Lettre d’information trimestrielle sur les recherches & les pratiques en prospective
N°3 /2026 - Chaire de Prospective et Développement durable du Cnam
De l’IA comme objet d’étude à l’IA comme instrument de prospective
La première transformation est méthodologique. Pendant longtemps, l’intelligence artificielle a été envisagée en prospective comme une rupture technologique dont il fallait mesurer les conséquences sur l’économie, le travail ou la société. Elle devient désormais également un outil de production de la prospective elle-même.
Le bulletin s’appuie notamment sur l’expérience du Comité pour le futur du Parlement finlandais. Son rapport Societal transformations 2026–2045, consacré à 100 technologies émergentes, compte plus de deux mille pages et a été conçu avec le concours de RTI-GPT. L’IA intervient ainsi dans des fonctions de détection, de structuration, de prédiction et de simulation.
Ce changement est important. Il ne signifie pas nécessairement que la machine remplace le prospectiviste. Il indique plutôt qu’une partie de l’ingénierie intellectuelle du travail prospectif peut désormais être assistée par des systèmes computationnels. Pour le prospectiviste, l’enjeu se déplace alors vers la qualité des données, la formulation des hypothèses, l’explicitation des biais et, surtout, l’interprétation des résultats.
Le bulletin s’appuie notamment sur l’expérience du Comité pour le futur du Parlement finlandais. Son rapport Societal transformations 2026–2045, consacré à 100 technologies émergentes, compte plus de deux mille pages et a été conçu avec le concours de RTI-GPT. L’IA intervient ainsi dans des fonctions de détection, de structuration, de prédiction et de simulation.
Ce changement est important. Il ne signifie pas nécessairement que la machine remplace le prospectiviste. Il indique plutôt qu’une partie de l’ingénierie intellectuelle du travail prospectif peut désormais être assistée par des systèmes computationnels. Pour le prospectiviste, l’enjeu se déplace alors vers la qualité des données, la formulation des hypothèses, l’explicitation des biais et, surtout, l’interprétation des résultats.
L’imagination du futur devient un enjeu de pouvoir
La deuxième évolution est politique. Les futurs imaginés ne sont jamais totalement neutres : sélectionner certains scénarios, en écarter d’autres ou définir ce qui paraît plausible contribue déjà à délimiter l’espace des décisions présentes.
C’est dans cette perspective qu’apparaissent les notions de disimagination politics ou de « futurisme d’élite ». L’enjeu n’est plus seulement de produire davantage d’imagination, mais de comprendre qui possède la capacité de définir les futurs considérés comme légitimes, crédibles ou souhaitables.
Cette interrogation rejoint le problème du court-termisme démocratique évoqué à travers les travaux de Pierre Rosanvallon. La proposition de « parlements des générations » vise précisément à donner une représentation institutionnelle à des intérêts qui s’inscrivent dans des temporalités différentes, notamment ceux des générations futures.
Pour la prospective, ce point est fondamental. Construire des scénarios n’est donc pas seulement un exercice méthodologique. C’est également organiser une représentation du possible. La question « quels futurs pouvons-nous imaginer ? » doit dès lors être complétée par une autre : « qui participe à leur définition ? ».
C’est dans cette perspective qu’apparaissent les notions de disimagination politics ou de « futurisme d’élite ». L’enjeu n’est plus seulement de produire davantage d’imagination, mais de comprendre qui possède la capacité de définir les futurs considérés comme légitimes, crédibles ou souhaitables.
Cette interrogation rejoint le problème du court-termisme démocratique évoqué à travers les travaux de Pierre Rosanvallon. La proposition de « parlements des générations » vise précisément à donner une représentation institutionnelle à des intérêts qui s’inscrivent dans des temporalités différentes, notamment ceux des générations futures.
Pour la prospective, ce point est fondamental. Construire des scénarios n’est donc pas seulement un exercice méthodologique. C’est également organiser une représentation du possible. La question « quels futurs pouvons-nous imaginer ? » doit dès lors être complétée par une autre : « qui participe à leur définition ? ».
