Par Olivier de MAISON ROUGE
Avocat (Cabinet CESIS) – Docteur en droit
Directeur du MBA Stratégie d’intelligence juridique à l’Ecole de Guerre Economique (EGE)
Dernier ouvrage publié : Penser la guerre économique. Bréviaire stratégique,
Valeurs Ajoutées Editions, septembre 2026
La fin de l’hégémon américain ?
Les États-Unis avaient établi un ordre mondial fondé sur leur supériorité militaire, financière, juridique et technologique. Le dollar s’est imposé comme monnaie de référence, tandis que les institutions du libre-échange, les normes comptables, les grandes entreprises numériques et l’extraterritorialité du droit américain ont étendu l’influence de Washington bien au-delà de ses frontières. Les sanctions, les embargos et les contrôles à l’exportation ont progressivement transformé les instruments juridiques et économiques en moyens de contrainte géopolitique unilatérales.
Cette domination reposait cependant sur une contradiction. Alors que les États-Unis promouvaient le libre-échange auprès de leurs partenaires, ils ont régulièrement protégé leur marché, soutenu leur industrie et privilégié leurs intérêts stratégiques. Les politiques Buy American, les subventions industrielles et, plus récemment, l’Inflation Reduction Act illustrent cette logique.
L’Europe, qui a largement accepté les principes d’ouverture et de concurrence, a subi en retour une désindustrialisation progressive et s’est trouvée exposée à la concurrence de puissances qui ne partageaient pas les mêmes règles du jeu.
Les crises successives ont accéléré cette rupture et ont fait passer les relations internationales de la coopération à la compétition, puis à la confrontation. Les institutions issues de l’après-guerre apparaissent affaiblies, tandis que les échanges se recomposent autour d’accords bilatéraux, de blocs régionaux et de partenariats fondés sur la sécurité des approvisionnements. La mondialisation intégrée laisse place à une déglobalisation sélective, marquée par la relocalisation des productions stratégiques.
Cette domination reposait cependant sur une contradiction. Alors que les États-Unis promouvaient le libre-échange auprès de leurs partenaires, ils ont régulièrement protégé leur marché, soutenu leur industrie et privilégié leurs intérêts stratégiques. Les politiques Buy American, les subventions industrielles et, plus récemment, l’Inflation Reduction Act illustrent cette logique.
L’Europe, qui a largement accepté les principes d’ouverture et de concurrence, a subi en retour une désindustrialisation progressive et s’est trouvée exposée à la concurrence de puissances qui ne partageaient pas les mêmes règles du jeu.
Les crises successives ont accéléré cette rupture et ont fait passer les relations internationales de la coopération à la compétition, puis à la confrontation. Les institutions issues de l’après-guerre apparaissent affaiblies, tandis que les échanges se recomposent autour d’accords bilatéraux, de blocs régionaux et de partenariats fondés sur la sécurité des approvisionnements. La mondialisation intégrée laisse place à une déglobalisation sélective, marquée par la relocalisation des productions stratégiques.
Le basculement vers la Chine
Le principal bénéficiaire de cette transformation est la Chine. Après avoir profité de la globalisation pour devenir l’atelier du monde, elle cherche désormais à maîtriser les technologies, les infrastructures, les ressources et les normes qui organiseront l’économie du futur. Les Nouvelles routes de la soie étendent son influence en Asie, en Afrique et en Europe par le financement d’infrastructures et la création de nouvelles dépendances.
Cette stratégie permet à Pékin de diffuser son modèle par les contrats, les investissements et les usages, sans rechercher nécessairement une confrontation directe avec les États-Unis, mais davantage un contournement.
In fine, le face-à-face sino-américain prend ainsi la forme d’une rivalité globale, mais tempérée par une interdépendance économique qui rend improbable un découplage complet. Dans ce nouvel environnement, l’Inde, les pays du Moyen-Orient, la Russie, les États membres des BRICS et plusieurs puissances d’Asie cherchent à diversifier leurs alliances et à réduire leur dépendance à l’égard du dollar et des sanctions occidentales. L’Arabie saoudite entend notamment se positionner comme une puissance d’équilibre, en combinant diversification économique et influence culturelle.
Cette stratégie permet à Pékin de diffuser son modèle par les contrats, les investissements et les usages, sans rechercher nécessairement une confrontation directe avec les États-Unis, mais davantage un contournement.
