©IRIS
Source - Colloque organisé dans le cadre de l’Observatoire Défense & Climat, mené par l’IRIS pour le compte de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées.
Lien vers la vidéo & le programme
Modélisation des risques climatiques : un pivot analytique
Longtemps cantonnée à la météo opérationnelle, la science climatique retrouve ses racines militaires.
Les premiers modèles atmosphériques n’étaient pas des curiosités académiques mais des outils de prospective stratégique. Cette filiation éclaire un paradoxe contemporain : alors que les armées ont toujours étudié les cycles environnementaux, elles peinent encore à intégrer pleinement la décarbonation comme impératif de sécurité. L’adaptation absorbe l’essentiel des efforts, du blindage thermique aux infrastructures résilientes, tandis que l’atténuation reste en marge, comme si réduire les émissions relevait d’une autre mission que celle de protéger la nation.
Les premiers modèles atmosphériques n’étaient pas des curiosités académiques mais des outils de prospective stratégique. Cette filiation éclaire un paradoxe contemporain : alors que les armées ont toujours étudié les cycles environnementaux, elles peinent encore à intégrer pleinement la décarbonation comme impératif de sécurité. L’adaptation absorbe l’essentiel des efforts, du blindage thermique aux infrastructures résilientes, tandis que l’atténuation reste en marge, comme si réduire les émissions relevait d’une autre mission que celle de protéger la nation.
« Le climat ne crée pas ces menaces... le dérèglement climatique se contente... de les amplifier et de les intensifier. »
Cette tension se retrouve dans la sémantique. Les États-Unis parlent de « multiplicateur de menaces », la France de « multiplicateur de risques ». Une nuance qui permet de maintenir la responsabilité politique au cœur de l’analyse. En Syrie, ce ne sont pas les sécheresses qui ont déclenché la guerre, mais des décennies de gestion prédatrice des ressources. Le climat n’a fait qu’amplifier les fractures déjà présentes.
Une institution en accélération forcée
Après quarante ans de lente maturation, la prise de conscience s’est brutalement accélérée. En moins de cinq ans, les stratégies énergétiques et climatiques ont redéfini les priorités du ministère des Armées.
La dé‑fossilisation de l’outil militaire, la résilience des infrastructures ultramarines et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement sont devenues des axes structurants. Cette densité normative traduit une urgence opérationnelle : le climat n’est plus une menace diffuse mais un facteur immédiat d’attrition des forces, capable de dégrader un port, saturer une base aérienne ou immobiliser une flotte.
La dé‑fossilisation de l’outil militaire, la résilience des infrastructures ultramarines et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement sont devenues des axes structurants. Cette densité normative traduit une urgence opérationnelle : le climat n’est plus une menace diffuse mais un facteur immédiat d’attrition des forces, capable de dégrader un port, saturer une base aérienne ou immobiliser une flotte.
« L’authentique sécurité climatique c’est avant tout des mesures de transformation de notre société et d’atténuation climatique. »
La souveraineté à l’épreuve de la transparence carbone
Les experts rappellent que la sécurité climatique repose d’abord sur la transformation structurelle. L’adaptation sans atténuation n’est qu’une gestion de l’agonie capacitaire.
La France bénéficie encore d’un consensus technique, mais celui-ci reste fragile face aux populismes climatosceptiques qui progressent ailleurs. La BITD, elle, se trouve confrontée à un défi inédit : prouver qu’elle peut réduire son empreinte carbone tout en maintenant ses performances. Dans les territoires d’Outre‑mer, la montée des eaux menace déjà les capacités de projection, révélant la vulnérabilité d’un modèle dépendant des infrastructures côtières.
La France bénéficie encore d’un consensus technique, mais celui-ci reste fragile face aux populismes climatosceptiques qui progressent ailleurs. La BITD, elle, se trouve confrontée à un défi inédit : prouver qu’elle peut réduire son empreinte carbone tout en maintenant ses performances. Dans les territoires d’Outre‑mer, la montée des eaux menace déjà les capacités de projection, révélant la vulnérabilité d’un modèle dépendant des infrastructures côtières.
Prospective : les lignes de fracture de la prochaine décennie
Plusieurs trajectoires se dessinent.
La première est celle de la cécité stratégique, où la politisation du sujet conduirait à un démantèlement des programmes de veille, laissant la France démunie face aux conflictualités hybrides liées aux ressources. La seconde voit les armées absorbées par les missions humanitaires, au point d’éroder leurs compétences de combat conventionnel. La troisième, plus structurante, met en scène une crise de souveraineté : si la décarbonation échoue, l’outil de défense restera prisonnier des flux fossiles instables et des chantages énergétiques. Si elle réussit, elle deviendra un levier d’autonomie stratégique inédit.
La première est celle de la cécité stratégique, où la politisation du sujet conduirait à un démantèlement des programmes de veille, laissant la France démunie face aux conflictualités hybrides liées aux ressources. La seconde voit les armées absorbées par les missions humanitaires, au point d’éroder leurs compétences de combat conventionnel. La troisième, plus structurante, met en scène une crise de souveraineté : si la décarbonation échoue, l’outil de défense restera prisonnier des flux fossiles instables et des chantages énergétiques. Si elle réussit, elle deviendra un levier d’autonomie stratégique inédit.
Sont intervenus :
- Julie Bonneau‑Dorin — Chargée de mission sécurité climatique à la DGRIS, ministère des Armées
- Pauline Baudu — Directrice du programme Sécurité climatique à la Conférence des associations de la défense (CAD) (en distanciel)
- Victor Bernaud — Expert senior au Centre d’excellence de l’OTAN sur le changement climatique et la sécurité (CCASCOE) (en distanciel)
- Tom Ellison — Directeur adjoint du Centre for Climate and Security (CCS) (en anglais, en distanciel)
- Adrien Estève — Maître de conférences en science politique, Université Clermont Auvergne
- Ronja Scheler — Chargée de mission « Climat et Défense », ministère fédéral allemand de la Défense (en anglais)
- Mathilde Jourde — Responsable du Programme Climat, environnement, sécurité de l’IRIS ; co‑directrice de l’Observatoire Défense & Climat
- Éléonore Duffau — Chercheuse au Programme Climat, environnement, sécurité de l’IRIS
- Rodolphe Hardy — Officier général « anticipation et synthèse », état‑major de l’armée de terre
- Sofia Kabbej — Chercheuse associée au Programme Climat, environnement, sécurité de l’IRIS
- Maha Skah — Responsable des affaires politiques, Unité Climat, Paix et Sécurité (DPPA), Nations Unies (en distanciel)
- Dominique Grass — Chef du département Nations unies et Affaires transverses, DGRIS (ministère des Armées)

Accueil