Quand la géopolitique entre dans la prospective sectorielle
Une troisième mutation concerne l’élargissement des variables prises en compte. Des exercices autrefois centrés sur les marchés, la technologie ou l’évolution des usages intègrent désormais plus directement les rapports de puissance, les souverainetés et les ruptures géopolitiques.
L’exemple du maïs ukrainien l’illustre clairement. La production de l’Ukraine est estimée dans le document à 40 millions de tonnes à l’horizon 2030. Une éventuelle intégration du pays à l’Union européenne constitue donc une variable de rupture pour la filière agricole française. Un événement géopolitique produit ici des conséquences potentielles très concrètes sur les marchés, les investissements et les politiques sectorielles.
Cette évolution traduit un décloisonnement de la prospective. L’analyse d’un secteur ne peut plus facilement isoler les variables économiques des questions de sécurité, de souveraineté, de disponibilité des ressources ou de rapports internationaux.
L’exemple du maïs ukrainien l’illustre clairement. La production de l’Ukraine est estimée dans le document à 40 millions de tonnes à l’horizon 2030. Une éventuelle intégration du pays à l’Union européenne constitue donc une variable de rupture pour la filière agricole française. Un événement géopolitique produit ici des conséquences potentielles très concrètes sur les marchés, les investissements et les politiques sectorielles.
Cette évolution traduit un décloisonnement de la prospective. L’analyse d’un secteur ne peut plus facilement isoler les variables économiques des questions de sécurité, de souveraineté, de disponibilité des ressources ou de rapports internationaux.
La prospective gagne les institutions de gouvernement
Le bulletin témoigne parallèlement d’une institutionnalisation de la prospective. Les 600 000 dollars attribués par le Fonds des Nations Unies pour développer des capacités de prospective stratégique et créer trois unités opérationnelles de gouvernance anticipative dans des États insulaires du Pacifique d’ici 2028 en constituent un exemple.
L’idée d’anticipation évolue alors. Il ne s’agit plus uniquement de produire des études ponctuelles destinées aux décideurs, mais d’inscrire le raisonnement prospectif dans les dispositifs de gouvernance eux-mêmes.
Cette évolution rejoint une intuition ancienne de Gaston Berger : l’avenir n’est pas seulement à découvrir, il est aussi « à faire ». Derrière cette formule apparaît l’une des différences essentielles entre prévision et prospective. La première cherche prioritairement à déterminer ce qui risque d’advenir ; la seconde explore plusieurs futurs possibles afin d’éclairer l’action présente.
L’idée d’anticipation évolue alors. Il ne s’agit plus uniquement de produire des études ponctuelles destinées aux décideurs, mais d’inscrire le raisonnement prospectif dans les dispositifs de gouvernance eux-mêmes.
Cette évolution rejoint une intuition ancienne de Gaston Berger : l’avenir n’est pas seulement à découvrir, il est aussi « à faire ». Derrière cette formule apparaît l’une des différences essentielles entre prévision et prospective. La première cherche prioritairement à déterminer ce qui risque d’advenir ; la seconde explore plusieurs futurs possibles afin d’éclairer l’action présente.
Plusieurs scénarios, mais aucune prédiction
À partir de ces tendances, plusieurs trajectoires peuvent être envisagées. Il importe toutefois, particulièrement dans une approche universitaire, de ne pas les présenter comme des futurs annoncés. Un scénario prospectif n’est pas une prédiction. Il explore la cohérence et les conséquences d’une évolution possible.
Une première trajectoire serait celle d’une institutionnalisation de la représentation du temps long. Des dispositifs inspirés des « parlements des générations » ou des institutions chargées de défendre les générations futures pourraient prendre davantage de place face aux enjeux dont les effets dépassent les cycles électoraux.
La deuxième trajectoire concerne la simulation numérique des politiques publiques. La combinaison entre données massives, modèles numériques et agents d’intelligence artificielle pourrait accroître la capacité à tester virtuellement différentes décisions avant leur mise en œuvre. Une telle évolution déplacerait une partie du débat vers les hypothèses, données et paramètres intégrés aux modèles.
