Un accord énergétique qui dissimule un pacte stratégique
Donald Trump a transmis au Congrès un accord de coopération nucléaire civile d'une durée de trente ans avec l'Arabie saoudite. Sur le papier, il s'agit de construire des centrales, de former des techniciens et de permettre aux entreprises américaines de participer au développement énergétique du royaume. En réalité, le projet concerne simultanément le pétrole, la sécurité, Israël, l'Iran et la compétition avec la Chine et la Russie.
Washington veut conquérir une position dominante dans la future industrie nucléaire saoudienne. Riyad cherche, pour sa part, à obtenir des technologies, une protection politique et surtout la reconnaissance de son droit à développer une partie autonome du cycle du combustible. C'est sur ce point que se prépare l'affrontement avec le Congrès : l'enrichissement de l'uranium sur le territoire saoudien ne constituerait pas seulement un choix industriel, mais ouvrirait également une question de prolifération militaire.
Trump aurait subordonné l'accord à la normalisation des relations entre l'Arabie saoudite et Israël. Le nucléaire devient ainsi la monnaie d'échange d'une négociation beaucoup plus vaste : la technologie américaine en échange de l'entrée saoudienne dans un nouveau système régional construit autour de la coopération avec l'État israélien.
L'intérêt économique de Riyad
L'Arabie saoudite possède d'immenses réserves de pétrole, mais elle consomme une part croissante de sa production pour générer de l'électricité, alimenter son industrie et dessaler l'eau de mer. Le développement du nucléaire permettrait au royaume de réduire sa consommation intérieure de pétrole et de gaz, libérant ainsi de plus grandes quantités d'hydrocarbures pour l'exportation.
L'avantage serait double. D'une part, Riyad pourrait maintenir des recettes pétrolières élevées malgré l'augmentation de la demande intérieure ; d'autre part, le pays construirait un nouveau secteur industriel capable de produire des emplois qualifiés, de la recherche, des infrastructures et des compétences technologiques.
Pour les entreprises américaines, la valeur de l'accord pourrait atteindre plusieurs dizaines de milliards de dollars entre la construction des centrales, la maintenance, la sécurité, la fourniture du combustible, la formation et la gestion des déchets. Il ne s'agirait pas seulement de vendre des réacteurs, mais de mettre en place une filière destinée à lier le système énergétique saoudien aux États-Unis pendant toute une génération.
Washington craint qu'en l'absence d'accord, Riyad ne se tourne vers la Chine, la Russie, la Corée du Sud ou la France. Pékin et Moscou pourraient offrir des conditions politiques moins contraignantes, réduisant ainsi la capacité américaine à contrôler les technologies, les matériaux et les procédures.
La question de l'enrichissement
L'enrichissement de l'uranium peut servir à produire le combustible destiné aux centrales. Mais les mêmes connaissances et infrastructures, poussées à des niveaux beaucoup plus élevés, peuvent contribuer à la fabrication de matière destinée à une arme nucléaire.
Autoriser Riyad à enrichir de l'uranium ne signifierait pas automatiquement que le royaume construirait une bombe. Cela créerait cependant une capacité potentielle et réduirait le temps nécessaire à une éventuelle décision militaire future. C'est ce qui préoccupe une partie du Congrès et des institutions américaines engagées dans la lutte contre la prolifération.
Dans leur accord nucléaire avec Washington, les Émirats arabes unis avaient accepté de renoncer à l'enrichissement de l'uranium et au retraitement du combustible usé. Accorder des conditions plus favorables à l'Arabie saoudite affaiblirait ce précédent et pousserait d'autres pays du Moyen-Orient à réclamer les mêmes droits.
Riyad affirme ne pas vouloir dépendre éternellement de fournisseurs étrangers. Mais son calcul stratégique est surtout lié à l'Iran. Si Téhéran maintenait ou élargissait ses capacités nucléaires, les Saoudiens voudraient disposer des instruments nécessaires pour rééquilibrer la menace.
Le programme civil deviendrait ainsi une forme de dissuasion indirecte : non pas un arsenal immédiatement disponible, mais la possibilité crédible de le développer à l'avenir.
La normalisation avec Israël comme contrepartie
Trump veut utiliser l'accord pour obtenir la reconnaissance d'Israël par l'Arabie saoudite. Il s'agirait d'un résultat diplomatique d'une immense importance, capable de modifier les équilibres du Moyen-Orient et de consolider un front commun contre l'Iran.
Cette condition peut cependant devenir le principal obstacle. Riyad normalisera difficilement ses relations avec Israël sans obtenir des garanties américaines concernant sa sécurité, des livraisons d'armements avancés et des progrès concrets sur la question palestinienne. Israël, de son côté, pourrait s'opposer à des concessions politiques en faveur des Palestiniens et considérer avec inquiétude une capacité saoudienne d'enrichissement de l'uranium.
Il se forme ainsi un triangle particulièrement complexe. Les États-Unis veulent la normalisation ; l'Arabie saoudite veut la technologie nucléaire et une protection militaire ; Israël veut la reconnaissance saoudienne sans perdre sa supériorité stratégique.
Le Congrès devra déterminer jusqu'à quel point il est acceptable de modifier les règles de non-prolifération pour obtenir un résultat diplomatique.
La compétition avec la Chine et la Russie
L'accord possède également une signification géoéconomique évidente. Contrôler la filière nucléaire saoudienne signifie influencer pendant plusieurs décennies les choix énergétiques, industriels et militaires du royaume. Washington veut empêcher Pékin d'utiliser le nucléaire pour renforcer sa présence dans le Golfe et Moscou de consolider ses relations énergétiques avec Riyad.
Le projet démontre également que le pétrole n'est plus le seul fondement des relations entre les États-Unis et l'Arabie saoudite. Le nouveau lien passe par les technologies avancées, la défense aérienne, la sécurité maritime, le traitement des données et la production nucléaire.
Pour Riyad, placer les grandes puissances en concurrence permet d'obtenir de meilleures conditions. L'Arabie saoudite ne veut plus être seulement un allié subordonné des États-Unis : elle veut négocier comme une puissance régionale indispensable.
Un accord susceptible de transformer le Moyen-Orient
S'il était approuvé sans limites rigoureuses, l'accord pourrait encourager une course régionale aux capacités nucléaires. La Turquie, l'Égypte et les Émirats arabes unis pourraient revendiquer des conditions comparables, tandis que l'Iran utiliserait le programme saoudien pour justifier l'élargissement du sien.
Si, au contraire, le Congrès imposait une interdiction absolue de l'enrichissement, Riyad pourrait se tourner vers des fournisseurs moins exigeants. Washington se trouve donc face à un dilemme : protéger les règles de non-prolifération ou empêcher l'Arabie saoudite d'entrer dans l'orbite technologique chinoise et russe.
Trump présente le nucléaire comme la récompense accordée en échange de la paix avec Israël. Mais transférer des technologies stratégiques pour obtenir un succès diplomatique signifie remettre au Moyen-Orient un instrument destiné à survivre beaucoup plus longtemps que n'importe quel accord politique.
Les centrales produiront de l'électricité. Leur signification sera toutefois inévitablement militaire et géopolitique.
A propos de ...
Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis). Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, (EGE).
Il collabore avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan.
La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.
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