Entre abondance des matières premières et faiblesse de la chaîne de valeur
Le continent africain possède d’importantes ressources minérales, notamment le cobalt et le cuivre en République démocratique du Congo et en Zambie, le lithium au Zimbabwe, le manganèse en Afrique australe, les phosphates au Maroc et l’uranium au Niger et en Namibie. Cependant, l’exploitation minière ne garantit pas à elle seule le développement industriel. Dans de nombreux pays, l’extraction est davantage développée que le raffinage, la transformation chimique, la fabrication de composants ou le recyclage.
L’enjeu stratégique est donc de dépasser le modèle fondé sur l’exportation de matières premières. Pour les pays producteurs, la priorité consiste à créer des emplois qualifiés, à développer les infrastructures et à capter une plus grande part de la valeur ajoutée. Pour la France et l’Europe, il s’agit de sécuriser les approvisionnements, de diversifier les fournisseurs et de réduire les dépendances industrielles.
Les partenariats de demain devront ainsi associer accès aux ressources, transfert de compétences, formation, infrastructures énergétiques, transformation locale et respect des normes environnementales.
L’enjeu stratégique est donc de dépasser le modèle fondé sur l’exportation de matières premières. Pour les pays producteurs, la priorité consiste à créer des emplois qualifiés, à développer les infrastructures et à capter une plus grande part de la valeur ajoutée. Pour la France et l’Europe, il s’agit de sécuriser les approvisionnements, de diversifier les fournisseurs et de réduire les dépendances industrielles.
Les partenariats de demain devront ainsi associer accès aux ressources, transfert de compétences, formation, infrastructures énergétiques, transformation locale et respect des normes environnementales.
Une compétition internationale qui se traduit par des projets concrets
La concurrence pour les minerais africains ne se limite plus à l’achat de matières premières. Elle s’étend au financement des mines, aux infrastructures ferroviaires et portuaires, aux usines de traitement et aux accords de long terme. Chaque puissance mobilise ses entreprises, ses banques, ses organismes publics et ses outils diplomatiques.
La Chine : sécuriser les ressources et maîtriser les chaînes de valeur
La Chine occupe une position majeure dans plusieurs chaînes de valeur minières africaines, notamment celles du cuivre, du cobalt et du lithium. Sa stratégie combine prises de participation, contrats d’approvisionnement, infrastructures et capacités de transformation.
En République démocratique du Congo, l’accord Sicomines, associant des entreprises chinoises et la partie congolaise, illustre l’articulation entre exploitation minière et infrastructures. En janvier 2024, les deux parties ont annoncé une révision de l’accord prévoyant jusqu’à 7 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures. Il s’agit d’un engagement annoncé, qui ne doit pas être confondu avec une somme intégralement dépensée.
Au Zimbabwe, le groupe chinois Zhejiang Huayou Cobalt a acquis le projet de lithium d’Arcadia pour environ 422 millions de dollars en 2022. En 2024, un investissement annoncé d’environ 310 millions de dollars a également été associé à une installation de concentration du lithium à Sandawana, avec une capacité de traitement projetée de 3 millions de tonnes de minerai par an.
Ces projets montrent que l’objectif chinois est de sécuriser les ressources tout en développant les capacités de traitement. La présence industrielle en Afrique peut ainsi contribuer à alimenter des chaînes de production dont une partie importante se situe en Chine.
Pour la France et l’Europe, le défi consiste à proposer des partenariats compétitifs, prévisibles et suffisamment intégrés pour ne pas dépendre d’un nombre limité d’acteurs dans les étapes stratégiques de la transformation.
En République démocratique du Congo, l’accord Sicomines, associant des entreprises chinoises et la partie congolaise, illustre l’articulation entre exploitation minière et infrastructures. En janvier 2024, les deux parties ont annoncé une révision de l’accord prévoyant jusqu’à 7 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures. Il s’agit d’un engagement annoncé, qui ne doit pas être confondu avec une somme intégralement dépensée.
Au Zimbabwe, le groupe chinois Zhejiang Huayou Cobalt a acquis le projet de lithium d’Arcadia pour environ 422 millions de dollars en 2022. En 2024, un investissement annoncé d’environ 310 millions de dollars a également été associé à une installation de concentration du lithium à Sandawana, avec une capacité de traitement projetée de 3 millions de tonnes de minerai par an.
Ces projets montrent que l’objectif chinois est de sécuriser les ressources tout en développant les capacités de traitement. La présence industrielle en Afrique peut ainsi contribuer à alimenter des chaînes de production dont une partie importante se situe en Chine.
Pour la France et l’Europe, le défi consiste à proposer des partenariats compétitifs, prévisibles et suffisamment intégrés pour ne pas dépendre d’un nombre limité d’acteurs dans les étapes stratégiques de la transformation.
Les États-Unis : sécuriser les approvisionnements grâce aux corridors stratégiques
La stratégie américaine cherche notamment à diversifier les approvisionnements en cuivre, cobalt et autres minerais critiques, en soutenant des infrastructures capables de relier les régions minières aux marchés internationaux.
Le corridor de Lobito, reliant les zones minières de la République démocratique du Congo et de la Zambie au port de Lobito, en Angola, constitue un exemple central de cette approche. En décembre 2024, la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) a annoncé un prêt pouvant atteindre 553 millions de dollars pour soutenir le projet ferroviaire et logistique.
Le corridor s’appuie sur un réseau ferroviaire de l’ordre de 1 300 kilomètres, selon le périmètre retenu pour le projet. Il vise à faciliter le transport des minerais et à améliorer les liaisons commerciales entre l’Afrique centrale, l’Afrique australe et les marchés mondiaux.
La DFC a également annoncé des soutiens techniques pour des projets miniers. En Angola, une assistance d’environ 3,4 millions de dollars a été prévue pour des études de faisabilité concernant le projet de terres rares de Longonjo et ses capacités de traitement. En Zambie, environ 3,2 millions de dollars ont été annoncés pour soutenir des travaux liés au projet de cuivre de Kakosa. Ces investissements correspondent à des soutiens techniques ou à des études, et non au coût total de construction des mines.
Ainsi, le cas américain montre que la compétition minière se joue aussi dans le contrôle des itinéraires d’exportation, le financement des infrastructures et la capacité à rendre les projets économiquement viables.
Le corridor de Lobito, reliant les zones minières de la République démocratique du Congo et de la Zambie au port de Lobito, en Angola, constitue un exemple central de cette approche. En décembre 2024, la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) a annoncé un prêt pouvant atteindre 553 millions de dollars pour soutenir le projet ferroviaire et logistique.
Le corridor s’appuie sur un réseau ferroviaire de l’ordre de 1 300 kilomètres, selon le périmètre retenu pour le projet. Il vise à faciliter le transport des minerais et à améliorer les liaisons commerciales entre l’Afrique centrale, l’Afrique australe et les marchés mondiaux.
