L’agriculture française, longtemps perçue comme un pilier nourricier, est devenue un espace de confrontation stratégique. Avec ses 400 000 exploitations et ses 26 millions d’hectares, la France dispose d’une profondeur territoriale capable de projeter son influence de la Beauce aux Outre‑mer. Mais cette force se heurte à un monde où la ressource foncière est devenue un instrument de puissance.
La Chine en offre l’exemple le plus brutal : 20 % de la population mondiale pour seulement 10 % des terres arables. Pékin verrouille des chaînes de valeur étrangères pendant que les États‑Unis et le Brésil saturent les marchés. Dans ce jeu de pressions, la France doit maîtriser chaque maillon pour ne pas devenir une variable d’ajustement.
L’agriculture, nouveau terrain de rivalités mondiales
Le secteur agricole ne se limite plus à produire des denrées : il alimente la chimie, la pharmacie, l’énergie, le BTP.
Les États-Unis et le Brésil avancent leurs cultures comme des armes d’influence, tandis que la Chine sécurise ses approvisionnements avec une intensité proportionnelle à son déséquilibre structurel, vingt pour cent de la population mondiale pour dix pour cent des terres arables.
Dans ce contexte, la France perd du terrain. Ses forces historiques ne suffisent plus à compenser des fragilités qui s’installent et qui menacent son autonomie. « La première démarche offensive du monde agricole, ça doit être de reconquérir la société civile pour qu'elle le soutienne, pour qu'elle l'aide, pour qu'elle l'accompagne. »
Les États-Unis et le Brésil avancent leurs cultures comme des armes d’influence, tandis que la Chine sécurise ses approvisionnements avec une intensité proportionnelle à son déséquilibre structurel, vingt pour cent de la population mondiale pour dix pour cent des terres arables.
Dans ce contexte, la France perd du terrain. Ses forces historiques ne suffisent plus à compenser des fragilités qui s’installent et qui menacent son autonomie. « La première démarche offensive du monde agricole, ça doit être de reconquérir la société civile pour qu'elle le soutienne, pour qu'elle l'aide, pour qu'elle l'accompagne. »
Des tendances qui bousculent les certitudes françaises
La première est paradoxale : la souveraineté passe par la dépendance assumée. L’autarcie n’existe pas ; la puissance consiste à choisir ses vulnérabilités, à diversifier ses fournisseurs et ses débouchés pour garder la main sur ses décisions.
La deuxième est plus dérangeante : au sein même de l’Union européenne, certains voisins ont bâti des écosystèmes logistiques capables de capter la valeur ajoutée française. Le pays exporte du lait pour racheter du beurre, envoie ses pommes de terre pour les retrouver transformées, externalise l’abattage. Une mécanique qui transforme la France en réservoir de matières premières.
La troisième est assez subtile : la sur‑transposition des normes européennes. En imposant des contraintes plus strictes que ses concurrents, la France affaiblit sa compétitivité et pousse une partie de sa production hors du territoire.
La deuxième est plus dérangeante : au sein même de l’Union européenne, certains voisins ont bâti des écosystèmes logistiques capables de capter la valeur ajoutée française. Le pays exporte du lait pour racheter du beurre, envoie ses pommes de terre pour les retrouver transformées, externalise l’abattage. Une mécanique qui transforme la France en réservoir de matières premières.
La troisième est assez subtile : la sur‑transposition des normes européennes. En imposant des contraintes plus strictes que ses concurrents, la France affaiblit sa compétitivité et pousse une partie de sa production hors du territoire.
Des signaux faibles devenus signaux d’alarme
En 2025, nous assistons à une rupture : la balance commerciale agricole devient déficitaire pour la première fois. Les 400 000 exploitations qui structurent le territoire ne sont plus seulement un chiffre, mais un indicateur de souveraineté. Et le ratio chinois rappelle l’intensité de la compétition mondiale.
