Chaire Renseignement. SciencePo Aix
La France face à l’ingérence économique : l’impérieuse nécessité d’une stratégie nationale
de souveraineté et de sécurité économiques
Didier Gros - Juin 2026
Sous la direction du professeur Walter Bruyère-Ostells
L’économie devenue front de puissance
Le rapport acte d'un chantement historique : la fin du pari occidental sur la pacification par le commerce et l’entrée dans une ère où tout devient enjeu de sécurité. La Chine théorise une « sécurité nationale globale », les États-Unis assument la fusion entre intérêts économiques et impératifs stratégiques, et la France découvre que ses partenaires les plus proches peuvent aussi être ses compétiteurs les plus agressifs.
L’économie est un terrain où le renseignement, l’influence et la maîtrise des normes dictent la hiérarchie des puissances. Derrière les discours de coopération se déploie une compétition déterminante.
L’économie est un terrain où le renseignement, l’influence et la maîtrise des normes dictent la hiérarchie des puissances. Derrière les discours de coopération se déploie une compétition déterminante.
Les révélations qui bousculent les certitudes
Cette étude met en lumière trois angles morts du débat public.
D’abord, la prédation alliée : les États-Unis apparaissent comme le premier acteur d’ingérence économique en France, utilisant le FCPA comme une arme juridique pour affaiblir nos secteurs stratégiques.
Ensuite, la rivalité intra‑européenne : l’Allemagne a mené une offensive discrète contre la filière nucléaire française, masquée derrière un vernis écologique.
Enfin, la zone grise capitalistique : 90 % des alertes d’ingérence ne sont pas des attaques frontales, mais des vulnérabilités créées par nos propres besoins de financement, ouvrant la porte à des fonds étrangers qui capturent nos technologies critiques. Ces dynamiques révèlent une fragilité systémique qui dépasse les seules questions industrielles.
D’abord, la prédation alliée : les États-Unis apparaissent comme le premier acteur d’ingérence économique en France, utilisant le FCPA comme une arme juridique pour affaiblir nos secteurs stratégiques.
Ensuite, la rivalité intra‑européenne : l’Allemagne a mené une offensive discrète contre la filière nucléaire française, masquée derrière un vernis écologique.
Enfin, la zone grise capitalistique : 90 % des alertes d’ingérence ne sont pas des attaques frontales, mais des vulnérabilités créées par nos propres besoins de financement, ouvrant la porte à des fonds étrangers qui capturent nos technologies critiques. Ces dynamiques révèlent une fragilité systémique qui dépasse les seules questions industrielles.
La souveraineté mesurée à l’épreuve des chiffres
Les données du rapport donnent corps à cette inquiétude.
L’effondrement industriel, passé de 17 % à 10 % du PIB en trois décennies, a entraîné la disparition de fleurons et une perte massive d’emplois. L’asymétrie technologique est encore plus brutale : la Chine maîtrise 37 des 47 technologies d’avenir, quand l’Union européenne n’en contrôle que trois.
À cela s’ajoutent mille alertes annuelles de sécurité économique, dont la moitié liées à des prises de participation étrangères. Le cas Exaion, presque cédé à un acteur américain faute de capitaux nationaux, illustre cette dépendance financière qui menace directement la souveraineté.
La France devient un marché de talents et d’innovations où d’autres puissances viennent se servir.
L’effondrement industriel, passé de 17 % à 10 % du PIB en trois décennies, a entraîné la disparition de fleurons et une perte massive d’emplois. L’asymétrie technologique est encore plus brutale : la Chine maîtrise 37 des 47 technologies d’avenir, quand l’Union européenne n’en contrôle que trois.
À cela s’ajoutent mille alertes annuelles de sécurité économique, dont la moitié liées à des prises de participation étrangères. Le cas Exaion, presque cédé à un acteur américain faute de capitaux nationaux, illustre cette dépendance financière qui menace directement la souveraineté.
La France devient un marché de talents et d’innovations où d’autres puissances viennent se servir.
L’Europe conserve trois bastions technologiques qui comptent
L'EIC Tech Report 2026 avait déjà posé le diagnostic sur les 3 espaces technologiques que l'Europe maîtrisent pour l'instant. Le premier se joue dans l’infrastructure quantique, où les répéteurs et les réseaux sécurisés d’EuroQCI lui offrent une avance rare dans la protection des communications sensibles.
Le second repose sur les matériaux avancés : entre matériaux 2D, MXenes et nouvelles architectures de semi‑conducteurs, le continent maintient une capacité d’innovation qui soutient ses industries les plus critiques.
Le troisième s’inscrit dans son ADN industriel, avec des technologies propres et frugales comme les matériaux thermoélectriques, la spin‑caloritronique ou les systèmes de récupération de chaleur, autant de leviers pour produire mieux en consommant moins.
Le second repose sur les matériaux avancés : entre matériaux 2D, MXenes et nouvelles architectures de semi‑conducteurs, le continent maintient une capacité d’innovation qui soutient ses industries les plus critiques.
Le troisième s’inscrit dans son ADN industriel, avec des technologies propres et frugales comme les matériaux thermoélectriques, la spin‑caloritronique ou les systèmes de récupération de chaleur, autant de leviers pour produire mieux en consommant moins.
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A propos de l'auteur...
Colonel (er) diplômé de Saint‑Cyr, Didier Gros est l’une des figures françaises de référence sur les questions militaires, le renseignement et les relations transatlantiques. Chercheur associé à la Chaire Renseignement de Sciences Po Aix et à la Fondation pour la Recherche Stratégique, il enseigne à Sciences Po Aix et Sciences Po Lyon dans le champ de l’anticipation des risques et des menaces. Sa carrière militaire l’a conduit sur de nombreux théâtres extérieurs, de l’Afrique aux Balkans en passant par l’Afghanistan, avant de devenir cadre‑professeur à l’École de guerre.
Spécialiste reconnu des relations franco‑américaines, il a servi deux fois à l’ambassade de France à Washington, d’abord comme attaché adjoint en charge des dossiers interarmées et du renseignement, puis comme attaché militaire.
Conférencier et consultant au sein de DPG Conseil, il met aujourd’hui son expertise au service de la compréhension des dynamiques stratégiques contemporaines.
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