La DFC a également annoncé des soutiens techniques pour des projets miniers. En Angola, une assistance d’environ 3,4 millions de dollars a été prévue pour des études de faisabilité concernant le projet de terres rares de Longonjo et ses capacités de traitement. En Zambie, environ 3,2 millions de dollars ont été annoncés pour soutenir des travaux liés au projet de cuivre de Kakosa. Ces investissements correspondent à des soutiens techniques ou à des études, et non au coût total de construction des mines.
Ainsi, le cas américain montre que la compétition minière se joue aussi dans le contrôle des itinéraires d’exportation, le financement des infrastructures et la capacité à rendre les projets économiquement viables.
Les pays du Golfe : investir dans les actifs miniers et les infrastructures
Les Émirats arabes unis renforcent leur présence dans les matières premières, notamment grâce à des investissements dans le cuivre et les actifs miniers. Leur stratégie vise à diversifier leurs intérêts économiques et à renforcer leur position dans les chaînes d’approvisionnement industrielles.
En Zambie, International Resources Holding (IRH), entreprise basée aux Émirats arabes unis, a acquis 51 % de Mopani Copper Mines. L’opération a été annoncée pour un montant pouvant atteindre 1,1 milliard de dollars, selon les modalités communiquées lors de la transaction. L’entreprise publique zambienne ZCCM-IH conserve 49 % du capital. Mopani comprend des mines de cuivre ainsi que des installations de traitement et de fusion. Cet investissement porte donc sur un ensemble industriel existant, et non simplement sur un droit d’exploration.
Le projet illustre l’intérêt croissant des investisseurs du Golfe pour les actifs miniers capables de fournir des matières premières à l’industrie mondiale. Il souligne aussi l’importance des capitaux, de la modernisation des équipements et des capacités de transformation dans la compétition internationale.
Pour la France, cette évolution implique de suivre non seulement les stratégies des puissances traditionnelles, mais aussi celles des nouveaux investisseurs capables de mobiliser rapidement des financements importants.
En Zambie, International Resources Holding (IRH), entreprise basée aux Émirats arabes unis, a acquis 51 % de Mopani Copper Mines. L’opération a été annoncée pour un montant pouvant atteindre 1,1 milliard de dollars, selon les modalités communiquées lors de la transaction. L’entreprise publique zambienne ZCCM-IH conserve 49 % du capital. Mopani comprend des mines de cuivre ainsi que des installations de traitement et de fusion. Cet investissement porte donc sur un ensemble industriel existant, et non simplement sur un droit d’exploration.
Le projet illustre l’intérêt croissant des investisseurs du Golfe pour les actifs miniers capables de fournir des matières premières à l’industrie mondiale. Il souligne aussi l’importance des capitaux, de la modernisation des équipements et des capacités de transformation dans la compétition internationale.
Pour la France, cette évolution implique de suivre non seulement les stratégies des puissances traditionnelles, mais aussi celles des nouveaux investisseurs capables de mobiliser rapidement des financements importants.
La Turquie : des ambitions minières et logistiques en Afrique centrale
La Turquie renforce ses relations économiques avec plusieurs pays africains par le commerce, les infrastructures, la construction et les partenariats industriels. Dans le secteur minier, le projet de minerai de fer de Mayoko-Moussondji, en République du Congo, constitue un exemple à examiner. Selon les informations communiquées par les autorités congolaises, un accord minier de 25 ans a été signé en août 2024 pour ce projet. Les ressources annoncées atteignent environ 383,8 millions de tonnes, avec une teneur moyenne en fer de 34,46 %.
La première phase vise une production d’environ 1 million de tonnes par an, avec un objectif ultérieur pouvant atteindre 3 millions de tonnes de concentré. Les autorités ont également fait état d’environ 125 millions de dollars déjà investis sur le site et d’une projection globale pouvant atteindre 15 milliards de dollars, incluant les infrastructures minières, ferroviaires et portuaires.
Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence : les 15 milliards de dollars correspondent à une projection annoncée pour un ensemble de développement beaucoup plus large, et non à un investissement déjà réalisé. Le projet illustre néanmoins une tendance importante : l’accès aux ressources dépend aussi de la capacité à construire des chemins de fer, des installations de traitement et des infrastructures portuaires.
Dans cette configuration, les entreprises turques peuvent se positionner à la fois comme partenaires industriels, opérateurs de projets et fournisseurs d’infrastructures.
La première phase vise une production d’environ 1 million de tonnes par an, avec un objectif ultérieur pouvant atteindre 3 millions de tonnes de concentré. Les autorités ont également fait état d’environ 125 millions de dollars déjà investis sur le site et d’une projection globale pouvant atteindre 15 milliards de dollars, incluant les infrastructures minières, ferroviaires et portuaires.
Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence : les 15 milliards de dollars correspondent à une projection annoncée pour un ensemble de développement beaucoup plus large, et non à un investissement déjà réalisé. Le projet illustre néanmoins une tendance importante : l’accès aux ressources dépend aussi de la capacité à construire des chemins de fer, des installations de traitement et des infrastructures portuaires.
Dans cette configuration, les entreprises turques peuvent se positionner à la fois comme partenaires industriels, opérateurs de projets et fournisseurs d’infrastructures.
L’Italie : le plan Mattei et la recherche de partenariats intégrés
L’Italie développe une stratégie africaine fondée sur l’énergie, les infrastructures, la coopération industrielle et le développement économique. Le plan Mattei a été doté d’une enveloppe initiale annoncée de 5,5 milliards d’euros, destinée à plusieurs secteurs et pays partenaires. Cette enveloppe n’est pas exclusivement consacrée aux minerais. Elle s’inscrit dans une approche plus large qui associe notamment l’énergie, les infrastructures, l’agriculture, la formation et les partenariats économiques.
L’Italie s’intéresse également au corridor de Lobito. En novembre 2024, des annonces ont évoqué une contribution pouvant atteindre 320 millions de dollars dans le cadre d’une phase ultérieure du développement du corridor, selon les modalités rapportées à cette date.
Le positionnement italien illustre une approche dans laquelle l’accès aux ressources peut être renforcé par la coopération énergétique, le financement des infrastructures et la construction de relations politiques durables avec les pays africains.
Pour la France, l’enjeu n’est pas seulement de rivaliser avec Rome sur les montants annoncés. Il est aussi de comprendre comment les partenariats énergétiques, les financements publics et les relations diplomatiques peuvent être combinés pour soutenir des intérêts industriels à long terme.
L’Italie s’intéresse également au corridor de Lobito. En novembre 2024, des annonces ont évoqué une contribution pouvant atteindre 320 millions de dollars dans le cadre d’une phase ultérieure du développement du corridor, selon les modalités rapportées à cette date.
Le positionnement italien illustre une approche dans laquelle l’accès aux ressources peut être renforcé par la coopération énergétique, le financement des infrastructures et la construction de relations politiques durables avec les pays africains.
Pour la France, l’enjeu n’est pas seulement de rivaliser avec Rome sur les montants annoncés. Il est aussi de comprendre comment les partenariats énergétiques, les financements publics et les relations diplomatiques peuvent être combinés pour soutenir des intérêts industriels à long terme.