Étienne Lombardot résume l’enjeu : la souveraineté repose sur la maîtrise des chaînes de valeur et sur la reconquête de la société civile, indispensable pour soutenir un secteur fragilisé par l’externalisation croissante de ses capacités. « La souveraineté, c'est la maîtrise économique et informationnelle des chaînes de valeur agricoles pour nourrir sa population et accroître sa puissance indépendamment du contexte environnemental, économique, géopolitique et sociétal. »
La France pourrait devenir une zone de matières brutes, laissant aux hubs du Nord la totalité de la transformation. Elle pourrait aussi subir un siège informationnel où les filières traditionnelles sont déstabilisées par des récits émotionnels qui favorisent des technologies alimentaires étrangères. Ou elle pourrait choisir le sursaut : un réarmement bio‑économique fondé sur une volonté politique capable de réduire la pression normative, de réinvestir dans l’outil industriel et de reconnecter le pays à ses filières.
Étienne Lombardot résume l’enjeu : la souveraineté repose sur la maîtrise des chaînes de valeur et sur la reconquête de la société civile, indispensable pour soutenir un secteur fragilisé par l’externalisation croissante de ses capacités. « La souveraineté, c'est la maîtrise économique et informationnelle des chaînes de valeur agricoles pour nourrir sa population et accroître sa puissance indépendamment du contexte environnemental, économique, géopolitique et sociétal. »
La France pourrait devenir une zone de matières brutes, laissant aux hubs du Nord la totalité de la transformation. Elle pourrait aussi subir un siège informationnel où les filières traditionnelles sont déstabilisées par des récits émotionnels qui favorisent des technologies alimentaires étrangères. Ou elle pourrait choisir le sursaut : un réarmement bio‑économique fondé sur une volonté politique capable de réduire la pression normative, de réinvestir dans l’outil industriel et de reconnecter le pays à ses filières.
Un enjeu de sécurité nationale. Point d’alerte : réarmement ou déclassement
La fragilité française est aussi normative. Le gold‑plating a créé une asymétrie réglementaire qui pénalise nos producteurs face à des concurrents européens plus pragmatiques. Le signal est historique : en 2025, la balance commerciale agricole devient déficitaire pour la première fois. Ce n’est pas une simple ligne comptable, mais un basculement stratégique qui acte l’externalisation de notre capacité productive.
L’horizon 2040‑2100 impose un réarmement global. L’agriculture n’est plus seulement l’alimentation : elle est la base de la bio‑économie, le fournisseur stratégique de la chimie, de la pharmacie, du BTP et de l’énergie. Il faut protéger l’outil de production, reconnecter la société civile à ses producteurs, et mener la bataille du récit face aux offensives informationnelles qui cherchent à déstabiliser des filières entières, comme la filière bovine attaquée au profit de la viande de synthèse.
L’histoire rappelle que la géographie n’est jamais une fatalité. La France a déjà façonné des territoires d’excellence, des Landes assainies à la Camargue rizicole. Retrouver cette capacité de projection est l’enjeu vital d’un siècle de pénuries.
A propos de l'auteur
Par Etienne LOMBARDOT. VA Editions
Les batailles de demain se gagneront aussi dans les champs.Contrôle des ressources, sécurité des approvisionnements, maîtrise destechnologies et des marchés : l’agriculture occupe désormais une placecentrale dans la compétition que se livrent les États.
Pendant que la France débat du revenu des agriculteurs, la Chine, lesÉtats-Unis, la Russie ou encore les Pays-Bas ont compris que ce secteurstratégique est devenu un levier majeur, au même titre que l’énergie,l’industrie ou les données.
Dans cet essai incisif, Étienne Lombardot brise les idées reçues et démontre que le monde agricole est aujourd’hui au cœur des guerres économiques et informationnelles. Son constat est sans appel : si la France veut préserver sa souveraineté, sa prospérité et son influence, elle doit cesser de considérer cette filière comme un simple secteur à gérer et recommencer à la penser comme un instrument de puissance. Les nations qui gagneront demain seront aussi celles qui sauront gagner par l’agriculture.
Étienne Lombardot est diplômé d’AgroParisTech et de l’École de GuerreÉconomique (EGE) en stratégie et intelligence économique. Expert desenjeux agricoles et de souveraineté alimentaire, il consacre ses travaux àl’analyse des mutations de ce secteur. À travers cet ouvrage, il apporte unregard à la fois technique, stratégique et prospectif sur les défis quifaçonnent l’avenir de l’agriculture.
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