(*) La SAF (Sudanese Armed Forces) désigne les Forces armées soudanaises, c’est-à-dire l’armée régulière du Soudan. Elle est commandée par le général Abdel Fattah al-Burhan, également dirigeant de facto du pays.
Depuis avril 2023, la SAF constitue l’un des deux principaux belligérants de la guerre au Soudan, face aux RSF (Rapid Support Forces) de Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti ».
Washington change la question de la légitimité soudanaise
Washington refuse aux deux forces la légitimité pour gouverner, privilégie un retour du pouvoir aux civils, rejette partition et gouvernements parallèles et veut accroître le coût de la guerre. La rupture reste surtout normative. Ne plus considérer l’armée comme l’État et les RSF comme la seule rébellion. Les SAF ont longtemps bénéficié des attributs de l’État face aux RSF paramilitaires. Or toutes deux contrôlent forces, territoires et réseaux économiques sans pouvoir parler au nom du Soudan.
Le Soudan avait pourtant déjà écrit juridiquement sa transition civile
La Charte de 2019 prévoyait un transfert vers les civils. Juba 2020 a réinitialisé le calendrier, puis le coup d’État d’octobre 2021 a dissous le gouvernement civil. L’accord-cadre de décembre 2022 devait rétablir une transition civile et intégrer les RSF sous commandement civil ; il ne fut jamais appliqué. Le problème tient donc à leur incapacité à devenir des rapports de force durables. Le problème soudanais n’est pas seulement constitutionnel : il est économique et militaire
Depuis 1989, les appareils militaires contrôlent armes et rentes pétrolières et aurifères. 2019 n’a pas démantelé cette infrastructure ; le coup d’État de 2021 illustre ce droit de veto.
Depuis 1989, les appareils militaires contrôlent armes et rentes pétrolières et aurifères. 2019 n’a pas démantelé cette infrastructure ; le coup d’État de 2021 illustre ce droit de veto.
Mais qui représente aujourd’hui les civils soudanais ?
FFC, Taqadum, réseaux issus de la Sudanese Professionals Association et Somoud partagent l’objectif civil, mais divergent sur la représentation et le dialogue avec les militaires. La délégitimation des SAF et RSF ouvre un espace sans désigner qui doit l’occuper. Les comités de résistance introduisent une autre conception de la légitimité.
Les comités de résistance et Emergency Response Rooms ont acquis une légitimité locale. Les mouvements du Darfour, dont le JEM et le SLM de Minni Minnawi, réclament garanties fédérales, sécuritaires et représentation des périphéries. Le risque d’une fragmentation instrumentalisée par les acteurs armés est immense.
Il faut associer coalitions nationales, comités locaux, périphéries, organisations professionnelles, diaspora et indépendants dans une infrastructure civile de décision.
Six obstacles structurels empêchent encore la transition : ils sont militaires, budgétaire, politique, régional, sécuritaire et judiciaire : deux chaînes de commandement ; captation des ressources ; fragmentation civile ; ingérences régionales ; absence de trêve vérifiée ; responsabilité pour les atrocités.
Les comités de résistance et Emergency Response Rooms ont acquis une légitimité locale. Les mouvements du Darfour, dont le JEM et le SLM de Minni Minnawi, réclament garanties fédérales, sécuritaires et représentation des périphéries. Le risque d’une fragmentation instrumentalisée par les acteurs armés est immense.
Il faut associer coalitions nationales, comités locaux, périphéries, organisations professionnelles, diaspora et indépendants dans une infrastructure civile de décision.
Six obstacles structurels empêchent encore la transition : ils sont militaires, budgétaire, politique, régional, sécuritaire et judiciaire : deux chaînes de commandement ; captation des ressources ; fragmentation civile ; ingérences régionales ; absence de trêve vérifiée ; responsabilité pour les atrocités.
Égypte, Arabie saoudite, Émirats : aucune transition ne peut ignorer les parrains régionaux
L’Égypte soutient les SAF pour des raisons de sécurité, de frontière et liées au Nil. L’Arabie saoudite privilégie un État structuré autour de l’armée tout en médiatisant à Djeddah. Les Émirats ont des intérêts liés aux réseaux aurifères associés aux RSF, aux ports et à la Corne de l’Afrique.
Tant que les militaires disposent de revenus indépendants du budget public, ils conservent leur autonomie.
Et la multiplication des tables permet aux belligérants de choisir la plus favorable. Un processus unique ou coordonné entre ONU, Union africaine et IGAD est nécessaire, avec une présence civile décisionnelle.