Israël : une présence technologique à distinguer des investissements miniers directs
La présence israélienne en Afrique se distingue par un modèle spécifique qui requiert une analyse nuancée, éloignée des schémas d'investissements miniers d'État traditionnels. Contrairement aux entreprises publiques chinoises ou aux fonds souverains du Golfe, l'État d'Israël ne déploie pas de projets miniers intégrés de grande ampleur à l'échelle du continent. Les participations financières directes dans le secteur extractif relèvent principalement d'initiatives privées et d'hommes d'affaires individuellement positionnés, à l'instar des investissements historiques de Dan Gertler en République démocratique du Congo (cuivre, cobalt) ou du groupe BSGR (fer, diamant). Ces opérations privées comportent d'ailleurs des enjeux importants de conformité et de risques juridiques ou réputationnels pour les acteurs concernés.
Ainsi, au niveau institutionnel et industriel, l'intérêt israélien se concentre avant tout sur la fourniture de technologies de pointe et de services à haute valeur ajoutée capables d'optimiser, de moderniser ou de sécuriser les exploitations minières et les infrastructures connexes. Tout d’abord, la présence israélienne s’illustre à travers la gestion de l’eau et le traitement des effluents. À travers l'expertise d'acteurs comme Mekorot (la société nationale de l'eau) ou Netafim, Israël propose des solutions avancées de gestion du stress hydrique, de recyclage des eaux usées industrielles et de dessalement, répondant directement aux contraintes environnementales et opérationnelles des exploitants miniers.
S'y ajoutent les énergies renouvelables et les micro-réseaux. Des entreprises du secteur de la cleantech, à l'image d'Energiya Global Capital, développent également des projets axés sur les énergies renouvelables et l'électrification. C'est le cas au Rwanda, avec la mise en service d'une centrale solaire de 8,5 MW, ou encore au Liberia dans le cadre de programmes d'infrastructures énergétiques. Ces initiatives déploient des solutions d'énergie décentralisée qui s'avèrent indispensables pour alimenter les sites miniers situés dans les zones les plus isolées.
Enfin, ce positionnement technologique s'étend à la cybersécurité et à la sécurisation des infrastructures. Grâce à des groupes spécialisés comme Elbit Systems ou des entreprises du secteur cyber et GovTech, les acteurs israéliens fournissent des équipements de pointe (drones, capteurs, logiciels de surveillance et de protection numérique) pour sécuriser les corridors logistiques, les frontières et les installations industrielles critiques.
Il est donc essentiel de distinguer les investissements directs dans une concession minière, les contrats de fourniture d'équipements technologiques et les prestations de services spécialisés. Ces catégories n’ont ni le même poids financier, ni les mêmes implications géopolitiques.
Pour la France, la veille sur la présence israélienne en Afrique ne consiste pas à chercher des concurrents pour la détention des gisements, mais à repérer des innovations de rupture et des opportunités de partenariats technologiques (notamment sur le volet eau, énergie propre et cybersécurité) appuyés sur des contrats dument identifiés et documentés.
Ainsi, au niveau institutionnel et industriel, l'intérêt israélien se concentre avant tout sur la fourniture de technologies de pointe et de services à haute valeur ajoutée capables d'optimiser, de moderniser ou de sécuriser les exploitations minières et les infrastructures connexes. Tout d’abord, la présence israélienne s’illustre à travers la gestion de l’eau et le traitement des effluents. À travers l'expertise d'acteurs comme Mekorot (la société nationale de l'eau) ou Netafim, Israël propose des solutions avancées de gestion du stress hydrique, de recyclage des eaux usées industrielles et de dessalement, répondant directement aux contraintes environnementales et opérationnelles des exploitants miniers.
S'y ajoutent les énergies renouvelables et les micro-réseaux. Des entreprises du secteur de la cleantech, à l'image d'Energiya Global Capital, développent également des projets axés sur les énergies renouvelables et l'électrification. C'est le cas au Rwanda, avec la mise en service d'une centrale solaire de 8,5 MW, ou encore au Liberia dans le cadre de programmes d'infrastructures énergétiques. Ces initiatives déploient des solutions d'énergie décentralisée qui s'avèrent indispensables pour alimenter les sites miniers situés dans les zones les plus isolées.
Enfin, ce positionnement technologique s'étend à la cybersécurité et à la sécurisation des infrastructures. Grâce à des groupes spécialisés comme Elbit Systems ou des entreprises du secteur cyber et GovTech, les acteurs israéliens fournissent des équipements de pointe (drones, capteurs, logiciels de surveillance et de protection numérique) pour sécuriser les corridors logistiques, les frontières et les installations industrielles critiques.
Il est donc essentiel de distinguer les investissements directs dans une concession minière, les contrats de fourniture d'équipements technologiques et les prestations de services spécialisés. Ces catégories n’ont ni le même poids financier, ni les mêmes implications géopolitiques.
Pour la France, la veille sur la présence israélienne en Afrique ne consiste pas à chercher des concurrents pour la détention des gisements, mais à repérer des innovations de rupture et des opportunités de partenariats technologiques (notamment sur le volet eau, énergie propre et cybersécurité) appuyés sur des contrats dument identifiés et documentés.
Une compétition qui dépasse le contrôle des mines
L’analyse des projets chinois, américains, turcs, émiratis et italiens met en évidence une évolution majeure de la compétition internationale en Afrique : la maîtrise des ressources stratégiques ne repose plus uniquement sur la détention de droits miniers. Elle dépend également de la capacité à financer les infrastructures, à organiser le transport des matières premières et à développer des capacités de transformation industrielle.
Les exemples précédents illustrent la diversité des stratégies déployées. En République démocratique du Congo, l’accord Sicomines associe l’exploitation minière au financement d’infrastructures. Au Zimbabwe, les investissements chinois dans le lithium visent aussi à développer les capacités de traitement. En Zambie, l’acquisition d’une participation majoritaire dans Mopani Copper Mines par IRH témoigne de l’intérêt des investisseurs du Golfe pour des actifs miniers déjà intégrés à un environnement industriel. De leur côté, les États-Unis soutiennent notamment le corridor de Lobito, qui doit faciliter l’acheminement des minerais vers les marchés internationaux.
Ces opérations ne sont toutefois pas directement comparables. Une prise de participation dans une mine, un prêt destiné à une infrastructure ferroviaire, une aide à une étude de faisabilité et une enveloppe globale annoncée dans le cadre d’un plan de coopération correspondent à des réalités économiques différentes.
Pour mesurer la portée réelle de ces stratégies, il convient donc de distinguer les investissements effectivement réalisés, les engagements financiers formalisés, les financements d’infrastructures, les aides techniques et les objectifs annoncés à moyen ou long terme. Cette distinction permet de ne pas surestimer les capacités réelles des concurrents et de mieux apprécier l’état d’avancement des projets.
Au-delà des montants, trois critères méritent une attention particulière : le contrôle des actifs stratégiques, la maîtrise des infrastructures logistiques et la localisation des activités de transformation. Un acteur qui ne possède pas directement une mine peut, par exemple, renforcer son influence en finançant le chemin de fer qui la dessert ou en contrôlant les capacités de raffinage nécessaires à la commercialisation du minerai.