In fine, le face-à-face sino-américain prend ainsi la forme d’une rivalité globale, mais tempérée par une interdépendance économique qui rend improbable un découplage complet. Dans ce nouvel environnement, l’Inde, les pays du Moyen-Orient, la Russie, les États membres des BRICS et plusieurs puissances d’Asie cherchent à diversifier leurs alliances et à réduire leur dépendance à l’égard du dollar et des sanctions occidentales. L’Arabie saoudite entend notamment se positionner comme une puissance d’équilibre, en combinant diversification économique et influence culturelle.
Une Europe en dormition ?
L’Europe apparaît comme la principale victime de cette recomposition. Dépendante des États-Unis pour sa sécurité, fragmentée politiquement et affaiblie industriellement, elle peine à transformer son poids économique en puissance stratégique. L’Union européenne dispose d’instruments juridiques destinés à lutter contre l’extraterritorialité et la coercition économique, mais leur efficacité dépend de la volonté politique des États membres. En privilégiant la concurrence, la consommation au meilleur prix et la limitation des aides publiques, elle a contribué à affaiblir ses propres capacités industrielles. Sa transformation en vaste espace réglementaire, sans politique suffisamment affirmée de soutien aux champions européens, la condamne à subir les stratégies des puissances extérieures.
L’avenir de l’Europe dépendra donc de sa capacité à choisir entre un alignement accru sur les États-Unis, un découplage difficilement soutenable et la construction d’une troisième voie fondée sur l’autonomie stratégique. Cette dernière supposerait de diversifier les partenariats vers l’Inde, le Moyen-Orient et d’autres puissances régionales, de préserver les secteurs industriels critiques et de renforcer la maîtrise européenne des technologies, des ressources et des infrastructures.
Ainsi, pour l’Europe, la question centrale sera celle de la puissance. Soit elle parvient à convertir son marché, ses compétences et ses ressources en autonomie stratégique, soit elle sera reléguée au rang de supplétif dans la rivalité entre les États-Unis, la Chine et les puissances émergentes.
L’avenir de l’Europe dépendra donc de sa capacité à choisir entre un alignement accru sur les États-Unis, un découplage difficilement soutenable et la construction d’une troisième voie fondée sur l’autonomie stratégique. Cette dernière supposerait de diversifier les partenariats vers l’Inde, le Moyen-Orient et d’autres puissances régionales, de préserver les secteurs industriels critiques et de renforcer la maîtrise européenne des technologies, des ressources et des infrastructures.
Ainsi, pour l’Europe, la question centrale sera celle de la puissance. Soit elle parvient à convertir son marché, ses compétences et ses ressources en autonomie stratégique, soit elle sera reléguée au rang de supplétif dans la rivalité entre les États-Unis, la Chine et les puissances émergentes.
Note de l’éditeur
Comment conquérir, préserver ou défendre sa puissance ? Depuis l'Antiquité, cette question traverse l'Histoire. Les formes de la guerre évoluent, mais les logiques qui gouvernent les rapports de force demeurent.
À travers cet ouvrage, Olivier de Maison Rouge propose bien plus qu'une analyse de la guerre économique : il offre une méthode pour la penser. À la manière de Sun Tzu et en hommage au stratège français Hervé Coutau-Bégarie, il rassemble un condensé de pensées, concepts et maximes, autant de leçons économiques, juridiques et militaires qui éclairent les mécanismes de la conflictualité contemporaine.
Destiné à tous ceux qui souhaitent comprendre les grandes transformations du monde actuel, Penser la guerre économique constitue à la fois un ouvrage de référence et une grille de lecture des rivalités internationales. Un livre indispensable pour décrypter les stratégies des États et des entreprises, saisir les nouvelles dynamiques de puissance et anticiper les défis de souveraineté du XXIᵉ siècle. Ignorer la guerre économique, c'est déjà en subir les conséquences.
A propos de ...
Olivier de MAISON ROUGE Avocat associé (Cabinet Cesis) – Docteur en droit
Enseignant à l’Ecole de guerre économique (EGE) Directeur du MBA Management Stratégique et Intelligence Juridique
Olivier de Maison Rouge est un avocat d'affaires spécialisé en intelligence économique et en protection du patrimoine informationnel. Il est docteur en droit et diplômé de Sciences Po. Son expertise porte sur la sécurisation juridique des secrets d’affaires et la veille stratégique.
En plus de son activité d’avocat, il est auteur de plusieurs ouvrages de référence, dont "Le droit de l’intelligence économique" et "Le droit du renseignement".
Keywords
#EconomicWarfare #Geopolitics #Geoeconomics #StrategicAutonomy #EconomicSovereignty #EconomicPower #USChinaRivalry #Deglobalization #EuropeanSovereignty #EconomicIntelligence

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