La séquence doit être : trêve humanitaire vérifiable → cessez-le-feu permanent → dialogue civil inclusif → gouvernement civil. Négocier alors que les armes déterminent les rapports de force reviendrait à dialoguer sous contrainte.
Tant que les militaires disposent de revenus indépendants du budget public, ils conservent leur autonomie.
Et la multiplication des tables permet aux belligérants de choisir la plus favorable. Un processus unique ou coordonné entre ONU, Union africaine et IGAD est nécessaire, avec une présence civile décisionnelle.
La séquence doit être : trêve humanitaire vérifiable → cessez-le-feu permanent → dialogue civil inclusif → gouvernement civil. Négocier alors que les armes déterminent les rapports de force reviendrait à dialoguer sous contrainte.
2026-2031 : quelles trajectoires pour le Soudan ?
Une fragmentation durable pourrait maintenir les SAF autour de la capitale et du corridor oriental, les RSF au Darfour et les civils marginalisés. Une alternative civile demeure possible, comme une partition de facto sans garanties aux périphéries.
Une trêve surveillée ; un dialogue inclusif approprié par les Soudanais ; l’alignement des médiations, sanctions et incitations ; l’affectation transparente des revenus extractifs à la reconstruction ; la mise progressive des forces armées sous commandement civil. Le véritable enjeu : transformer une vacance de légitimité en capacité de gouvernement.
Trois problèmes demeurent : division du système coercitif, effondrement de la base fiscale d’un futur État civil et absence d’un interlocuteur civil unifié. 2019 montre qu’un calendrier peut organiser le transfert ; 2021 qu’il peut être renversé si armes et ressources restent hors du contrôle civil.
La prochaine transition devra rapprocher les composantes civiles et le défi dépasse le Soudan : peut-on transférer le pouvoir sans transférer le contrôle des armes et des ressources qui le rendent effectif ?
Les exemples du Ghana, Sénégal et Liberia par le passé rappellent l’importance de limites au pouvoir militaire, du contrôle civil des ressources et d’une coalition durable. Le Soudan dispose désormais d’une norme internationale plus explicite : aucune des deux forces ne peut, par la coercition, incarner l’État. Il reste à transformer la délégitimation des armes en légitimité des institutions. La communauté internationale peut contribuer à écrire la séquence, mais seuls les Soudanais pourront lui donner une autorité politique durable.
Une trêve surveillée ; un dialogue inclusif approprié par les Soudanais ; l’alignement des médiations, sanctions et incitations ; l’affectation transparente des revenus extractifs à la reconstruction ; la mise progressive des forces armées sous commandement civil. Le véritable enjeu : transformer une vacance de légitimité en capacité de gouvernement.
Trois problèmes demeurent : division du système coercitif, effondrement de la base fiscale d’un futur État civil et absence d’un interlocuteur civil unifié. 2019 montre qu’un calendrier peut organiser le transfert ; 2021 qu’il peut être renversé si armes et ressources restent hors du contrôle civil.
La prochaine transition devra rapprocher les composantes civiles et le défi dépasse le Soudan : peut-on transférer le pouvoir sans transférer le contrôle des armes et des ressources qui le rendent effectif ?
Les exemples du Ghana, Sénégal et Liberia par le passé rappellent l’importance de limites au pouvoir militaire, du contrôle civil des ressources et d’une coalition durable. Le Soudan dispose désormais d’une norme internationale plus explicite : aucune des deux forces ne peut, par la coercition, incarner l’État. Il reste à transformer la délégitimation des armes en légitimité des institutions. La communauté internationale peut contribuer à écrire la séquence, mais seuls les Soudanais pourront lui donner une autorité politique durable.
Références
- Thomas Watkins, The National, 22 September 2026. Council on Foreign Relations, Global Conflict Tracker – Civil War in Sudan.
- BTI 2026 Sudan Country Report; PeaceRep brief on resistance committees (Abbashar, 2023).
- Council on Foreign Relations, Global Conflict Tracker — Civil War in Sudan.
- https://www.france24.com/fr/vid%C3%A9o/20260923-soudan-du-sud-washington-exhorte-juba-d-agir-sur-la-situation-humanitaire
A propos de l'auteur

Dr. Yassine El Yattioui
Docteur en Science Politique et Relations Internationales à l'Université de Salamanque (Espagne) Chargé d'enseignement à l'Université Lumière Lyon II (France) Professeur invité à l'ILERI - Ecole des Relations Internationales et des Sciences Politiques (France)
Secrétaire général et chercheur associé à NejMaroc : Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation (Maroc)
Chercheur associé à la Benemérita Universidad Autónoma de Puebla - BUAP (Mexique)
La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.
Keywords
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