Cette réalité confère à l’intelligence économique un rôle essentiel. Il ne suffit plus de recenser les annonces d’investissement : il faut comprendre les relations entre les entreprises, les États, les institutions financières et les opérateurs logistiques. L’objectif est d’identifier les dépendances susceptibles de se former, les risques de concentration et les opportunités de coopération pour les entreprises françaises.
La question centrale devient alors celle de la capacité de la France à se positionner sur plusieurs maillons de la chaîne de valeur, depuis l’approvisionnement jusqu’à la transformation, en passant par les infrastructures, l’ingénierie et le recyclage.
Les exemples précédents illustrent la diversité des stratégies déployées. En République démocratique du Congo, l’accord Sicomines associe l’exploitation minière au financement d’infrastructures. Au Zimbabwe, les investissements chinois dans le lithium visent aussi à développer les capacités de traitement. En Zambie, l’acquisition d’une participation majoritaire dans Mopani Copper Mines par IRH témoigne de l’intérêt des investisseurs du Golfe pour des actifs miniers déjà intégrés à un environnement industriel. De leur côté, les États-Unis soutiennent notamment le corridor de Lobito, qui doit faciliter l’acheminement des minerais vers les marchés internationaux.
Ces opérations ne sont toutefois pas directement comparables. Une prise de participation dans une mine, un prêt destiné à une infrastructure ferroviaire, une aide à une étude de faisabilité et une enveloppe globale annoncée dans le cadre d’un plan de coopération correspondent à des réalités économiques différentes.
Pour mesurer la portée réelle de ces stratégies, il convient donc de distinguer les investissements effectivement réalisés, les engagements financiers formalisés, les financements d’infrastructures, les aides techniques et les objectifs annoncés à moyen ou long terme. Cette distinction permet de ne pas surestimer les capacités réelles des concurrents et de mieux apprécier l’état d’avancement des projets.
Au-delà des montants, trois critères méritent une attention particulière : le contrôle des actifs stratégiques, la maîtrise des infrastructures logistiques et la localisation des activités de transformation. Un acteur qui ne possède pas directement une mine peut, par exemple, renforcer son influence en finançant le chemin de fer qui la dessert ou en contrôlant les capacités de raffinage nécessaires à la commercialisation du minerai.
Cette réalité confère à l’intelligence économique un rôle essentiel. Il ne suffit plus de recenser les annonces d’investissement : il faut comprendre les relations entre les entreprises, les États, les institutions financières et les opérateurs logistiques. L’objectif est d’identifier les dépendances susceptibles de se former, les risques de concentration et les opportunités de coopération pour les entreprises françaises.
La question centrale devient alors celle de la capacité de la France à se positionner sur plusieurs maillons de la chaîne de valeur, depuis l’approvisionnement jusqu’à la transformation, en passant par les infrastructures, l’ingénierie et le recyclage.
La France face au défi de la souveraineté industrielle : sécuriser les approvisionnements et renforcer les partenariats
Pour la France, la compétition autour des minerais stratégiques ne peut être abordée sous le seul angle de l’accès aux ressources. Elle engage directement la souveraineté industrielle, la compétitivité des entreprises et la capacité à maintenir des chaînes d’approvisionnement fiables dans des secteurs essentiels, tels que l’énergie, les batteries, l’électronique, les transports et la défense.
La France dispose de compétences reconnues dans l’ingénierie, les procédés industriels, la gestion de l’eau, le traitement des matériaux, la traçabilité et le recyclage. Ces atouts peuvent constituer une base solide pour proposer aux pays producteurs des partenariats qui ne se limitent pas à l’extraction, mais qui contribuent également au développement de capacités industrielles locales.
Toutefois, ces compétences doivent s’accompagner d’offres économiquement compétitives, de solutions de financement adaptées et d’engagements de long terme. Les pays africains souhaitent de plus en plus valoriser leurs ressources sur leur territoire, créer des emplois qualifiés et accroître leur participation aux chaînes de valeur mondiales. Une stratégie française efficace doit intégrer ces priorités dès la conception des projets.
Dans cette perspective, l’action publique et la mobilisation des entreprises doivent être mieux articulées. Les dispositifs français consacrés à l’analyse des marchés et à la sécurisation des matières premières stratégiques, notamment l’OFREMI, peuvent contribuer à identifier les dépendances, à anticiper les tensions et à éclairer les décisions des acteurs économiques. La coordination entre les pouvoirs publics, les industriels, les organismes de recherche et les partenaires européens est également déterminante pour transformer l’information stratégique en projets concrets.
La priorité consiste d’abord à diversifier les sources d’approvisionnement. Une dépendance excessive à un pays, à une entreprise ou à une seule voie logistique peut fragiliser une filière industrielle en cas de crise politique, de restriction à l’exportation ou de rupture de transport. La diversification géographique, les contrats de long terme et le développement de solutions de substitution ou de recyclage peuvent contribuer à limiter ces risques.
Ensuite, la France doit encourager les projets intégrant plusieurs étapes de la chaîne de valeur. La transformation locale des minerais, le développement de capacités de traitement et la formation des personnels peuvent renforcer l’intérêt économique des partenariats pour les pays producteurs. Cette approche permet également de créer des relations industrielles plus durables, fondées sur des intérêts réciproques plutôt que sur la seule vente de matières premières.
Enfin, la souveraineté industrielle ne peut être pensée uniquement à l’échelle nationale. Une coopération européenne plus étroite en matière de financement, d’approvisionnement, de recherche et de recyclage permettrait de mutualiser les moyens et de renforcer le pouvoir de négociation des entreprises européennes. Elle offrirait également aux partenaires africains une gamme plus large de solutions industrielles et financières.
La France dispose de compétences reconnues dans l’ingénierie, les procédés industriels, la gestion de l’eau, le traitement des matériaux, la traçabilité et le recyclage. Ces atouts peuvent constituer une base solide pour proposer aux pays producteurs des partenariats qui ne se limitent pas à l’extraction, mais qui contribuent également au développement de capacités industrielles locales.
Toutefois, ces compétences doivent s’accompagner d’offres économiquement compétitives, de solutions de financement adaptées et d’engagements de long terme. Les pays africains souhaitent de plus en plus valoriser leurs ressources sur leur territoire, créer des emplois qualifiés et accroître leur participation aux chaînes de valeur mondiales. Une stratégie française efficace doit intégrer ces priorités dès la conception des projets.
Dans cette perspective, l’action publique et la mobilisation des entreprises doivent être mieux articulées. Les dispositifs français consacrés à l’analyse des marchés et à la sécurisation des matières premières stratégiques, notamment l’OFREMI, peuvent contribuer à identifier les dépendances, à anticiper les tensions et à éclairer les décisions des acteurs économiques. La coordination entre les pouvoirs publics, les industriels, les organismes de recherche et les partenaires européens est également déterminante pour transformer l’information stratégique en projets concrets.
