Gouvernance

Souveraineté énergéttique. Pour l'Europe, le réveil de 2026 est difficile


Jacqueline Sala
Lundi 27 Juillet 2026


L’année 2026 marque un tournant. L’Europe prend conscience que sa transition énergétique n’est plus un exercice de doctrine, mais une bataille de compétitivité dans un monde où les États-Unis dopent leurs industries et où la Chine déverse des surcapacités de CleanTech. Le marché de l’électricité devient un instrument de souveraineté, pas un simple lieu d’échange.



Souveraineté énergéttique. Pour l'Europe, le réveil de 2026 est difficile

La fin des illusions : la physique du système reprend le pouvoir

Le gaz, pourtant marginal dans la production française, continue de dicter le prix une large partie de l’année. Ce paradoxe révèle une vérité simple : un mix décarboné ne protège pas de la volatilité tant que le système reste piloté par le coût marginal.

Les renouvelables, eux, ne garantissent pas un Eldorado tarifaire. Leur coût marginal nul provoque des prix négatifs et une cannibalisation de la valeur qui rend les investissements non bancables sans contrats de long terme.


Dans ce paysage, le marché européen demeure un atout stratégique. En 2026, la France bénéficie d’un prix de base bien inférieur à celui de l’Allemagne, une rente infra-marginale qu’il serait contre‑productif d’abandonner.

Les chiffres imposent une nouvelle doctrine

Le soutien public aux renouvelables dépasse les cent milliards d’euros. Chaque baisse du prix spot accroît mécaniquement la charge pour l’État, rendant indispensable le recours aux PPA privés.

Pour mémoire, un PPA privé (Power Purchase Agreement) est un contrat d’achat d’électricité renouvelable signé directement entre un producteur (solaire, éolien, etc.) et une entreprise consommatrice. C’est un engagement de long terme — généralement entre 10 et 20 ans — qui fixe à l’avance le prix, la quantité d’énergie et les modalités de livraison. Il permet à l’entreprise de sécuriser un prix stable, de réduire son exposition à la volatilité du marché et de verdir son approvisionnement sans passer par les subventions publiques.

La résilience du système, elle, se mesure à 20 000 €/MWh : le coût sociétal d’une électricité non fournie. À ce niveau, rémunérer la capacité n’est plus un débat, mais une évidence économique.
Le standard de sécurité — trois heures de défaillance maximale par an — fixe la frontière entre rationalité et risque. Au-delà, construire une centrale de pointe devient moins coûteux qu’un black‑out.

Trois trajectoires pour stabiliser l’Europe

L’Union de la Capacité propose une sécurité d’approvisionnement entièrement européanisée, optimisant les moyens pilotables à l’échelle du continent. Le Marché Hybride combine PPA et CfD pour attirer les capitaux privés et réduire la dette publique. La Transparence Physique réforme les Garanties d’Origine en imposant une traçabilité horaire, mettant fin au stockage virtuel et à l’écoblanchiment.
"L’économie sans protection du climat est une impasse." (Raphaël Boroumand et Myriam Maestroni, Source : Économie et Climat : le faux dilemme, Atlantico/Livre)

L’Europe entre dans une phase où ambitions climatiques et compétitivité industrielle doivent enfin converger. Le système à bâtir est hybride : un signal marginaliste pour le court terme, des contrats solides pour le long terme. Renoncer à l’un de ces piliers reviendrait à sortir du jeu mondial. Le choc de réalité de 2026 impose un pragmatisme assumé pour sceller l’unité énergétique du continent.

Pour aller plus loin

Souveraineté énergéttique. Pour l'Europe, le réveil de 2026 est difficile
L’Institut Montaigne est un think tank indépendant qui produit analyses et propositions pour améliorer les politiques publiques en France. Fondé en 2000, il réunit experts, dirigeants et chercheurs autour d’études fondées sur les données et la comparaison internationale. Ses travaux influencent régulièrement le débat public, notamment sur l’économie, l’énergie, l’éducation et la cohésion sociale.

A propos des auteurs

Maxence Cordiez et Pierre Jérémie incarnent une nouvelle génération d’experts capables de naviguer entre ingénierie, stratégie industrielle et diplomatie énergétique.

Maxence Cordiez, aujourd’hui responsable du cycle du combustible nucléaire chez HEXANA, est une figure de référence du débat public sur l’énergie. Passé par le CEA et par l’ambassade de France au Royaume‑Uni, il combine expertise technique, maîtrise des enjeux climatiques et capacité de vulgarisation, comme en témoigne son ouvrage Énergies publié en 2022. Enseignant dans plusieurs grandes écoles, il contribue à structurer la réflexion française sur le rôle du nucléaire dans la transition.


Pierre Jérémie, directeur d’investissements chez Hy24, apporte une trajectoire complémentaire, ancrée dans la fabrique des politiques publiques. Formé à l’École polytechnique et ingénieur des Mines, il a piloté les marchés de l’électricité à la DGEC avant de rejoindre le cabinet de la ministre de l’Industrie, puis celui de la ministre de la Transition énergétique comme directeur adjoint. Son parcours mêle expertise réglementaire, connaissance fine des filières industrielles et engagement dans le développement des technologies bas‑carbone, notamment l’hydrogène.

Ensemble, ils incarnent deux versants d’une même ambition : articuler souveraineté énergétique, innovation technologique et transformation industrielle. L’un éclaire les choix stratégiques par la rigueur scientifique, l’autre par la mécanique institutionnelle et l’investissement. Leur regard croisé dessine une vision exigeante et pragmatique de la transition énergétique française et européenne.



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