La troisième trajectoire touche aux territoires. Sous la pression des contraintes écologiques, des métaux critiques et des dépendances industrielles, leurs stratégies pourraient accorder une place croissante aux flux physiques et à la disponibilité réelle des ressources. L’attractivité économique ne disparaîtrait pas, mais serait davantage confrontée aux impératifs de résilience matérielle, d’économie circulaire et de capacités écologiques.
Une première trajectoire serait celle d’une institutionnalisation de la représentation du temps long. Des dispositifs inspirés des « parlements des générations » ou des institutions chargées de défendre les générations futures pourraient prendre davantage de place face aux enjeux dont les effets dépassent les cycles électoraux.
La deuxième trajectoire concerne la simulation numérique des politiques publiques. La combinaison entre données massives, modèles numériques et agents d’intelligence artificielle pourrait accroître la capacité à tester virtuellement différentes décisions avant leur mise en œuvre. Une telle évolution déplacerait une partie du débat vers les hypothèses, données et paramètres intégrés aux modèles.
La troisième trajectoire touche aux territoires. Sous la pression des contraintes écologiques, des métaux critiques et des dépendances industrielles, leurs stratégies pourraient accorder une place croissante aux flux physiques et à la disponibilité réelle des ressources. L’attractivité économique ne disparaîtrait pas, mais serait davantage confrontée aux impératifs de résilience matérielle, d’économie circulaire et de capacités écologiques.
Le prospectiviste face à un changement de métier
Ces évolutions convergent vers une interrogation plus profonde sur le rôle même du prospectiviste. Si des machines peuvent traiter de très grandes quantités d’informations, repérer des signaux, produire des scénarios et réaliser des simulations, sa valeur ajoutée ne résidera probablement plus uniquement dans sa capacité à collecter et organiser de l’information.
Elle se situera davantage dans sa faculté à problématiser, confronter les hypothèses, identifier les angles morts et replacer les scénarios dans leur contexte social et politique. Surtout, il lui reviendra de distinguer ce qui est possible, ce qui est plausible, ce qui est probable et ce qui est souhaitable. Ces registres ne se confondent pas.
C’est sans doute la principale leçon à retenir. La prospective contemporaine ne se contente plus d’allonger l’horizon temporel de la décision. Elle devient un espace dans lequel se rencontrent technologie, pouvoir, géopolitique, ressources et choix collectifs. Pour les futurs praticiens de la prospective, la question déterminante n’est donc plus seulement « que peut-il arriver ? », mais aussi « qui construit les futurs que nous considérons comme possibles, à partir de quelles données, de quelles hypothèses et au service de quels choix ? »
Elle se situera davantage dans sa faculté à problématiser, confronter les hypothèses, identifier les angles morts et replacer les scénarios dans leur contexte social et politique. Surtout, il lui reviendra de distinguer ce qui est possible, ce qui est plausible, ce qui est probable et ce qui est souhaitable. Ces registres ne se confondent pas.
C’est sans doute la principale leçon à retenir. La prospective contemporaine ne se contente plus d’allonger l’horizon temporel de la décision. Elle devient un espace dans lequel se rencontrent technologie, pouvoir, géopolitique, ressources et choix collectifs. Pour les futurs praticiens de la prospective, la question déterminante n’est donc plus seulement « que peut-il arriver ? », mais aussi « qui construit les futurs que nous considérons comme possibles, à partir de quelles données, de quelles hypothèses et au service de quels choix ? »
A propos de ...
La Chaire de Prospective et Développement durable du Cnam explore les transformations de long terme qui affectent les entreprises, les territoires et l’action publique. Portée par Philippe Durance, professeur du Cnam, elle articule prospective, stratégie et transformation des organisations. Dans ce cadre, le Cnam offre plusieurs formations qui ont pour objectif de fournir aux auditeurs les principales clefs pour intervenir dans les organisations et devenir des acteurs efficients du changement :
- Une offre diplômante :
#Foresight #StrategicForesight #ArtificialIntelligence #Geopolitics #FutureStudies #OrganizationalTransformation #Anticipation #Sovereignty #WeakSignals #StrategicDecisionMaking

Accueil