La priorité consiste d’abord à diversifier les sources d’approvisionnement. Une dépendance excessive à un pays, à une entreprise ou à une seule voie logistique peut fragiliser une filière industrielle en cas de crise politique, de restriction à l’exportation ou de rupture de transport. La diversification géographique, les contrats de long terme et le développement de solutions de substitution ou de recyclage peuvent contribuer à limiter ces risques.
Ensuite, la France doit encourager les projets intégrant plusieurs étapes de la chaîne de valeur. La transformation locale des minerais, le développement de capacités de traitement et la formation des personnels peuvent renforcer l’intérêt économique des partenariats pour les pays producteurs. Cette approche permet également de créer des relations industrielles plus durables, fondées sur des intérêts réciproques plutôt que sur la seule vente de matières premières.
Enfin, la souveraineté industrielle ne peut être pensée uniquement à l’échelle nationale. Une coopération européenne plus étroite en matière de financement, d’approvisionnement, de recherche et de recyclage permettrait de mutualiser les moyens et de renforcer le pouvoir de négociation des entreprises européennes. Elle offrirait également aux partenaires africains une gamme plus large de solutions industrielles et financières.
Le Niger et Orano : les enseignements d’un risque industriel et politique
La situation de SOMAÏR au Niger illustre les limites d’une stratégie reposant sur la détention d’actifs miniers sans prise en compte suffisante de l’évolution des risques politiques et contractuels.
Avant la rupture des relations, Orano détenait 63,4 % de SOMAÏR, tandis que la société publique nigérienne SOPAMIN en possédait 36,6 %. En décembre 2024, Orano a annoncé avoir perdu le contrôle opérationnel de la société. En juin 2025, les autorités nigériennes ont annoncé la nationalisation de SOMAÏR, dans un contexte de différend entre les parties.
Cette évolution souligne qu’une participation majoritaire au capital ne garantit pas nécessairement le maintien du contrôle opérationnel, l’accès aux installations ou la continuité de la production. Les projets miniers sont également exposés aux changements politiques, aux contestations contractuelles, aux décisions de souveraineté nationale et aux tensions diplomatiques.
Pour les entreprises françaises, cet exemple rappelle la nécessité d’intégrer les risques politiques et juridiques à l’ensemble du cycle d’investissement. Cela suppose d’évaluer les rapports avec les autorités et les communautés locales, de sécuriser les mécanismes contractuels, de prévoir des scénarios de crise et de renforcer les dispositifs de suivi opérationnel.
Il ne s’agit pas de considérer les risques géopolitiques et politiques comme une fatalité, mais de les intégrer à la décision économique au même titre que les coûts, les ressources disponibles ou les débouchés commerciaux. Une stratégie d’approvisionnement résiliente doit pouvoir anticiper une interruption, diversifier les sources et limiter les conséquences d’une perte de contrôle sur un actif.
Le dossier nigérien conduit ainsi à une conclusion plus générale : la sécurisation des ressources stratégiques ne dépend pas uniquement de la présence historique d’une entreprise dans un pays. Elle repose aussi sur la qualité du partenariat, la solidité du cadre juridique, la compréhension des attentes locales et la capacité à adapter la stratégie aux évolutions géopolitiques.
Avant la rupture des relations, Orano détenait 63,4 % de SOMAÏR, tandis que la société publique nigérienne SOPAMIN en possédait 36,6 %. En décembre 2024, Orano a annoncé avoir perdu le contrôle opérationnel de la société. En juin 2025, les autorités nigériennes ont annoncé la nationalisation de SOMAÏR, dans un contexte de différend entre les parties.
Cette évolution souligne qu’une participation majoritaire au capital ne garantit pas nécessairement le maintien du contrôle opérationnel, l’accès aux installations ou la continuité de la production. Les projets miniers sont également exposés aux changements politiques, aux contestations contractuelles, aux décisions de souveraineté nationale et aux tensions diplomatiques.
Pour les entreprises françaises, cet exemple rappelle la nécessité d’intégrer les risques politiques et juridiques à l’ensemble du cycle d’investissement. Cela suppose d’évaluer les rapports avec les autorités et les communautés locales, de sécuriser les mécanismes contractuels, de prévoir des scénarios de crise et de renforcer les dispositifs de suivi opérationnel.
Il ne s’agit pas de considérer les risques géopolitiques et politiques comme une fatalité, mais de les intégrer à la décision économique au même titre que les coûts, les ressources disponibles ou les débouchés commerciaux. Une stratégie d’approvisionnement résiliente doit pouvoir anticiper une interruption, diversifier les sources et limiter les conséquences d’une perte de contrôle sur un actif.
Le dossier nigérien conduit ainsi à une conclusion plus générale : la sécurisation des ressources stratégiques ne dépend pas uniquement de la présence historique d’une entreprise dans un pays. Elle repose aussi sur la qualité du partenariat, la solidité du cadre juridique, la compréhension des attentes locales et la capacité à adapter la stratégie aux évolutions géopolitiques.
De la mine à l’usine : construire une chaîne de valeur plus résiliente
L’accès au minerai ne constitue que la première étape. La valeur industrielle se construit tout au long de la chaîne : extraction, concentration, raffinage, transformation chimique, fabrication de composants et recyclage. Pour plusieurs minerais critiques, les étapes intermédiaires sont déterminantes. Un pays peut disposer d’une ressource importante tout en dépendant d’autres États pour la transformer en matériau utilisable par les industries de la batterie, de l’électronique ou de la défense.
La France et l’Union européenne doivent donc combiner plusieurs leviers : investissements dans les capacités de traitement, contrats d’approvisionnement diversifiés, développement du recyclage, recherche de substitutions lorsque cela est techniquement possible et partenariats avec les pays producteurs.
La coopération avec les pays africains doit également soutenir leurs ambitions industrielles. Les projets qui associent transformation locale, formation et infrastructures peuvent produire des bénéfices plus durables que les accords limités à l’exportation de minerais bruts.
La France et l’Union européenne doivent donc combiner plusieurs leviers : investissements dans les capacités de traitement, contrats d’approvisionnement diversifiés, développement du recyclage, recherche de substitutions lorsque cela est techniquement possible et partenariats avec les pays producteurs.
La coopération avec les pays africains doit également soutenir leurs ambitions industrielles. Les projets qui associent transformation locale, formation et infrastructures peuvent produire des bénéfices plus durables que les accords limités à l’exportation de minerais bruts.
L’intelligence économique comme outil d’anticipation
Face à des concurrents disposant de moyens financiers, diplomatiques et industriels importants, la France doit renforcer sa capacité à collecter, vérifier et exploiter l’information stratégique.
Cette démarche doit notamment permettre de :
Cette démarche doit notamment permettre de :
- Cartographier les dépendances françaises et européennes pour chaque minerai critique.
- Suivre les prises de participation, les accords d’approvisionnement et les projets de raffinage.
- Évaluer les stratégies des concurrents et leurs relations avec les gouvernements producteurs.
- Anticiper les évolutions réglementaires, fiscales et environnementales.
- Identifier les risques politiques, logistiques et contractuels.
- Transformer les informations recueillies en décisions concrètes pour les entreprises et les pouvoirs publics.
