financement tout en consacrant une souveraineté monétaire sous surveillance.



L'or vénézuélien passe de Londres à New York : souveraineté restituée, mais sous tutelle américaine

Caracas récupère la propriété des lingots sans retrouver la liberté d'en disposer

Le Venezuela pourrait enfin récupérer le contrôle juridique de ses réserves d'or, conservées depuis sept ans dans les coffres de la Banque d'Angleterre. Mais, pour redevenir officiellement vénézuélien, cet or devra traverser l'Atlantique et être placé dans les dépôts de la Banque fédérale de réserve de New York. Il s'agit donc d'une restitution accompagnée d'une nouvelle forme de surveillance.
 
Selon les informations du "quotidien financier britannique" (https://www.ft.com/content/8f1f3047-372d-425f-bcd6-cfe9d5d4890c), le gouvernement et l'opposition vénézuéliens seraient proches d'un accord portant sur le transfert d'environ 31 tonnes de lingots, estimées à près de quatre milliards de dollars. Les négociations étant toujours en cours, il ne s'agit pas encore d'un accord définitivement conclu.
 
Le gouvernement provisoire dirigé par Delcy Rodríguez obtiendrait le contrôle légal des réserves, mais ne pourrait pas les vendre librement. L'or serait principalement utilisé comme garantie afin d'obtenir des prêts destinés aux dépenses publiques et à la reconstruction des régions frappées par les séismes de juin.

Le retour d'un or qui ne revient pas vraiment

La distinction entre propriété et disponibilité effective est déterminante. Caracas retrouverait la propriété officielle des lingots, mais Washington conserverait un pouvoir substantiel sur leurs conditions d'utilisation. Chaque prêt, garantie ou opération financière dépendrait en effet de modalités préalablement négociées et de mécanismes de contrôle extérieurs.
 
L'opération ne correspond donc pas à un transfert de propriété de l'or aux États-Unis, mais elle ne constitue pas davantage une restauration complète de la souveraineté monétaire vénézuélienne. Il s'agit plutôt d'un compromis : le Venezuela récupère un bien national gelé, tandis que les États-Unis obtiennent la possibilité d'en surveiller l'utilisation, en empêchant que les réserves soient rapidement vendues ou employées sans autorisation.
 
L'affaire remonte à 2019, lorsque les États-Unis et le Royaume-Uni reconnurent Juan Guaidó comme président provisoire du Venezuela et refusèrent au gouvernement de Nicolás Maduro l'accès aux lingots. Depuis lors, l'or est resté prisonnier d'une bataille judiciaire et diplomatique dans laquelle le droit de propriété a été subordonné à la reconnaissance politique du gouvernement considéré comme légitime par Londres.

Une bouffée d'oxygène financier, mais aux conditions occidentales

L'or vénézuélien passe de Londres à New York : souveraineté restituée, mais sous tutelle américaine
Pour Caracas, quatre milliards de dollars représentent une ressource considérable, notamment après les destructions provoquées par les séismes, l'accélération de l'inflation et la dégradation des infrastructures. Employer l'or comme garantie permettrait d'obtenir des financements sans devoir le vendre et sans réduire définitivement les réserves de la banque centrale.
 
Le risque réside toutefois dans la transformation d'un patrimoine réel en une nouvelle dette. Si les prêts étaient accordés à des conditions coûteuses ou liés à des programmes économiques définis depuis l'étranger, l'or national deviendrait l'instrument permettant aux créanciers d'orienter la politique économique du pays. La reconstruction serait financée, mais dans le cadre d'un système de surveillance conçu par les gouvernements qui ont maintenu les lingots bloqués pendant plusieurs années.
 
Le choix de New York possède également une portée politique évidente. À une époque où plusieurs États cherchent à rapatrier leurs réserves d'or, le Venezuela suivrait la trajectoire inverse : il transférerait son or d'une place financière occidentale vers une autre, encore plus proche du principal centre de pouvoir ayant imposé les sanctions contre Caracas.

La puissance sans tirer un seul coup de feu

L'affaire ne comporte pas de dimension militaire directe, mais elle démontre que les réserves monétaires font désormais partie intégrante de la compétition stratégique. Le gel de l'or d'une banque centrale peut réduire les capacités d'un État, entraver ses dépenses publiques et limiter son autonomie avec une efficacité parfois comparable à celle d'un blocus économique.
 
Pour Washington, l'accord constituerait une victoire géopolitique. Les États-Unis pourraient favoriser la stabilisation du Venezuela, limiter le risque d'effondrement et, simultanément, accompagner sa réintégration progressive dans le système financier occidental. À l'arrière-plan demeurent les immenses réserves pétrolières vénézuéliennes ainsi que la possibilité de réduire l'influence exercée depuis plusieurs années par la Russie, la Chine et l'Iran.
 
Delcy Rodríguez obtiendrait des ressources indispensables et une première reconnaissance internationale de sa capacité à gouverner. En échange, elle devrait accepter que le principal patrimoine monétaire du pays reste soumis à des contraintes extérieures.
 
L'or vénézuélien sortirait donc de sa prison britannique, mais ne rentrerait pas à Caracas. Il changerait simplement de coffre-fort et de gardien. C'est le signe d'une normalisation encore inachevée : le Venezuela récupère officiellement une partie de sa richesse, tandis que les États-Unis consolident leur rôle de garants, de créanciers et de surveillants de sa future reconstruction.

Sources


A propos de ...

Giuseppe Gagliano  a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis). Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, (EGE).
Il collabore avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan.
La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.

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