Gestion de crise

Le premier signal d’une crise n’est presque jamais un article de presse. C’est un commentaire !


Jacqueline Sala
Vendredi 9 Janvier 2026


Les crises ne laissent plus le temps de respirer : elles naissent en quelques minutes, se déforment en quelques secondes et s’emballent sous l’effet de l’IA et des algorithmes. Pour les organisations, la question n’est plus de savoir si elles seront confrontées à un déferlement numérique, mais comment elles y répondront. Une certitude : seule une méthode claire, anticipée et assumée permet de garder la maîtrise quand tout s’accélère.



Le premier signal d’une crise n’est presque jamais un article de presse. C’est un commentaire !
Je le répète souvent, parce que c’est ce que j’observe sur le terrain depuis des années : en 2026, une crise naît dans les flux rapides des plateformes digitales, puis elle “fabrique” sa propre narration à coups de captures d’écran, de vidéos recadrées et de reprises en chaîne.
En tant que fondateur de Forcola, agence de conseil en communication & marketing j’accompagne des organisations agiles, mais parfois moins armées face à la violence d’un emballement social. Et c’est précisément pour elles que la gestion de crise sur les réseaux sociaux doit être méthodique, simple à exécuter, et pensée… avant que tout n’explose.
Hugo Picaper

En 2026, ce qui a changé : la vitesse… et la visibilité de la modération

La viralité impose une réactivité millimétrée. Un silence de 30 minutes peut être interprété comme du déni ; une suppression de commentaire, comme de la censure ; une réponse trop juridique, comme du mépris. La modération n’est plus une opération “technique” invisible : elle est observée, commentée, et parfois instrumentalisée.

J’ajoute un facteur devenu décisif : l’IA a industrialisé la déformation. Une formulation maladroite peut être “remixée” en dizaines de posts. Un faux visuel peut circuler avant même que l’équipe de communication ne soit informée. Résultat : on ne gère plus uniquement une crise, mais aussi la manière dont elle se propage et se transforme. 

Une règle d’or : gagner du temps sans perdre de crédibilité

Quand une crise éclate, on veut souvent “le bon message”. Mon expérience me dit qu’il faut d’abord “le bon tempo”.
  1. Qualifier en 10 minutes : de quoi parle-t-on exactement ? où ça démarre ? quel volume ? quel risque (réputation, juridique, sécurité) ?
  2. Installer une cellule courte : une personne décisionnaire, une personne communication, une personne relation client, un relais juridique. Pas quinze validateurs.
  3. Publier un message d’attente utile : factuel, daté, avec un prochain point. Même si vous n’avez pas tout, vous pouvez dire ce que vous faites et quand vous revenez.
Exemple très concret : une entreprise de services B2B subit une panne. Sur LinkedIn, les commentaires montent : “inadmissible”, “on change de prestataire”. Le réflexe gagnant consiste à épingler un post : incident identifié, équipe mobilisée, mesures immédiates, heure de la prochaine mise à jour. Ce n’est pas spectaculaire, mais cela réduit l’angoisse et évite la surenchère.
 

La doctrine de modération : ce qui se décide à froid (et s’applique à chaud)

Je recommande toujours une charte de modération courte, publiée et assumée. Trois lignes peuvent suffire :
  • on accepte la critique, on refuse l’insulte ;
  • on supprime les informations personnelles et les appels au harcèlement ;
  • on redirige les cas individuels vers un canal support.
Ensuite, en crise, la question n’est pas “supprime-t-on ?”, mais “pourquoi supprime-t-on, comment on l’explique, et comment on conserve une trace”. Dans un contexte où les obligations et les attentes se renforcent, la traçabilité et la cohérence deviennent aussi importantes que le ton.
 
Autre exemple : un témoignage client, légitime, est repris par des comptes qui ajoutent de fausses affirmations. Si vous laissez tout passer, vous normalisez la désinformation. Si vous coupez trop fort, vous déclenchez l’accusation de censure. La stratégie la plus robuste est hybride : filtrage des attaques personnelles et des fakes évidents, réponses publiques sur le factuel, et proposition d’un échange privé quand il s’agit d’un cas isolé.
 

Les trois erreurs qui coûtent le plus cher

  • Attendre la validation parfaite : l’algorithme, lui, ne vous attend pas.
     
  • Répondre sur la défensive : on gagne rarement un conflit public en “ayant raison”.
     
  • Parler “une fois” : la crise se gère en séquences. Mieux vaut trois points d’info sobres qu’un communiqué unique trop long.

Le 28 janvier : passer de la théorie au réflexe

Le 28 janvier 2026, l’Union des marques consacre une matinée à un sujet devenu central : comment bien gérer une crise et sa modération sur les réseaux sociaux en 2026. J’aurai le plaisir d’ouvrir l’événement avec une introduction consacrée à l’état des lieux 2025–2026 et aux enjeux pour les communicants.

Nous travaillerons sur ce qui fait vraiment la différence quand tout s’emballe : la vitesse de réaction, le choix du ton, l’articulation entre communication et juridique, et la cohérence entre plateformes. Et nous irons jusqu’au bout du sujet : modérer avec discernement, entre intervention humaine et outils automatisés, sans perdre la bataille de la crédibilité.

Mon objectif est simple : que chaque participant reparte avec un playbook applicable dès le lendemain, et une méthode de décision qui tienne même sous pression
Lien : Union des Marques
 

A propos de ...

Hugo Picaper est le fondateur et président de Forcola, agence de conseil en communication, & marketing. Fort de plus de 16 ans d’expérience, il crée Forcola en 2018 pour aider les entreprises à structurer leur croissance et leur présence numérique. Basée à Paris et disposant d’un second bureau à Venise, Forcola accompagne notamment des projets de stratégie digitale, d’animation des réseaux sociaux, d’e-réputation et d’intégration de l’IA générative.