Le bassin méditerranéen : un espace stratégique complémentaire
La stratégie française en Afrique ne peut être séparée de ses relations avec les pays du Maghreb et de la Méditerranée. Ces partenaires jouent un rôle dans l’approvisionnement énergétique, les échanges industriels, les infrastructures et la coopération économique.
Le Maroc dispose de ressources majeures en phosphates et d’une industrie intégrée autour des engrais et des produits chimiques. Ces activités présentent un intérêt pour la sécurité alimentaire, la chimie industrielle et plusieurs chaînes de valeur stratégiques. La relation franco-marocaine peut s’appuyer sur les échanges industriels, les investissements, les infrastructures et la recherche. Le développement de partenariats autour de la transformation, de l’efficacité énergétique et de la réduction de l’empreinte environnementale peut contribuer à renforcer les intérêts communs.
La Tunisie quant à elle, possède une économie industrielle diversifiée et des liens étroits avec les chaînes de sous-traitance européennes, notamment dans les composants électriques, mécaniques et automobiles.
Sur le plan pétrolier, les estimations disponibles pour 2025 situent la production autour de 28 100 barils par jour, tandis que certaines estimations des réserves prouvées se situent autour de 425 millions de barils. La consommation, estimée à environ 102 700 barils par jour en 2024, est supérieure à la production nationale selon ces séries statistiques. Pour la France, l’enjeu est de consolider les partenariats industriels, de soutenir la montée en gamme des entreprises tunisiennes et de renforcer les coopérations dans les économies d’énergie, les technologies industrielles et la formation.
Concernant l’Algérie, le pays demeure un partenaire majeur pour les marchés du gaz et du pétrole en Méditerranée. Ses capacités s'appuient sur une production de pétrole brut d'environ 1 million de barils par jour et des réserves prouvées de gaz naturel estimées à près de 4 500 milliards de mètres cubes, plaçant le pays parmi les tout premiers fournisseurs gaziers de l'Europe. Sur le plan commercial, le volume des échanges entre la France et l'Algérie s'est situé autour de 9 à 11 milliards d'euros, marqués par un poids prépondérant des hydrocarbures, qui représentent près de 90 % des importations françaises en provenance de ce pays.
Les relations énergétiques s’inscrivent toutefois dans un environnement diplomatique et commercial complexe qui nécessite un suivi régulier. La diversification des échanges, les investissements industriels (notamment hors hydrocarbures) et la coopération technologique constituent ainsi des leviers indispensables pour équilibrer la relation économique bilatérale.
Pour les entreprises françaises, l’analyse des règles d’investissement, des exigences locales et des conditions contractuelles est essentielle.
La Libye possède d’importantes réserves pétrolières, souvent estimées à environ 48,4 milliards de barils. Portée par une relative stabilisation du secteur, la production atteint environ 1,37 million de barils par jour en 2025. Les autorités libyennes ont évoqué un objectif de production de 2 millions de barils par jour à l’horizon 2030, qui nécessiterait des investissements importants et une amélioration durable des conditions opérationnelles. Le gaz naturel constitue également un enjeu majeur. Les estimations des réserves se situent autour de 1 500 milliards de mètres cubes. Le gazoduc Greenstream, qui relie la Libye à l’Italie, possède une capacité nominale d’environ 8 milliards de mètres cubes par an, mais les exportations effectives peuvent être sensiblement inférieures à cette capacité.
Le potentiel énergétique libyen doit donc être analysé en tenant compte de la sécurité des installations, de la stabilité politique, de la maintenance des infrastructures et des besoins d’investissement.
Le Maroc dispose de ressources majeures en phosphates et d’une industrie intégrée autour des engrais et des produits chimiques. Ces activités présentent un intérêt pour la sécurité alimentaire, la chimie industrielle et plusieurs chaînes de valeur stratégiques. La relation franco-marocaine peut s’appuyer sur les échanges industriels, les investissements, les infrastructures et la recherche. Le développement de partenariats autour de la transformation, de l’efficacité énergétique et de la réduction de l’empreinte environnementale peut contribuer à renforcer les intérêts communs.
La Tunisie quant à elle, possède une économie industrielle diversifiée et des liens étroits avec les chaînes de sous-traitance européennes, notamment dans les composants électriques, mécaniques et automobiles.
Sur le plan pétrolier, les estimations disponibles pour 2025 situent la production autour de 28 100 barils par jour, tandis que certaines estimations des réserves prouvées se situent autour de 425 millions de barils. La consommation, estimée à environ 102 700 barils par jour en 2024, est supérieure à la production nationale selon ces séries statistiques. Pour la France, l’enjeu est de consolider les partenariats industriels, de soutenir la montée en gamme des entreprises tunisiennes et de renforcer les coopérations dans les économies d’énergie, les technologies industrielles et la formation.
Concernant l’Algérie, le pays demeure un partenaire majeur pour les marchés du gaz et du pétrole en Méditerranée. Ses capacités s'appuient sur une production de pétrole brut d'environ 1 million de barils par jour et des réserves prouvées de gaz naturel estimées à près de 4 500 milliards de mètres cubes, plaçant le pays parmi les tout premiers fournisseurs gaziers de l'Europe. Sur le plan commercial, le volume des échanges entre la France et l'Algérie s'est situé autour de 9 à 11 milliards d'euros, marqués par un poids prépondérant des hydrocarbures, qui représentent près de 90 % des importations françaises en provenance de ce pays.
Les relations énergétiques s’inscrivent toutefois dans un environnement diplomatique et commercial complexe qui nécessite un suivi régulier. La diversification des échanges, les investissements industriels (notamment hors hydrocarbures) et la coopération technologique constituent ainsi des leviers indispensables pour équilibrer la relation économique bilatérale.
Pour les entreprises françaises, l’analyse des règles d’investissement, des exigences locales et des conditions contractuelles est essentielle.
La Libye possède d’importantes réserves pétrolières, souvent estimées à environ 48,4 milliards de barils. Portée par une relative stabilisation du secteur, la production atteint environ 1,37 million de barils par jour en 2025. Les autorités libyennes ont évoqué un objectif de production de 2 millions de barils par jour à l’horizon 2030, qui nécessiterait des investissements importants et une amélioration durable des conditions opérationnelles. Le gaz naturel constitue également un enjeu majeur. Les estimations des réserves se situent autour de 1 500 milliards de mètres cubes. Le gazoduc Greenstream, qui relie la Libye à l’Italie, possède une capacité nominale d’environ 8 milliards de mètres cubes par an, mais les exportations effectives peuvent être sensiblement inférieures à cette capacité.
Le potentiel énergétique libyen doit donc être analysé en tenant compte de la sécurité des installations, de la stabilité politique, de la maintenance des infrastructures et des besoins d’investissement.
Les partenariats africains et méditerranéens : un levier de complémentarité
Les relations entre la France, l’Afrique subsaharienne et le Maghreb doivent être envisagées dans une perspective régionale. Les ressources minières d’Afrique centrale et australe, les capacités industrielles du Maghreb et les infrastructures énergétiques méditerranéennes peuvent participer à des chaînes de valeur complémentaires.
Le Maroc peut contribuer aux filières liées aux phosphates et à la chimie industrielle. La Tunisie conserve un rôle dans les chaînes de sous-traitance et les composants industriels. L’Algérie et la Libye présentent des enjeux énergétiques importants. En Afrique subsaharienne, les projets miniers et les corridors de transport ouvrent des perspectives de coopération autour des minerais critiques.
Cette complémentarité ne doit cependant pas être considérée comme automatique. Elle dépend de la qualité des infrastructures, de la stabilité des cadres réglementaires, des conditions de financement et de la capacité des partenaires à établir des objectifs communs.
Pour la France, une approche régionale peut permettre de diversifier les approvisionnements, de développer des échanges industriels et de renforcer les coopérations technologiques. Elle suppose toutefois de tenir compte des intérêts propres à chaque pays et d’éviter une politique uniforme qui ne répondrait pas à la diversité des situations locales.
Le Maroc peut contribuer aux filières liées aux phosphates et à la chimie industrielle. La Tunisie conserve un rôle dans les chaînes de sous-traitance et les composants industriels. L’Algérie et la Libye présentent des enjeux énergétiques importants. En Afrique subsaharienne, les projets miniers et les corridors de transport ouvrent des perspectives de coopération autour des minerais critiques.
Cette complémentarité ne doit cependant pas être considérée comme automatique. Elle dépend de la qualité des infrastructures, de la stabilité des cadres réglementaires, des conditions de financement et de la capacité des partenaires à établir des objectifs communs.
Pour la France, une approche régionale peut permettre de diversifier les approvisionnements, de développer des échanges industriels et de renforcer les coopérations technologiques. Elle suppose toutefois de tenir compte des intérêts propres à chaque pays et d’éviter une politique uniforme qui ne répondrait pas à la diversité des situations locales.
Quelles priorités pour la France ? Passer de l’analyse à l’action
Les exemples examinés tout au long de cet article montrent que la compétition pour les ressources stratégiques africaines se joue simultanément sur plusieurs terrains : l’accès aux gisements, le financement des infrastructures, la transformation des matières premières et la construction de partenariats politiques et industriels durables. Pour la France, l’enjeu est désormais de relier ces dimensions dans une stratégie cohérente, capable de transformer l’analyse des risques en décisions économiques concrètes.
Tout d’abord, la France doit renforcer son intelligence économique et sa capacité d’anticipation. Les projets miniers et les accords d’approvisionnement évoluent rapidement, tandis que les montants annoncés ne reflètent pas toujours l’état réel des investissements. Il est donc indispensable de suivre les prises de participation, les contrats de vente, les capacités de raffinage, les infrastructures logistiques et les décisions réglementaires des pays producteurs. Cette veille doit également permettre de distinguer les projets effectivement opérationnels des annonces encore au stade de l’étude ou du financement. L’objectif est d’identifier suffisamment tôt les risques de dépendance, les changements de stratégie des concurrents et les possibilités de coopération.
Ensuite, la France doit proposer des partenariats qui répondent davantage aux priorités des pays producteurs. Les exemples chinois, turcs et émiratis montrent que la concurrence ne se limite pas à l’achat de minerais : elle inclut les infrastructures, les équipements, les financements et les capacités de transformation. Pour rester compétitives, les entreprises françaises doivent donc présenter des projets intégrés associant accès aux ressources, formation, emploi local, transfert de compétences et développement industriel. La création de valeur dans les pays partenaires doit être considérée comme un élément central de la relation économique, et non comme un simple complément à l’extraction.
Par ailleurs, la France doit consolider la coopération européenne afin de renforcer les capacités de financement et de sécurisation des approvisionnements. Les besoins en minerais critiques concernent de nombreuses filières industrielles européennes. Une meilleure coordination des entreprises, des instruments financiers, des politiques de stockage et des projets de transformation peut améliorer la résilience collective. Elle permettrait également d’éviter que les États membres se retrouvent en concurrence les uns avec les autres sur les mêmes ressources, sans stratégie industrielle suffisamment coordonnée.
Dans le même temps, la diversification des chaînes de valeur doit devenir une priorité opérationnelle. Il s’agit de multiplier les fournisseurs et les voies d’acheminement, mais aussi de soutenir le raffinage, le recyclage et la recherche de matériaux alternatifs lorsque cela est possible. Cette approche est particulièrement importante pour les minerais dont la transformation est concentrée dans un nombre limité de pays. La souveraineté ne signifie pas l’autarcie : elle consiste à réduire les vulnérabilités en conservant plusieurs options d’approvisionnement et de production.
Enfin, la stratégie française gagnerait à articuler plus étroitement les partenariats africains et méditerranéens. Le Maroc, la Tunisie, l’Algérie et la Libye présentent des profils différents en matière de phosphates, d’industrie, d’hydrocarbures et d’infrastructures énergétiques. Ces complémentarités peuvent contribuer à renforcer les échanges industriels et logistiques entre l’Europe, l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. Elles nécessitent toutefois une approche différenciée, attentive aux cadres réglementaires, aux situations politiques et aux priorités économiques propres à chaque pays.
L’ensemble de ces orientations suppose une coopération étroite entre les pouvoirs publics, les entreprises, les organismes de financement et les acteurs de la recherche. L’intelligence économique doit servir de fil conducteur : elle permet de comprendre les stratégies concurrentes, d’évaluer les risques et de déterminer où les ressources françaises et européennes peuvent être mobilisées avec le plus d’efficacité.
La France ne pourra pas rivaliser avec tous les concurrents sur tous les projets ni sur tous les montants financiers. Elle peut en revanche renforcer sa position en s’appuyant sur ses compétences technologiques, la qualité de son ingénierie, ses capacités de transformation et la construction de partenariats durables.
La véritable ambition consiste donc à passer d’une logique d’accès aux ressources à une stratégie de souveraineté industrielle fondée sur la diversification, la création de valeur et l’anticipation. C’est à cette condition que les relations avec les pays africains et méditerranéens pourront contribuer à la fois à leur développement économique et à la résilience des industries françaises et européennes.
Tout d’abord, la France doit renforcer son intelligence économique et sa capacité d’anticipation. Les projets miniers et les accords d’approvisionnement évoluent rapidement, tandis que les montants annoncés ne reflètent pas toujours l’état réel des investissements. Il est donc indispensable de suivre les prises de participation, les contrats de vente, les capacités de raffinage, les infrastructures logistiques et les décisions réglementaires des pays producteurs. Cette veille doit également permettre de distinguer les projets effectivement opérationnels des annonces encore au stade de l’étude ou du financement. L’objectif est d’identifier suffisamment tôt les risques de dépendance, les changements de stratégie des concurrents et les possibilités de coopération.
Ensuite, la France doit proposer des partenariats qui répondent davantage aux priorités des pays producteurs. Les exemples chinois, turcs et émiratis montrent que la concurrence ne se limite pas à l’achat de minerais : elle inclut les infrastructures, les équipements, les financements et les capacités de transformation. Pour rester compétitives, les entreprises françaises doivent donc présenter des projets intégrés associant accès aux ressources, formation, emploi local, transfert de compétences et développement industriel. La création de valeur dans les pays partenaires doit être considérée comme un élément central de la relation économique, et non comme un simple complément à l’extraction.
Par ailleurs, la France doit consolider la coopération européenne afin de renforcer les capacités de financement et de sécurisation des approvisionnements. Les besoins en minerais critiques concernent de nombreuses filières industrielles européennes. Une meilleure coordination des entreprises, des instruments financiers, des politiques de stockage et des projets de transformation peut améliorer la résilience collective. Elle permettrait également d’éviter que les États membres se retrouvent en concurrence les uns avec les autres sur les mêmes ressources, sans stratégie industrielle suffisamment coordonnée.
Dans le même temps, la diversification des chaînes de valeur doit devenir une priorité opérationnelle. Il s’agit de multiplier les fournisseurs et les voies d’acheminement, mais aussi de soutenir le raffinage, le recyclage et la recherche de matériaux alternatifs lorsque cela est possible. Cette approche est particulièrement importante pour les minerais dont la transformation est concentrée dans un nombre limité de pays. La souveraineté ne signifie pas l’autarcie : elle consiste à réduire les vulnérabilités en conservant plusieurs options d’approvisionnement et de production.
Enfin, la stratégie française gagnerait à articuler plus étroitement les partenariats africains et méditerranéens. Le Maroc, la Tunisie, l’Algérie et la Libye présentent des profils différents en matière de phosphates, d’industrie, d’hydrocarbures et d’infrastructures énergétiques. Ces complémentarités peuvent contribuer à renforcer les échanges industriels et logistiques entre l’Europe, l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. Elles nécessitent toutefois une approche différenciée, attentive aux cadres réglementaires, aux situations politiques et aux priorités économiques propres à chaque pays.
L’ensemble de ces orientations suppose une coopération étroite entre les pouvoirs publics, les entreprises, les organismes de financement et les acteurs de la recherche. L’intelligence économique doit servir de fil conducteur : elle permet de comprendre les stratégies concurrentes, d’évaluer les risques et de déterminer où les ressources françaises et européennes peuvent être mobilisées avec le plus d’efficacité.
La France ne pourra pas rivaliser avec tous les concurrents sur tous les projets ni sur tous les montants financiers. Elle peut en revanche renforcer sa position en s’appuyant sur ses compétences technologiques, la qualité de son ingénierie, ses capacités de transformation et la construction de partenariats durables.
La véritable ambition consiste donc à passer d’une logique d’accès aux ressources à une stratégie de souveraineté industrielle fondée sur la diversification, la création de valeur et l’anticipation. C’est à cette condition que les relations avec les pays africains et méditerranéens pourront contribuer à la fois à leur développement économique et à la résilience des industries françaises et européennes.
Passer d’une logique d’accès aux ressources à une stratégie industrielle de long terme
La compétition pour les ressources stratégiques africaines ne se résume pas à une rivalité entre États. Elle concerne la capacité à financer les projets, à sécuriser les transports, à transformer les matières premières et à établir des partenariats suffisamment solides pour résister aux crises.
La Chine s’appuie sur des positions industrielles et des investissements dans les chaînes de valeur. Les États-Unis privilégient notamment les corridors logistiques et la diversification des approvisionnements. Les pays du Golfe investissent dans des actifs miniers, tandis que la Turquie combine ambitions commerciales, industrielles et infrastructures. L’Italie quant à elle, associe sa politique africaine à l’énergie et à la coopération économique. Israël peut apporter des compétences technologiques, même si les projets miniers directs doivent être documentés au cas par cas.
Dans ce contexte, la France doit dépasser une approche fondée sur ses seuls liens historiques. Elle doit proposer des partenariats économiquement compétitifs, adaptés aux priorités des pays producteurs et orientés vers la création de valeur industrielle.
L’enjeu n’est pas simplement d’accéder aux minerais africains, mais de participer à des chaînes de valeur résilientes, transparentes et mutuellement bénéfiques. Cela exige une intelligence économique rigoureuse, une coordination entre acteurs publics et privés et une capacité à transformer l’information en décisions concrètes.
La souveraineté industrielle française dépendra de sa faculté à anticiper les évolutions de la compétition mondiale, à réduire ses dépendances critiques et à construire des partenariats durables avec l’Afrique et la Méditerranée.
Comme le rappelait Jean Monnet : « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. » Dans le domaine des ressources stratégiques, anticiper cette nécessité constitue déjà un avantage économique et politique.
La Chine s’appuie sur des positions industrielles et des investissements dans les chaînes de valeur. Les États-Unis privilégient notamment les corridors logistiques et la diversification des approvisionnements. Les pays du Golfe investissent dans des actifs miniers, tandis que la Turquie combine ambitions commerciales, industrielles et infrastructures. L’Italie quant à elle, associe sa politique africaine à l’énergie et à la coopération économique. Israël peut apporter des compétences technologiques, même si les projets miniers directs doivent être documentés au cas par cas.
Dans ce contexte, la France doit dépasser une approche fondée sur ses seuls liens historiques. Elle doit proposer des partenariats économiquement compétitifs, adaptés aux priorités des pays producteurs et orientés vers la création de valeur industrielle.
L’enjeu n’est pas simplement d’accéder aux minerais africains, mais de participer à des chaînes de valeur résilientes, transparentes et mutuellement bénéfiques. Cela exige une intelligence économique rigoureuse, une coordination entre acteurs publics et privés et une capacité à transformer l’information en décisions concrètes.
La souveraineté industrielle française dépendra de sa faculté à anticiper les évolutions de la compétition mondiale, à réduire ses dépendances critiques et à construire des partenariats durables avec l’Afrique et la Méditerranée.
Comme le rappelait Jean Monnet : « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. » Dans le domaine des ressources stratégiques, anticiper cette nécessité constitue déjà un avantage économique et politique.
Biographie
Mme Imen CHAANBI est experte en géopolitique, intelligence économique et veille stratégique au sein des cabinets 5WE Consulting et StrategikIA. Diplômée de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en droit du monde arabe et en droit international des affaires, elle est également diplômée en psychocriminologie.
Spécialisée en géopolitique et géoéconomie, elle intervient sur les enjeux de sécurité, l'analyse des rapports de force et des stratégies d’influence, ainsi que sur l'anticipation des risques. Elle participe à des programmes de recherche stratégiques, avec une expertise reconnue sur l'Afrique et le Moyen-Orient.
Auditrice civile de l’École de guerre (P33) et de l’IHEDN (64ᵉ session - intelligence économique), elle est membre du CR451 de l’École de Guerre Économique et du collège des experts de l’Académie de l’intelligence économique.
Elle intervient également comme conférencière et formatrice auprès de diplomates, cadres dirigeants, institutions académiques et étudiants.
Auteure et analyste, elle a notamment coécrit avec le professeur Mathieu Guidère Géopolitique prédictive : l’intelligence au service de la prospective. Son approche pluridisciplinaire associe analyse stratégique, renseignement, sécurité, psychocriminologie et innovation technologique, au service de l’anticipation des risques et de la résilience des organisations.
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